La nouvelle équipe de l’UE doit redonner confiance aux Européens

L’UE doit changer de marche : nombreuses promesses seront faites, lorsque les candidats à la Commission de Ursula Von der Leyen s’efforceront de convaincre le Parlement Européen, mais les électeurs ne se montreront désormais plus guère tolérants aux discours vides, face au réflexe du Trans atlantisme, aux pourparlers sans fin sur l’élargissement de l’UE et à une Europe faible dans le monde.

Le mois prochain, un grand nombre de promesses seront faites aux Européens, lorsque les candidats aux postes de commissaires de la nouvelle Commission que le Président Ursula Von der Leyen a soumis à l’approbation du Conseil européen, s’efforceront de convaincre le Parlement européen du bien-fondé de leur nomination.

Cependant, entre les différents préparatifs, prises de position et négociations qui entourent la mise en place de l’équipe qui dirigera les institutions de l’UE, les responsables politiques européens auraient tout intérêt à prêter attention aux messages des électeurs. Depuis environ six mois, ils s’expriment en effet on ne peut plus clairement sur ce qu’ils attendent de l’UE.

Les Européens sont déstabilisés. Au lieu de se contenter de se réjouir du taux de participation inattendu aux dernières élections législatives européennes (51 %), les responsables européens feraient bien de se souvenir qu’avant les élections, les trois quarts des Européens avaient le sentiment que leur système politique national, le système politique européen, ou les deux, était brisé. Les électeurs ne leur ont pas donné un blanc-seing pour mettre en place « l’Europe du changement » promise par les responsables politiques de tout bord dans leurs discours. Si des mesures répondant aux peurs qui ont été exprimées ne sont pas prises dans les cinq années à venir, il paraît peu probable que des électeurs aussi convaincus de la déliquescence de leur système politique accordent le bénéfice du doute à leurs dirigeants une deuxième fois.

La politique étrangère doit jouer un rôle primordial dans l’avenir plus réaliste et plus attrayant que les dirigeants doivent définir pour se reconnecter avec des électeurs désenchantés. Les Européens vivent dans ce qui est à leurs yeux un monde dangereux. Ils ne veulent pas de promesses extraordinaires, comme celle d’une « Europe qui prend part à la résolution mondiale des grands défis de notre temps », avancée par Ursula Von der Leyen dans la présentation de ses orientations politiques. D’après les sondages réalisés par l’ECFR/ YouGov en 2019, ils sont en effet tout à fait prêts à définir de manière beaucoup plus précise le rôle qu’ils veulent que joue l’UE dans le monde.

Ils veulent une UE qui se comporte en adulte dans un monde d’adultes. Elle doit suivre son propre chemin dans un environnement multipolaire très concurrentiel, en évitant de prendre part à des conflits qui ne la concernent pas, tout en résistant à d’autres puissances importantes et en s’occupant des crises qui menacent ses intérêts. Lorsqu’on leur demande s’ils pensent que l’Europe devrait être du côté de la Chine ou des États-Unis, ou des États-Unis ou de la Russie en cas de conflits entre d’autres super-puissances, la majorité des Européens, tous pays confondus, estime que l’UE ne doit pas prendre parti. (Il n’y a qu’en Pologne qu’une minorité de personnes, 45 %, souhaite qu’elle ne prenne pas parti.) Les Européens se montrent de plus en plus méfiants à l’égard des États-Unis (moins de 20 % des personnes interrogées ont déclaré faire davantage confiance aux États-Unis qu’à l’UE et dans la plupart des pays, ce taux n’était que d’un seul chiffre). Par ailleurs, ils ne savent pas si l’UE est capable de les protéger face à des acteurs comme la Chine dans un environnement commercial extrêmement concurrentiel. Dans tous les pays sondés, 18 % à peine des personnes interrogées ont déclaré avoir le sentiment que leurs intérêts étaient bien défendus face à la Chine.

Ils veulent une politique étrangère qui serve l’intérêt collectif européen et non qui réponde à une logique de coopération ou d’intégration européenne adoptée pour elle-même. L’élargissement pourrait alors se justifier uniquement en fonction des avantages directs qu’il apporte aux citoyens européens (à l’exception de l’Espagne, de la Grèce, de la Pologne et de la Roumanie, moins d’un quart des personnes interrogées pensent que les pays des Balkans occidentaux devraient adhérer à l’UE dans les 10 années à venir). De même, il devrait être préférable pour la sécurité de l’UE d’investir dans des capacités de défense européennes plutôt que dans les structures de l’OTAN. Enfin, ils veulent une UE qui tienne compte de l’importance du changement climatique et des migrations dans leur sentiment d’insécurité et qui réagisse au fait qu’ils sont déjà pleinement conscients de la nécessité de proposer une réponse européenne à ces questions.

L’émergence d’une nouvelle génération de responsables politiques à l’écoute de ces messages contribuerait à convaincre les électeurs que l’UE n’est pas qu’une lourde machine bureaucratique qui avance sans tenir compte de l’avis des « vraies gens ». En revanche, ils verront leurs craintes confirmées et risquent de se détourner définitivement de la politique si les dirigeants européens se contentent de répondre aux demandes de changement révélées par les dernières élections par des discours, sans rien modifier à leur manière de mener la politique étrangère. Les électeurs ne se montreront désormais plus guère tolérants face au réflexe du transatlantisme, aux pourparlers sans fin sur l’élargissement à long terme de l’UE et à l’a priori facile selon lequel il est impossible de penser et de travailler davantage comme un acteur mondial au motif que les électeurs n’accepteraient jamais que des décisions de politique étrangère soient prises au niveau européen. Il est évident que si elles apportaient les résultats qu’ils attendent, ils les accepteraient très certainement.

Susi Dennison est Senior Fellow à l’European Council on Foreign Relations (ECFR)

 

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