L’horreur vécue par les Soudanais détenus en Egypte

Depuis de nombreux mois, les autorités Égyptiennes ont emprisonné des dizaines de jeunes soudanais dans la prison de Salloum. Les détenus rapportent avoir subi des tortures et de très graves violations des droits de l’homme. Le nombre de jeunes détenus dépasse les 200 personnes, de différents âges. Un article inédit d'Omar Salah.

Cet article a été écrit par le journaliste soudanais Omar Salah pour le site Ultra Sudan. Nous en proposons la traduction avec l'autorisation de ce dernier média, avec lequel nous collaborons régulièrement pour permettre aux francophones d'accéder à l'excellent, et important, contenu des articles. Aujourd'hui c'est Sarah qui vous en propose la traduction. Cet article clôt une petite série d'articles publiés sur notre blog et qui traite de la situation des migrants et réfugiés soudanais en Egypte. Toutes les photographies sont tirées de l'article initial. Bonne lecture. 

Depuis de nombreux mois, les autorités égyptiennes ont emprisonné des dizaines de jeunes soudanais dans la prison de Salloum. Les détenus rapportent avoir subi des tortures et de très graves violations des droits de l’homme, sans jamais avoir comparu devant une cour de justice ou qu’on les ait informés d’une quelconque procédure concernant leurs droits.

 Selon les informations rapportées à Ultra Soudan, le nombre de jeunes détenus dépasse les 200 personnes, de différents âges. Ils ont été arrêtés dans des circonstances diverses, alors qu’ils tentaient de se frayer un chemin à travers la frontière égyptienne vers l’Etat Libyen. Ils ont ensuite été gardés en détention pendant très longtemps dans des conditions inhumaines. Ils attendent leur procès, ou bien leur remise en liberté, avec l’assurance d’être déportés au Soudan. Tout cela se déroule au mépris total des autorités soudanaises et de l’ambassade du Soudan au Caire.

 Selon Misr Nouraï, activiste originaire de l’Est du Soudan qui était en contact avec les jeunes à l’intérieur de la prison, ceux-ci ont été arrêtés par l’armée égyptienne, puis remis à la police de Marsa Matrouh, et transférés dans la prison de Salloum, la petite ville qui se trouve à la frontière occidentale de l’Egypte avec la Libye.

صورة للشباب المحتجزين

 Selon Nouraï, les jeunes qui l’ont contacté depuis l’intérieur de la prison désespèrent d’être un jour remis en liberté. Ils disent avoir été choqués, lorsqu’ils ont été conduits à la prison, par le grand nombre de jeunes soudanais qui s’y trouvaient depuis de longs mois sans qu’aucun effort véritable n’ait été fait de la part du gouvernement soudanais ou de l’ambassade soudanaise au Caire pour les sortir de ces conditions inhumaines. Les deux cents de personnes sont entassées dans des dortoirs bien trop petits pour toutes les contenir. Ces conditions sont encore plus graves dans le contexte de la propagation de la pandémie du COVID-19.

Nouraï souligne également que les jeunes gens ont souffert de manière répétée des tortures, des coups et des violences brutales. A plusieurs occasions, ils ont subis des attaques au gaz lacrymogènes. Ils ont envoyé un appel au secours aux autorités soudanaises en espérant que celles-ci s’intéressent enfin à leur situation. Ils ont décrit ce qu’ils subissaient comme des violations des droits de l’Homme, ainsi que des conventions et des accords internationaux.

مأساة العشرات من الشباب السودانيين المحتجزين في سجن السلوم المصري

 (…) Les personnes qui étaient en contact avec Nouraï lui ont raconté que lorsque les dirigeants de la prison ont constaté l’indifférence générale de la société envers les détenus, ils ont commencé à les traiter de la même manière que les trafiquants libyens. Par exemple, ils les obligent à payer pour les autoriser à entrer en contact avec leurs familles, ou leur fournir les choses les plus élémenaires, telles que de l’eau potable.

 Nouraï ajoute également que : “Les nouvelles que je recevais d’eux se sont interrompues vendredi dernier, alors qu’ils m’informaient que des groupes armés égyptiens équipés de matraques et d’armes à feu s’étaient rassemblées devant la prison avec pour but de l’attaquer”. Les jeunes détenus ont alors lancé le même appel de détresse sur des chaînes Youtube soudanaises, dans lequel il se sont plaints des mauvaises conditions de détention et des traitements inhumains qu’ils subissaient. L’un d’entre eux explique que le nombre de détenus dépasse les deux cent, et qu’ils sont entassés depuis de longs mois par dizaines dans des dortoirs étroits, où ils boivent l’eau des égoûts. Ils demandent l’intervention de l’ambassade soudanaise, qui jusqu’à présent, ne porte pas la moindre attention à leur situation.

 Ce n’est pas le premier incident de la sorte. En Septembre 2018, l’Organisation Egyptienne pour les Droits et les Libertés avait documenté des événements semblables. L’organisation notait que les autorités égyptiennes avaient mis en détention des dizaines de demandeurs d’asile et migrants en situation en situation irrégulière, alors qu’ils tentaient d’émigrer de manière officieuse vers la Libye par la frontière égyptienne. Parmi les détenus se trouvaient 85 Soudanais. Ils se trouvaient dans les pires conditions : ils dormaient tous à même le sol dans 7 cellules étroites, et il leur était interdit d’entrer en contact avec le monde extérieur. La seule nourriture qui leur était proposée consistait de trois bouts de pain et un bout de fromage par jour et par personne. Selon l’organisation, l’absence de produits d’hygiène entraînait la prolifération de vermines dans les cellules, et beaucoup de détenus étaient ainsi contaminés par des maladies et de dangereuses infections de la peau.

Cet incident rappelle également le cas du jeune Walid Abdelrahman, l’étudiant soudanais qui avait été arrêté par les autorités égyptiennes suite aux manifestations initiées par Mohamed Ali, l’entrepreneur et artiste dissident égyptien, qui avait appelé [en septembre 2019] à faire tomber le régime d’Al-Sissi. Détenu par les autorités égyptiennes, Walid Abdelrahman avait été forcé sous la torture d’avouer avoir participé aux manifestations, puis forcé d’enregistrer son témoignage et de le diffuser sur une chaîne de télévision égyptienne.

Le moyen pour obtenir la remise en liberté des jeunes soudanais serait de lancer une campagne qui inonde les réseaux sociaux, ainsi que d’organiser des manifestations devant l’ambassade égyptienne à Khartoum. Cela mettra la pression au le gouvernement soudanais afin qu’il se bouge pour venir en aide aux détenus. Tant que leur triste sort demeure entre les mains du régime dictatorial égyptien, on ne peut espérer que la situation des jeunes soudanais de la prison de Salloum s’améliore.

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