Ateliers SNCF: le train des musiques contemporaines

Arles l'antique ? Certainement pas. Enfin pas seulement. Depuis longtemps, la ville s'est caractérisée par ses gestes architecturaux, qui signifient les époques et les croyances : la romanité, ses Dieux, son pain et ses jeux. Puis, le Moyen-Age et l'art roman qui célèbre la chrétienté et la puissance de la foi.

Arles l'antique ? Certainement pas. Enfin pas seulement. Depuis longtemps, la ville s'est caractérisée par ses gestes architecturaux, qui signifient les époques et les croyances : la romanité, ses Dieux, son pain et ses jeux. Puis, le Moyen-Age et l'art roman qui célèbre la chrétienté et la puissance de la foi. Ou encore, la flamboyante architecture du XIXe, quand on croyait au dieu-industrie et qu'on lui consacrait des cathédrales de métal et de béton mêlés. Fermés dans les années 80, les Ateliers SNCF, à quelques centaines de mètres du théâtre antique où les grands concerts des Suds à Arles se jouent sous les étoiles, inspirent les festivals. François Hébel (Rencontres de la photographie), a été le premier à s'installer dans le site. Et depuis six ans, les Nuits des Forges des Suds, peuvent y accueillir plus de 2 000 personnes (Staff Benda Bilili), de 23h à 4 heures du matin.

Un site qui.. relie

 Le lieu n'est pas anodin, chargé d'histoire certes – celle de la ligne Paris-Lyon-Marseille –, chargé de souvenirs – plusieurs milliers d'Arlésiens y ont travaillé à la réparation des trains –, et désormais doté d'un avenir : la Fondation Luma, partenaire des Suds à Arles, installe son siège dessiné par Frank Gehry et surtout, renoue avec les rêves de Jacques Réattu ou de Van Gogh. Il s'agit de créer là de véritables ateliers artistiques, dédiés à l'image. Et tout simplement, de remettre de la vie là où le béton ne résonnait plus que du bruit des pigeons.

tour-Gehry-recadr%C3%A9e.jpg


Pas question d'ailleurs, pour Maja Hoffmann, présidente de la Fondation et arlésienne, de mettre le site sous un quelconque globe. Le lieu s'ouvre et s'ouvrira et surtout, même si le geste architectural de Gehry peut surprendre ou choquer, il est conçu dans un profond respect de la mémoire cheminote. Le meilleur exemple est cet atelier des Forges, ravagé par un incendie mais conservé en l'état, restauré sans être dénaturé et qui offre cette particularité d'être ouvert aux cieux comme au public.

Résultat, les Suds proposent de passer de l'antique au contemporain en quelques minutes (moins de dix à pied!), avec une programmation adaptée au lieu. « Pas neutre  dit Marie-José Justamond. Mais tout Arles est comme ça. Il y a toujours un lien entre l'histoire, les sites et l'actualité. C'est aussi la caractéristique des musiques du monde qui sont intimement reliées à l'histoire des peuples, à leurs racines, leurs errances et le monde contemporain ». Logique. Logique donc qu'outre les concerts, la part belle soit faite à l'image, autour des Veejay's : ces video-jockeys, véritables créateurs qui s'expriment par le mix d'images fixes, animées, samplent sur les musiques. On trouvera par exemple, le 17 juillet Denis Cartet, résident de la Friche de la Belle de mai (Marseille), Louis Matton & Numa Benyayer, étudiants de l’École Nationale Supérieure de la Photographie qui ont suivi Dupain lors de leur résidence pour la création du spectacle présenté le 18 juillet. Enfin, VJ Badgreen (Thierry Savert) accompagnera le groupe anglais Melt Yourself Down, encore que la notion d'accompagnement soit ici particulière : à partir d'images glanées mais aussi de créations personnelles, le VJ propose un univers inspiré par le post-jazz de ce groupe détonnant, qui mêle les cuivres aux percus, le vaudou et la tempête scénique de Zun Zun Egui. Un truc un peu fou finalement, parfaitement adapté aux créations visuelles.

Forges_photo%20NicolasLeblanc.jpg?_subject_uid=78868559&w=AADYZqrO4M3JHIjIP75XFWL9Ucv_kUb2TWWEEiimkOkQxg

 

Pas n'importe qui, pas n'importe où

 Il y a l'image. Mais aussi et surtout le son. Comme celui d'un Sam Karpiena (avec Pierre-Laurent Bertolino à la vielle à roue, Gurvant le Gac à la flûte traversière, François Rossi à la batterie et Emmanuel Reymond à la basse et contrebasse). Un fidèle des Suds qui a vu émerger ce garçon partagé entre rage et niaque, entre sourde colère un peu brouillonne à ses débuts contre tout ce qui est injuste (la liste est si longue!). Et le revoilà. Plus abouti. On dirait stable au sens d'une vraie sensation de liberté qui émane de son nouveau spectacle. Libéré de la technique le garçon et son groupe intitulé Dupain, et dont le jeu est abouti. Pas calmé pour autant. Pas revenu vers la chanson française même si elle est plus présente désormais, rivalisant avec la langue d'Oc. Ils proposent un blues, méditerranéen résolument qui puise cette fois ses sources, non pas dans la révolte sociale, mais dans le sens des origines, les rapports homme/Nature. Le thème fait très branché, sauf que là, l'engagement est total : Dupain explore notamment un poème de Maxence (poète contemporain), un texte très beau qui explore l'humain comme autant de paysages, et qui sert de fil conducteur.

Mondomix présente : Dupain © MONDOMIX

Et ce qui est intéressant dans le groupe qui a fait une quasi-pause pendant une poignée d'années, c'est qu'il est un témoin de la musique du Sud. Pas forcément celui des plages ou des guerres. Celui d'une forme de proximité avec l'environnement. Autre plaisir annoncé : cette maturité du son et de la voix, une nouvelle liberté disait-on plus haut. Enfin, et c'est aussi dans l'histoire du festival:il est interessant aussi de voir les « petits » grandir, uisque Dupain faisait la première partie de Goran Bregovic en 2003. Et de relier ainsi, espace et temps.

Voilà pour ces Ateliers SNCF qui n'ont jamais tant mérité le nom d'ateliers. Et qui, outre Dupain le 18 juillet, accueille Winston Mcanuff & Fixi le 16 et Omar Souleyman le 17.

Winston McAnuff & Fixi - Garden Of Love [Clip Officiel] © Winston Mcanuff



Omar Souleyman - Warni Warni (Official Video) © ribbonmusic

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.