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Billet de blog 26 juil. 2021

École : on achève bien les « choyés »

Dans l'Éducation nationale, le management libéral des ressources humaines crée des situations de maltraitance institutionnelle aux antipodes des discours ministériels prétendument bienveillants. Par peur des représailles, c'est sous couvert d'anonymat qu'est publié ce texte d'un collègue enseignant. Où comment le gouvernement de Jean Castex confond volontairement « choyer » et « laisser choir ».

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Message aux personnels en cette fin d'année scolaire, reçu le 09/07/21 12:27

Alors que cette année scolaire si particulière s’achève, j’ai souhaité par ce courrier vous adresser mes plus vifs remerciements pour votre engagement constant au service de vos classes. Il nous aura en effet de nouveau fallu, chacun dans son domaine, adapter nos pratiques, chercher des solutions inédites, conforter notre maîtrise de nouveaux outils, fédérer plus encore nos actions. L’objectif était clair et il a été accompli : ouvrir nos écoles pour le bien de tous les enfants et adolescents de France. Par votre implication, par votre professionnalisme, vous avez porté haut l’ambition et honoré les valeurs de notre École
....
Le temps arrive des congés estivaux et du repos, que je souhaite le meilleur et le plus revigorant possible à chacune et chacun d’entre vous. Vous pourrez ainsi vous ressourcer, auprès de vos proches, avec la certitude et la fierté d’avoir, plus que jamais et de concert avec tous les collègues de notre maison commune, contribué à l’avenir de notre pays. Je vous souhaite donc d’excellentes vacances et vous remercie pour tout le travail que vous avez accompli.

Jean-Michel BLANQUER, Ministre de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports

Monsieur Le Ministre de l’Éducation Nationale,

Vous m’écrivez souvent et je trouve enfin le temps de vous répondre. Parce que j’ai le temps mais surtout parce que je suis choqué, une fois encore, du décalage entre vos propos et la réalité.

Je m’explique : il y a dix ans, une institutrice de mes amies a perdu un enfant dans sa seizième année des suites d’un cancer. Ce n’est pas dans l’ordre des choses mais c’est arrivé. A ce moment, douloureux, elle a pensé qu’il valait mieux continuer à travailler à temps plein pour avoir l’esprit occupé. Quelle erreur !

Pourquoi ? Parce qu’elle a ressenti le besoin, plus de 10 ans après ce drame, de travailler à temps partiel pour essayer de mieux survivre. Et c’est là que cela devient odieux.

L’an dernier, elle a demandé un temps partiel, pour la première fois de sa carrière. En remplissant consciencieusement le dossier nécessaire, en se rendant aux rendez-vous auxquels elle était convoquée. En se replongeant dans cette période douloureuse. Elle a reçu une réponse défavorable. Elle a fait appel. Fourni des documents et certificats complémentaires. Pour recevoir enfin une réponse favorable.

Cette année, elle a renouvelé sa demande : elle a re-rempli le dossier, elle s’est rendue aux mêmes rendez-vous avec les mêmes personnes que l’an dernier. Elle a re-raconté ces événements, pourquoi elle a encore besoin de travailler moins, même si elle gagnera moins. Elle a reçu une réponse négative début juin. Elle a trouvé l’énergie de refaire appel de cette décision « dans l’intérêt du service ». Elle a recontacté l’assistante sociale, qui l’a renvoyée vers le médecin, qui l’a renvoyée vers la DSDEN… Et elle a reçu la réponse le 15 juillet, lendemain de la fête nationale. Mais pour elle ce n’est pas vraiment la liesse : la réponse est négative, il lui faudra travailler à plein temps à la rentrée. Pas sûr que son repos soit revigorant, ses vacances excellentes et qu’elle se sente remerciée pour son engagement.

Cela fait trop longtemps que sa fille est morte. Elle aurait dû demander un temps partiel bien avant. Il est trop tard ! Son dossier n’est ni social, ni médical. Et la case perte d’un enfant n’existe pas. Sachez-le, le chagrin ne dure que dix ans !

Si le décès de sa fille est un aléa, les multiples réponses négatives sont des décisions « humaines ». Elle en parlera peut-être à la médiatrice. Et le rapport 2022 préconisera un accompagnement administratif à visage humain de proximité.

Bien à vous

******

Dans un deuxième temps, la médiatrice plaide pour une administration à visage humain. (Rapport 2019)

Catherine BECCHETTI-BIZOT, médiatrice de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur, présentera son rapport 2020 intitulé «Favoriser le bien-être pour la réussite de chacun ».

La médiatrice présentera… ses recommandations autour de 4 thématiques liées au « bien-être », condition essentielle de la réussite scolaire et de l’épanouissement des personnels :

  • La prise en considération des situations humaines particulières, nécessitant un accompagnement de proximité, à chaque étape de la carrière, jusqu’au départ à la retraite et au-delà.

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