Ce matin, c'est possible

Il faudra bien prendre des bonnes résolutions un jour, alors autant commencer maintenant. Quand je vois que la politique semble être le domaine réservé des pantouflages éhontés, que les grandes idées habillent surtout les petits apétits, je me dis qu'il faut faire quelque chose, et que ça commence par moi. Et ça commence donc par ce texte.

S'il y a une force plus implacable que la haine et plus lourde que la gravité, c'est elle, l'inertie, drapée dans son grand manteau de regrets, les yeux longs de douloureuse impuissance, sa poitrine aux mamelles gonflée frappée du message : “vous voyez bien je ne peux rien donner, on y peut rien”.

 

Elle voudrait bien avancer, mais elle montre des deux doigts les chaînes qui pendent à son coup, lestées de boulets imaginaires, qui l'empêchent de faire le moindre pas.

 

Elle voudrait bien changer les choses, mais hélas...

 

C'est la nature vous comprenez,

C'est la loi du marché,

C'est la nature humaine

C'est le temps qui manque

C'est la place qu'on a pas
Dieu n'a pas voulu

C'est l'argent qui n'est pas là...


Mais surtout surtout, on le répète à qui veut l'entendre, surtout, c'est pas la volonté.

 

Ah ça, on en est plein, de bonne volonté.

 

 

Mais vous savez, toute cette volonté est toute consacrée à une action qui lui prend tout son temps... Pas faire le mal, car on n'est pas des gens méchants, non non... Toute cette belle volonté est toute entière consacrée à se perduader de ne pas faire.

 

Surtout, ne rien changer, parce que le changement, c'est le danger, le changement, c'est l'inconnu et, s'il fallait changer un truc, alors peut être que les vacances de la Toussaint seraient annulées, peut être que le loyer augmenterait, peut être que que les gens le prendraient mal.

 

 

Les gens.

 

 

Ils ont le dos large, les gens.

 

C'est jamais soi, c'est toujours les gens.

 

 

Mais le pouvoir de l'inertie n'est pas dans la masse.

 

Le parti de l'inertie commence dans sa tête par cette phrase : c'est impossible.

 

 

Le parti de l'inertie, c'est moi et c'est toi, quand je dis “c'est impossible” ou que tu me l'entends dire sans broncher.

 

 

On ne peut pas garder pépé à la maison.

 

On ne peut pas aimer les garçons.

 

On ne peut pas faire des études d'art.

 

On ne peut pas plaire à cette fille.

 

On ne peut pas payer les retraites.

 

On ne peut pas accueillir tous ces gens.

 

On ne peut pas se passer d'énergie polluante.

 

On ne peut pas annuler la dette.

 

 

Ah bon mais pourquoi ?

 

 

Bah... C'est pas possible.

 

Mais surtout, parce qu'on ne veut pas.

 

 

Parce que en fait, bien sûr qu'on peut. Mieux même : on DOIT. 

 

 

La seule chose qui l'empêche, c'est la volonté, fille de l'imagination.

 

Parce que c'est ça qui bloque. La pauvreté d'imagination.

 

 

On nous a tellement habitué à rêver dans les limites de notre porte-monnaie, en fonction des offres à taux réduites “incroyables”, qui nous ouvre un nouveau niveau de consommation, qu'on a oublié qu'on était des machines à rêver plus haut que notre cul.

 

 

Nos dirigeants sont les premiers à avoir jeter l'éponge.

 

 

Quand un homme politique, quel qu'il soit, vous parle de la “réalité”, c'est déjà qu'il a abandonné, qu'il a jeté l'éponge, qu'il est un collabo de l'inertie. Un outil de ceux qui ne veulent rien changer, parce que ça les arrange bien qu'on pense qu'il en est ainsi.

 

 

L'homme politique n'est pas là pour faire avec la réalité, il est la pour amener la vision. Le comment n'a pas d'importance. Le comment, c'est accessoire. On trouvera bien. L'humanité a toujours trouvé le chemin.

 

 

Faire le tour du monde, explorer le cosmos, guérir les maladies, vaincre la stérilité, faire tomber le mur, faire la paix, refuser la capitulation...

 

 

Toutes ces choses ne demandent qu'un peu d'imagination et la volonté d'aller au delà du connu.

 

 

Tout homme politique qui vous parle de réalité vous parle de ses traites à payer.

 

 

Derrière chaque contingence, il y a un intérêt.

 

 

Trouvez moi un homme politique qui vous parle d'idéal, qui vous donne une image plus haute de votre pays, de votre continent, de votre humanité ou de votre voisin, voilà celui qu'il faut suivre.

Tous les autres sont des abandonnistes, des àquabonnistes ou des complices.

 

 

Mais avant de suivre une personne habité par un idéal, il faut déjà se mettre en chemin vers lui. Sans se laisser décourager par soi et par les autres.

 

 

J'ai un peu hésité à écrire ce texte. Encore plus à le publier. Jimagine déjà qu'on le rangera ans les déclarations de bonnes intention des YaplukaHifokon, de ceux qui donnent des leçons aux autres, avant d'aller se rassoir dans leur fauteuil au coin du feu.

 

 

Les premiers à le dire seront d'ailleurs toujours les champion du parti de l'inertie, c'est facile de les reconnaître.

 

 

“Accueillir les réfugiés, ben commence chez toi, j'en connais, ah ah ah”.

 

 

Oui c'est drôle.

 

Ce qui est d'autant plus drôle, c'est que tu n'en connais pas, l'ami.

 

 

Vous l'avez reconnu, ce champion du cynisme qui vient mettre des boulets à vos révoltes pour vous enchaîner à sa médiocrité. Parce que ça l'énerve. Parce que ceux qui se lèvent renvoie à tous ceux qui sont couchés l'image de leur impuissance volontaire.

 

 

On le reconnait d'autant mieux qu'on a été si souvent l'un d'entre eux.

 

 

Alors, oui, l'ami, vas-y, brocarde moi, moque-toi et va vite te rassurer dans tes réussites raisonnables et tes succès programmés, à coups de calcul sur taux d'intérêt. Ça n'a pas d'importance, parce que j'écris ce texte pour moi. Comme une lettre de l'ado que je n'ai pas été, mais que je suis devenu, à l'adulte que je ne veux pas devenir.

 

 

Pour me dire que je veux arrêter d'être de ceux qui ne peuvent pas parce qu'ils ne veulent pas.

 

 

Les vrais révolutionnaires ne sont ceux pas qui attendent qu'on vienne leur prendre la main ou que les pouvoirs publics fasse le travail à leur place, les militant de l'attentisme. Les révolutionnaires, ce sont ceux qui disent “c'est possible, on va le faire, on commence maintenant, JE commence maintenant.”

 

 

Plus rien n'est impossible.
Parce que je l'ai décidé.

 

 

“Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait”
Sacré Mark Twain.

 

 

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