Autolib, le cimetière contaminé

Depuis le 4 Mars, des images circulent sur les réseaux sociaux montrant un cimetière de voitures électriques d'autopartage, en plein air.

Depuis le 4 Mars, des images circulent sur les réseaux sociaux montrant un cimetière de voitures électriques d'autopartage, en plein air.

Ces Autolib' fonctionnent sur le même principe que les vélib' ou vélov' (vélos en libre-service), ils sont éparpillés dans la métropole à différents stationnement stratégiques. Chaque stationnement réservé est accompagné d'une borne électrique.
Derrière Autolib' se cache la multinationale français Bolloré et sa filiale BlueSolutions.
Le nom des véhicules diffère selon les villes,  Bluely à Lyon ou Bluecub à Bordeaux.
Implanté en 2011 dans la capitale puis en 2013 dans les autres villes, l'aventure s'est achevée à Paris à partir du 1er Aout 2018 et à Lyon le 31 Aout 2020.
Les perspectives de profit suggérées par Bolloré n'ont pas été atteint (voir l'article du Point).

 

Entreposage :

Sur les 4 000 véhicules électriques de ville, une grande partie a été transporté dans un entrepôt à Romorantin, dans le Loir-et-Cher.
Les images ci-dessous illustrent l'étendu que représente l'entreposage des véhicules.
Ces prises de vues datent d'Aout 2018, on décompte 2 700 véhicules entreposés.

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Mais l'enquête révèle qu'après cela, non loin de là, une autre zone a été aménagé pour accueillir d'autres véhicules inutilisés.
Il doit certainement s'agir de ceux résultant de l'arrêt de l'Autolib' à Bordeaux et Lyon, le premier site étant surchargé.
Ce terrain n'était qu'une vaste foret avant d'être déboisé complètement.

Peut être une image de plein air

Grâce au information présente sur les images et l'analyse des lieux via le logiciel Google Earth, il a été possible de localiser l'emplacement exacte du cimetière de véhicules Bluely.

Le journaliste Mathias Dugenetay a confirmé dans son article la présence des véhicules sur place encore aujourd'hui.
Les voitures sont toujours en attente d'une seconde vie sur ces immenses parkings.


Réparation :

L'objectif annoncé, après la fin de l'utilisation par les collectivités, était de pouvoir remettre en service ces voitures électriques à destination des particuliers à un prix abordable d'environ 4 000 euros.
Les voitures électriques sont entreposées le temps d'être réparées puis revendues à des particuliers.
La société Atis Production est responsable du stockage des véhicules et se charge de la remise en état des véhicules électriques « ex-Autolib' » pour ensuite les vendre en concessions.

En réalité, une faible partie de ces véhicules ont pu à nouveau circuler sur les routes françaises.
La raison provient du mauvais état des véhicules à leur arrivée, en effet la carrosserie en aluminium de ces engins motorisés est plus sensible au choc donc souvent cabossée.
Mais il reste aussi la question des batteries lithium-métal-polymère qui doivent constamment rester branchées au secteur pour conserver un bon rendement.
La réparation devient donc, en terme de rentabilité, non viable Ceci a entrainé la mise à l'abandon de ces véhicules.
C'est ainsi que l'on découvre à partir de 2020 et de la crise, la réalité de la situation.


Installation illégale :

Atis Production s'avère en réalité une installation de démontage et de stockage de VHU (véhicule hors d'usage).
Bien qu'elle affirme respecter les normes en matière de retraitement, un contrôle par un inspecteur de l'environnement a révélé que l'entreposage ne respectait pas les réglementations. Ce contrôle de la société a eu lieu le 26 Février 2020.
Selon le rapport, Atis Production ne s'est pas enregistré comme ICPE (Installations Classées pour la Protection de l'Environnement) qui correspond à toute exploitation susceptible de provoquer des pollutions dégradant le milieu.
Aucune demande d'agréement n'a été faite pour permettre le stockage de ces véhicules électriques.

Par l'arrêté préfectoral du 6 Juillet 2020, la société est mise en demeure de régulariser sa situation administrative.
Les véhicules dépollués ou non doivent être évacués car l'entreposage actuel est illégale.
Ils doivent être envoyés vers des installations spécialisé dans la gestion de ces déchets.


Impact environnemental :

L'inspection a révélé aussi des problèmes de risque de pollution des sols.
Il a été remarqué par l'inspecteur l'entreposage à l'extérieur de liquide "huileux" débordant, d'origine inconnu et pouvant provoquer le rejet de substances dangereuses dans l'environnement.
Le rapport signal aussi le stockage de batteries en extérieur, sans protection.

 

Ce stock de véhicules légers aurait été un formidable moteur pour l'électrification du parc automobile français.
Malheureusement les considérations économiques ont empêché de saisir cette opportunité et il s'en est suivit des risques de pollution environnementale par non-respect des normes en vigueur.

 

Sources :

Arrêté préfectoral n°41-2020-07-06-004 de Loir-et-Cher.
Arrêté préfectoral n°41-2020-07-27-010 de Loir-et-Cher.

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