Une rupture est comme une conversation interrompue. Elle stupéfie, elle coupe la langue et la parole. L'idée qu'on ne finira pas sa phrase est douloureuse (si tant est que, même dans la continuité d'un lien, la phrase amoureuse puisse arriver à un point final). Tant de choses à dire, y compris non encore pensées, que l'on ne dira jamais. L'absence intolérable de l'être aimé met fin à la ligne d'horizon qu'on rêve sans cesse d'atteindre, que l'on n'atteindra jamais mais qui, tant qu'on la rêve, maintient l'amour et l'existence sublime.

La difficulté de la rupture amoureuse est principalement là. De quoi était-il question ? Il faut renoncer à sa parole, renoncer au mot ultime à la fois fantasmé et pourtant bien réel.

Alors il faut tenir, et pour vivre et pour qu'autre chose s'inaugure. Il faut se taire et, momentanément, renoncer à sa parole. Il faut croire en une clarté et en une vigueur futures, en un visage qui retracerait un inaccessible horizon en appelant à nouveau nos mots.

Enfin, de retour dans une peau d'homme seul, croire et ne pas croire. Peut-être la vie n'est-elle qu'une phrase interrompue, frôlant parfois l'éternité.

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