Nous sommes de drôles de démocrates

Quelques précisions

Je ne suis pas, loin s'en faut, un spécialiste de l'Ukraine. Même si j'estime que l'Union européenne (UE) et ses États membres ne prennent pas suffisamment en compte les intérêts russes, au risque de provoquer de graves conflits et de se priver d'un partenaire important, je ne fais part que d'une vive inquiétude.

 

Quid de la légitimité ?

Sans verser dans le complotisme, j'ai l'impression qu'une grande partie de la presse hexagonale analyse les événements ukrainiens à l'aune de l'hostilité vis-à-vis de la Russie et/ou de Vladimir Poutine. Cette attitude, compréhensible à certains égards, ne doit cependant pas mettre aux oubliettes le régime représentatif.

Pour définir le concept vague de « démocratie », nous invoquons souvent la fameuse formule d'Abraham Lincoln, « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » – définition qui a l'avantage d'oublier de préciser « sur le peuple ». Dans un régime représentatif, la légitimité du gouvernement tient au fait qu'il est le fruit de la souveraineté populaire. Ce système certes imparfait et insuffisant demeure de loin préférable à l'expression violente des rapports de force.

 

Démocratie et intérêts géopolitiques

Résumons : Viktor Ianoukovitch a été élu par une majorité du corps électoral ukrainien. Certes autoritaire et corrompu, il reste aujourd'hui le seul à bénéficier de la légitimité électorale lui permettant d'exercer le pouvoir exécutif. Bien des revendications des opposants à Ianoukovitch me paraissent légitimes. Toutefois, force est de constater que certains ont eu recours à la violence contre des biens (privés et publics) et les forces de l'ordre, et ce dans le but de faire chuter un gouvernement constitutionnel, qui était alors le seul à pouvoir se prévaloir d'une réelle légitimité. (Nous ignorons en effet si le formidable mouvement populaire ukrainien représente la majorité des opinions.)

Je pense qu'en Amérique latine, pour des raisons historiques (souvenir des coups d'État et dictatures militaires) et géopolitiques (fin de la Guerre froide), les mots utilisés par les responsables politiques latino-américains n'auraient pas été les mêmes que ceux entendus en Europe. Rappelons en effet qu'après la destitution de Fernando Lugo, le Paraguay a été suspendu du Marché commun sud-américain (MERCOSUR) et de l'Union des nations sud-américaines (UNASUR), suspensions qui ont pris fin après l'élection de Horacio Cartes.

C'est donc tout naturellement que je m'inquiète de la politique étrangère européenne, erratique car prête à sacrifier la défense du régime représentatif sur l'autel des intérêts géopolitiques...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.