Face au tripartisme UMP-PS-FN un besoin de franche rupture

Le premier tour des élections départementales a été un grand succès pour le Front national et pour la droite, une claque magistrale pour le Parti socialiste et un nouveau moment de quasi-surplace pour la gauche d’alternative.

Un grand succès pour le FN, dont la nouvelle percée spectaculaire déplace le curseur politique vers la droite radicale. Un grand succès pour la droite, qui poursuit le Grand Chelem de la récupération de tous les pouvoirs locaux, avant les élections régionales de fin 2015 et la conquête en 2017 du pouvoir central. Une claque magistrale pour le Parti "socialiste" : si on débranche un peu la perfusion médiatique de la langue de bois de Manuel Valls & Co, on constate que la terrible descente aux enfers se poursuit inexorablement.

Quant au Front de gauche et à tout ou partie d’Europe Ecologie Les Verts, le score correct obtenu1 permet au moins d’affirmer que des convergences nouvelles peuvent être porteuses et de maintenir l’idée qu’il existe un espace politique pour une alternative politique, à condition de…

À condition de quoi ? À condition d’élargir la focale. La moitié des électeurs se sont abstenus lors de ces élections. Les élus sont désormais désignés par une petite minorité des citoyens. La crise sociale, institutionnelle et démocratique s’aggrave. Et pendant ce temps, la crise écologique et la crise anthropologique – celle qui naturalise l’inégalité – se poursuivent. Qui ne voit que tous les ingrédients d’une mise en abîme de la société s’amoncellent ?

Le tripartisme UMP-PS-FN qui s’installe mène tout droit le champ politique tout entier à un affrontement hypocrite entre droite radicalisée et orientation sociale-libérale : deux options au service des purges austéritaires. Plutôt que croire à une "gauche rassemblée" qui n’existe plus, tout l’enjeu présent est de déplacer le curseur de la vie politique vers l’appropriation populaire de la politique, à partir et au-delà des luttes spécifiques, des mobilisations ponctuelles, des aspirations éparpillées.

Les rapprochements urgents et nécessaires entre organisations politiques, les initiatives pour que le monde syndical conçoive qu’il a un rôle à jouer, ne suffiront pas. Pour ne pas balbutier à la manière du Front de gauche, il faudra d’une manière ou d’une autre faire naître une dynamique citoyenne d’un nouveau type et viser une large mobilisation de la société.

* Gilles Alfonsi

Gilles Alfonsi, 27 mars 2015

Edito de Cerises N° 249

1. Lire sur ce point, sur regards.fr l’article de Roger Martelli, "Départementales : Front de gauche, la vérité des chiffres"

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