Contre l'indépendance, pour le référendum

Pour tout un ensemble de raisons, je redoute l'indépendance de la Catalogne alors que j'étais franchement favorable à celle de l'Écosse. Sans doute mes origines espagnoles et mon envie de voir l'Albion descendre de son piédestal ont-elle joué un rôle dans la formation de ces opinions plus ou moins éclairées et rationnelles.

En tout cas, s’entre-déchirer à cause de la potentielle indépendance catalane me semble plus enrichissant que de commenter la relation passionnée entre Aurélie Filippetti et Arnaud Montebourg, les décapitations macabres des fous de Dieu ou, grâce soit rendue au ciel, la fin de la traversée du bac à sable de Nicolas Sarkozy. D'où ce billet !

Donc, pour résumer, je suis plutôt contre la naissance d'un nouvel État en Europe, a fortiori aux portes de la République. Mais si mon avis intéressait quelqu'un, ça se saurait ! Vous pouvez donc lire les paragraphes suivants sans craindre que j'évoque les conséquences balkaniques d'une nouvelle partition de la péninsule ibérique, les inepties du Gouvernement de Mariano Rajoy (qui ne s'y serait pas pris autrement s'il avait voulu émanciper la Catalogne du joug espagnol) ou encore la fin du clásico entre le Barça et le Real Madrid.

BREF, formation politologique oblige, en première année, j'ai dû me farcir Ernest RENAN (Qu'est-ce qu'une nation ?, 1882) et apprendre bien sagement la supériorité de la conception française de la Nation par rapport à la vision mystique et romantique des compatriotes de Johann Gottlieb FICHTE (Discours à la nation allemande, 1807).

Si je me souviens bien de mes cours, selon le Breton, la Nation est une association volontaire et libre entre individus et un « plébiscite de tous les jours » (coucou, le Tribunal constitutionnel d'Espagne). Par conséquent, nul besoin de se raconter des histoires sur nos ancêtres les Gaulois : soit on veut être ensemble, soit on met fin à notre relation pour construire autre chose - par exemple, pour s'acheter du Rioja avec une monnaie non pas à l'effigie de Juan Carlos mais à la gloire de la République catalane.

Pour conclure, au-delà du fait que c'est cool que, pour une fois, les Allemands passent pour des romantiques qui ne comprennent rien à rien pendant que nous autres, emportés par une geste prussienne, enseignons au monde le sens profond de la Nation, je me dis qu'il est peut-être possible de se mettre d'accord sur le fait que les Catalans ont le droit de choisir. Ou alors, je n'ai rien compris à Renan, ni à la démocratie.

 

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