Comme à l'usine... L'usine

Comme à l'usine ...
l'usine
dont on me parlait
me faisait peur
me faisait sueur
l'usine
si tu ne travailles pas bien à l'école
tu iras à l'usine, tu courberas l'échine

Comme à l'usine
l'usine
d'où sortaient vers dix-huit heures sonnantes
des ouvriers, des ouvrières
de l'usine de pantoufles
exténués, brimés
et revenaient même
dans leurs pantoufles
le soir après souper
au cas où ils auraient oublié
ce foutu guêpier

Comme à l'usine
l'usine
des petits contremaîtres
de l'usine à papa,  qui
flagornaient le traître
pour mieux diviser, régner

Comme à l'usine
l'usine
il en existait des
comme la chanson de François Béranger
"pour ma grand-mère"
là, où ça chantait dans les ateliers
pour résister au gris journalier

Comme à l'usine
l'usine
l'usine d'hui
O n' a pas du tout changé
faut que ça turbine
Comme à l'usine
l'usine

O mais pour quels temps modernes
temps maudits d'ennui
O mon vieux Chaplin
Tu avais déjà tout décrit, compris

Comme à l'usine
l'usine
ces usines à gaz
ces multinationales-party
ces banques-déroute
qui empoisonnent nos vies
l'usine
rentabilité et gains de productivité
pour toujours engraisser
ces mercenaires fantômes, planqués

Comme à l'usine
l'usine
des Conti, des Fralib
des Albany et autres insoumis
celles et ceux qui grèvent
à contre profit, à contre mépris
du marche ou crève
pour une qualité de vraie vie


Comme à l'usine
l'usine
O "putain d'usine", "rouges dans l'ombre"
"Ne rêvez-pas... pointez"
O écrivains, poétes, insurgés
N'êtes-vous pas là
pour nous réveiller
et briser ces chaines rouillées !

17 septembre 2014

Marc Pommier, 19 septembre 2014

« Ce poème je l'ai écrit en ce jour de repos que n'aura pas Monsieur Gattaz », écrit Marc Pommier dans son mel à Cerises. Il précise que les citations de la fin du poème sont, successivement, de Jean Pierre Levaray, Gérard Mordillat, Jacques Prévert.

Paru dans Cerises N°228

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