Merci qui ?

Merci qui ? est une macédoine littéraire :

 

 comédie humaine,

grandeur et décadence du pouvoir sous les traits d’un Président parjure César Mimolette,

splendeurs et misères d’une journaliste Emma Charivari, partie de rien, arrivée au sommet, un cœur pas simple,

rêveuse (« elle aurait voulu vivre dans quelque vieux manoir », de préférence élyséen)

séduite (« c’était sous la tonnelle »),

évincée (« il y a un moment dans les séparations, où la personne aimée n’est déjà plus avec nous » ),

joujou pas jojo mais bien vivant des pauvres[1] et Fantine la sans-dents admirable en arrière-plan, sur ce point, et seulement sur ce point, de tout cœur avec Cosette,

vanités des ambitions,

illusions perdues,

tous ingrédients éternels,

accommodés à la sauce populaire (grand public). 

 

Un hypocrite et ambitieux bobosocialo séduit une pauvre journaliste roturière de son état mais courageuse. Au terme de souffrances qui vont crescendo jusqu’à la rupture ; l’innocente persécutée décide de balancer la (sa) vérité à la face du peuple souverain, Merci qui ?, devient un best-seller. L’ex-courtisane est réhabilitée.

 

Toute cette salade mériterait d’être relevée façon Zola : « depuis le premier meurtre, ce sont toujours les grosses faims qui ont sucé le sang des petits mangeurs… c’est une continuelle ripaille, du plus faible au plus fort, chacun avalant son voisin et se trouvant avalé à son tour.  (…)

En principe,  (…) un Gras a horreur d’un Maigre, si bien qu’il éprouve le besoin de l’ôter à sa vue, à coups de dents, ou à coups de pied»

 

On me dit que déjà le monde de l’édition est en ébullition pécuniaire. Un roman est sur le feu, son titre : De rien.

 

Merci et respect à Balzac, Flaubert, Baudelaire, Victor Hugo, Zola.

 


[1] Le joujou du pauvre, Baudelaire :

 « Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l’insouciance, la pauvreté et le spectacle habituel de la richesse rendent ces enfants-là si jolis, qu’on les croirait faits d’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

A côté de lui gisait  sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, vernis, doré, vêtu d’une robe pourpre et couvert de plumets et de verroterie. Mais l’enfant ne s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait :

De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même. 

Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec les dents d’une égale blancheur.» 

 

La fraternité avec les dents ne dure qu’un moment.

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