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Le Club de Mediapart ven. 29 juil. 2016 29/7/2016 Dernière édition

Ecologistes : et si dans un futur proche, le pire n'était pas « la branlée » d'Eva Joly ?

A écouter les commentateurs, à l'heure des bilans de cette campagne de premier tour et des scores attendus, la palme de la catatstrophe serait donnée à Eva Joly. Et si c'était les Guignols qui avaient raison dès le 15 mars (http://www.vodexa.com/les-guignols-de-l-info-du-15-03-12-clip-les-verts-EELV-temps-de-la-branlee-cathedrales) ? Et si – et cela, c'est mon interpellation et pas celle des Guignols - la catastrophe dans le futur proche pour l'écologie politique en France n'était pas ce score décevant mais autre chose, qui se dessine déjà, d'allusions en candidature suggérées : la participation d'EELV au gouvernement ?

Pourquoi les Guignols ont-ils raison ? Comme ils le font chanter aux marionettes des leaders écologistes sur l'air du temps des cathédrales dans un sketch qui fait huler de rire (vert) : « Comme tous les 5 ans, voici venu le temps de la branlée ». Car oui, c'est tous les cinq ans. Ce qui est étonnant, ce n'est pas qu'Eva Joly fasse le score qui se profile : ce qui était étonnant c'est que les leaders écologistes aient pu s'auto-intoxiquer de prétention – et d'absence de connaissance de leur propre histoire – pour croire et claironner sur tous les tons pendant la primaire que plus de 5% était de l'ordre de l'évidence pour la prochaine présidentielle pour une candidature écologiste et un score à deux chiffres l'objectif de l'ordre du possible. Cécile Duflot peut attaquer Mélenchon sur sa façon de faire de la politique avec un rétroviseur, c'est bien ce qui lui manque... Il est vrai qu'il y a en a rarement sur les vélos : question de culture technique, donc. Car depuis 1974, le score des écologistes à une présidentielle se promène de 1,32% à 5,25%. Tous les politistes spécialistes de l'écologie le savent et le disent, il suffit de les écouter : les écologistes font leurs meilleures scores aux muncipales et aux régionales parce que les électeurs leur font crédit d'avoir des propositions pour la vie quotidienne ; ils font de bons scores aux européennes, à la fois parce qu'ils ont un électorat moins abstentionistes que par exemple les socialistes (notament parce que moins populaire) et parce que les européennes – parce que considérées avec moins d'enjeux – sont moins touchées par le vote utile. La présidentielle (avec les législatives) est la pire de toutes les élections, étant le négatif des muncipales, des régionales et des européennes : éloignée de la vie quotidienne et écrasée par le vote utile. Et pour ces raisons, la pire pour les écolos. Comme le disait Thomas Legrand le 20 avril au matin sur France-Inter : « la présidentielle n'est pas faite pour l'écologie et l'écologie pour la présidentielle ».

Un mauvais score à la présidentielle ne résume pas l'influence des écologistes. En 1988, Waechter fait 3,74% à la présidentielle. L'année suivante, Les Verts obtiennent 10,59% aux européennes et des scores à plus de 15% dans bien des villes aux municipales. En 1995, Voynet fait 3,32%. En 1999, aux europénnes, 9,72%. Et l'ont pourrait multiplier les exemples.

A la limite, comme écologiste, on pourrait même se réjouir que les candidats écologistes fassent systématiquement un mauvais score à la présidentielle. Cette élection est le sumum quinquenal du pire conformisme politique, le moment où le système fait marcher à fond la machine à normaliser les débats, à asceptiser la réflexion, à faire adhérer au culte du chef. Oui, comme écologiste soutenant le Front de gauche, j'aurais préféré – mais on ne choisit pas ! - que ce soit à une autre élection que la « gauche de gauche » décolle, plutôt qu'à celle-là car c'est démarrer sur les bases de la personnalisation, de la politique des coups et des coups de gueule, des militants transformés en petits soldats, des foules de fans et de la puissance considérée comme une vertu, tout cela étant bien éloigné des valeurs écologistes de la non-violence, de la non-puissance, de la participation de chacun, de l'invention d'une politique à l'échelle humaine. On pourrait se dire, a contrario, que si Eva Joly y fait un mauvais score, c'est qu'elle ne rentre pas dans ce moule atroce, et que c'est le signe qu'il reste encore un espoir que l'écologie d'EELV ne soit pas normalisée. On pourait. Mais sans doute, ne peut-on plus.

C'est ma deuxième idée : et si la catastrophe dans le futur proche pour l'écologie politique en France n'était pas le score d'Eva Joly mais autre chose ? Ce score est attendu pour qui connait l'histoire de l'écologie politique. Il pourrait être le signe que l'écologie d'EELV n'est pas normalisée. Mais si : l'écologie est normalisée, en tout cas du côté des dirigeants et d'une grande partie des élus et militants d'EELV. Car alors même que la campagne n'est pas terminé, les dirigeants ont décidé et commencent à le faire passer comme une évidence en interne : ils iront au gouvernement. Que la politique qui s'annonce soit pro-nucléaire, d'austérité et sans grand soucis pour le climat, ce n'est pas grave. Pour ces écologistes là, dorénavant pour eux, c'est ça LA politique : être au gouvernement, dans les exécutifs, dans tous les cas. Gêrer, dans tous les cas de figure. Parce qu'on est devenu des vrais responsables politiques. La question de l'entrée au gouvernement sera donc la question de vérité pour EELV – mais l'épisode de l'accord EELV-PS, conclu alors qu'insatisfaisant, trahi avant même le premier tour de la présidentielle, donne malheureusement une partie de la réponse. Ce sera la question de vérité pour EELV, comme pour le Front de gauche. Déjà normalisé pour les premiers ? Sortis ou pas de la normalisation pour les seconds ?

L'inadéquation d'Eva Joly pouvait laisser l'espoir que les écologistes soient encore une minorité active, un mouvement antropologique pour changer le fond des valeurs de la civilisation, influençant les majorités en étant petits mais têtus dans l'affirmation de convictions et des modes de vie profondemment alternatifs. Mais non, l'intégration au système est quasi-achevée. Comme le disait Serge Moscovici dès 1994 dans une interview à Sciences-Humaines : "La minorité qui bascule trop vite, c’est-à-dire qui adopte trop tôt les formes de relations et de comportements du groupe majoritaire, ne peut précisément pas devenir majorité parce que qu’elle n’a plus son influence spécifique. Autrement dit, une minorité n’a généralement pas intérêt à jouer dans la cour des grands. Le mouvement écologiste, dans lequel je suis engagé depuis sa création constitue un bon exemple de ce processus. Lorsque ses dirigeants ont voulu fonctionner sur le même registre que les responsables des autres partis politiques, ils ont perdu leur possibilité d’action".

A avoir poursuivi sans réelle réflexion cette évolution, de l'entrée dans les éxecutifs régionaux en 1992 à la participation au gouvernement Jospin en 1997, les écologistes d'EELV ont commencé à perdre leur originalité, au risque de tout perdre : ne plus avoir l'influence spécifique en terme de « rapport de conviction » des minorités actives car apparaissant comme normalisés, intégrés, des politiques comme les autres ; sans pour autant faire les scores des grands, et donc pour autant, ne pas gagner l'influence « classique » de la politique du « rapport de force ». Non, sans aucun doute, dans un futur proche, la catastrophe la plus à craindre pour l'écologie politique en France n'est pas le score d'Eva Joly, mais bien l'entrée d'EELV au gouvernement Hollande... Catastrophe doublée, si des partis du Front de gauche – et on son écososcialisme naissant – faisaient le même choix. Et comme écologiste, même si on est allé planter notre herbe ailleurs qu'à Europe Ecologie, on ne peut pas s'en réjouir...

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Une branlée, Monsieur le Pasteur ? Avec un bâton ?  Oh !

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L'auteur

stephane@lavignotte.org

ancien journaliste, pasteur à la Mission populaire de La Maison Verte (Paris 18e)
Paris

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