La confluence sanguinaire

Je ne suis pas un théologien, ni un exégète ou un ouléma, mais seulement un citoyen qui poursuit l'élévation spirituelle. Dans cette quête, j'ai lu la Bible et le Coran, entre autres. Athée, profondément athée, je considère qu'ils sont l'œuvre des hommes, et non de Dieu. Par conséquent, j'essaye de comprendre le contexte historique dans lequel ces textes sacrés ont été rédigés, d'où l'intérêt, par exemple, que j'ai porté au dernier bouquin d'Emmanuel Carrère, Le Royaume.

D'origine espagnole et né dans un milieu acquis à la gauche, mon père, admirateur d'Averroès de Cordoue, a toujours vanté les mérites de l'Islam, en se référant notamment à ce que lui doit l'Europe, notamment la péninsule ibérique. De plus, au lycée ou à l'université, je ne me rappelle plus, j'ai adoré Qu'Allah bénisse la France d'Abd Al Malik. J'ai donc lu le Coran avec un préjugé positif, d'autant plus que les musulmans que je connais et côtoie ne ressemblent en rien aux fous d'Allah qui tuèrent hier en région parisienne et en Picardie et qui sévissent toujours aux Mashrek et Nigéria.

J'ai donc été choqué par la forme coranique, que j'ai jugé guerrière, a fortiori auprès des Évangiles. Des amis, croyants, m'ont expliqué que c'était dû aux conflits tribaux de l'époque, ce que j'ai assimilé. J'ai bien dit la forme, car le fond, au final, est semblable à ce que lisent chrétiens et juifs : charité, effort sur soi-même, jeûne, pèlerinage, etc. En tant que citoyen, je le rappelle, j'ai donc immédiatement pensé qu'il fallait des imams éclairés et instruits pour cadrer des fidèles qui s'intéresseraient davantage à la lettre qu'à son esprit. Les trois assassins, ne l'oublions pas, sont passés par les mosquées de l'Islam hexagonal.

En entendant Amedy Coulibaly, je me suis dit que les quatrièmes et troisièmes que je surveille auraient aisément pu battre en brèches son argumentaire. Aisément, je le souligne. L'assassin mélangeait tout (Palestine, Mali, banlieues, fiscalité, etc.). Bref, le degré 0,1 de l'intelligence, le café du commerce en armes.

Ce qui frappe également, c'est l'itinéraire des meurtriers : des repris de justice, parfois orphelins, apparemment adeptes de fichiers pédophiles, etc. Des petites frappes, des pommés, des losers, quoi, ce qui explique sans doute la légitimation à deux francs six sous de leurs macabres méthodes.

En définitive, sur le court-terme, il devient évident d'augmenter les capacités de surveillance de l'État, puisqu'il y a bel et bien eu des failles, comme l'a souligné le Premier ministre, failles en partie dues à l'insuffisance des moyens. Mais, sur le moyen et long termes, en tant que simple citoyen, j'imagine qu'il faut agir sur les trois piliers que j'ai évoqués, car les frères Kouachi et Coulibaly, c'est la confluence sanguinaire de l'ignorance, non reprise en main par les mosquées françaises, et de l'abandon de certains de nos compatriotes par l'État.

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