Espagne : réactions

Le Parlement de Catalogne va entamer le débat pour déclarer unilatéralement l'indépendance de la république catalane. Face au coup de force des autorités régionales, les réactions politiques pleuvent. Le chef de l'État, Philippe VI, est sorti mardi soir de son silence, alors que la Catalogne vivait une des plus grandes mobilisations sociales de ces 40 dernières années.

En deux jours, le gouvernement du Parti Populaire a multiplié les erreurs. En rendant hommage aux forces de l’ordre alors qu’elles ont répondu autoritairement à une demande démocratique, en déformant les faits (Soraya Sáenz de Santamaría, la vice-Présidente du gouvernement, a dit que plus de 400 agents avaient été blessé·e·s, sans citer ses sources), en qualifiant la réponse pacifique de plus de 300 000 Catalan·e·s qui ont fait mardi une grève civique pour protester contre les violences policières de « grève générale de type nazi » (Rafael Hernando, porte-parole du gouvernement au Parlement).

Alors qu’il y aura un débat sur la situation de la Catalogne aujourd’hui au Parlement européen, Esteban González Pons, vice-Président du Parti Populaire européen et porte-parole du PP, a également fait référence à l’extrême-droite en parlant des évènements survenus dimanche, en réponse à une intervention de Nigel Farage (Ukip). Oubliant sans doute qu’Alianza Popular, matrice de l’actuel Partido Popular, avait été co-fondé par plusieurs ministres de la dictature franquiste.  

« Nous sommes étonnés que Juncker vienne ici et ne fasse aucune référence aux évènements dramatiques qui ont eu lieu dans un État membre de l’UE, supposé être une démocratie. Jamais je n’aurais pensé que je verrais un jour la police d’un État membre blesser 900 personnes pour tenter de les empêcher de voter, que ça soit légal ou non, seulement pour exprimer leur opinion », avait déclaré Nigel Farage.

Cependant, c’est bien le monarque du royaume d’Espagne, Felipe VI, qui a livré hier les plus clairs commentaires, en appelant à agir contre des autorités catalanes « hors-la-loi » : « il est de la responsabilité des pouvoirs légitimes de l’État d’assurer l’ordre constitutionnel ainsi que le fonctionnement des institutions ». N’y cherchez pas le mot « dialogue ». Aucune référence non plus aux blessé·e·s de dimanche, comme l'a fait remarquer sur Twitter Ada Colau, qui a jugé cette intervention « indigne » d'un chef de l'État. Dans sa ville, un concert de casseroles a eu lieu pendant son allocution.

 

Felipe VI, lors de la célébration des 40 ans de la démocratisation du pays, remettant une médaille à Martín Villa pour avoir été membre de l'assemblée constituante de 1977, Felipe VI, lors de la célébration des 40 ans de la démocratisation du pays, remettant une médaille à Martín Villa pour avoir été membre de l'assemblée constituante de 1977,

Rodolf Martín Villa faisant le salut romain pendant la dictature. Une demande d'extradition à son encontre a été émise en 2014 par María Servini, une juge argentine, pour des actes de torture remontant à 1976, lorsqu'il était ministre des Relations syndicales.. Rodolf Martín Villa faisant le salut romain pendant la dictature. Une demande d'extradition à son encontre a été émise en 2014 par María Servini, une juge argentine, pour des actes de torture remontant à 1976, lorsqu'il était ministre des Relations syndicales..

 

Plus tôt dans la journée, lors du rassemblement unitaire de la grève civique en réaction aux violences policières du 1er octobre, Xavi Domènech, d’En Comú Podem, avait déclaré aux médias que « le mouvement populaire montait peu à peu en puissance et montrait chaque jour un peu plus sa transversalité ». Javier Pacheco, syndicaliste de la section catalane de Comisiones Obreras, a lui simplement déclaré que les Catalan·e·s étaient « des gens de paix ».

Mardi soir sur twitter, les mots de Pablo Iglesias adressés au Roi étaient : « En tant que président d’un groupe parlementaire représentant plus de 5 millions d’Espagnols, voici mon message au roi pour qui personne n’a voté : pas en notre nom ». Quant à Ramón Espinar, sénateur du groupe Podemos, il a estimé que le Roi « avait fait le pire discours en 40 ans de monarchie constitutionnelle ».

Faut-il en dire plus pour comprendre ce qu’il se passe en Espagne ?

 

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