Au commencement était le Verbe

Dès la création du Parti de gauche (PG), il y avait une divergence stratégique majeure entre les militants, laquelle n'empêche aucunement des convergences idéologiques profondes. En effet, si certains aspiraient à la prise du pouvoir, d'autres estimaient celle-ci improbable. Par conséquent, ces derniers considéraient que le parti devait s'atteler à la diffusion d'idées dans la société afin de gagner la bataille culturelle. Car, à terme, la victoire culturelle se solde par la victoire électorale ou par le ralliement des autres forces politiques à vos idées. (C'est, grosso modo, ce que fait brillamment le Front national depuis plus de quarante ans.)

Que l'on soit proche ou non des propositions du PG, il est, je crois, indéniable que ce parti a essayé de hausser le niveau du débat, notamment grâce à Jean-Luc Mélenchon, dont la culture contraste nettement avec la médiocrité d'élites biberonnées aux grands arrêts du Conseil d'État, apprentissage qui n'a rien de répréhensible quand on se destine à la haute fonction publique, mais qui est largement insuffisant quand on aspire à diriger la Nation. « La véritable école du commandement est […] la culture générale », affirmait Charles de Gaulle. Bref, il s'agissait pour le PG d'opposer un discours intelligent à l'énarchie sans audace et aux thèses abjectes de la droite radicale.

À l'heure actuelle, les orientations du PG, orientations que j'espère sans trop y croire uniquement tactiques, sont, je pense, contraires à l'impératif d'éducation des masses que certains d'entre nous s'étaient fixé. En cause, l'appel à une Constituante, à une Sixième république et à la révocation des élus, revendications traditionnelles de la gauche et donc, tout naturellement, du PG. Toutefois, je suis sidéré par la démagogie et l'euphorie de certains camarades, qui voient dans le requiem de la Constitution de 1958 l'avènement des lendemains sociaux et écologiques qui chantent, en omettant d'ouvrir le seul débat qui compte : que peut faire la République, même la Sixième, pour endiguer et résister au droit communautaire, condition sine qua non pour changer de politique ?

JLM et Jacques Généreux, économiste dont j'apprécie les travaux, prônent la violation des traités, ce qui n'est pas rien et ne serait pas sans conséquences ! Il faut avoir l'honnêteté de le dire et reconnaître qu'en tout état de cause, la France ne pourrait pas indéfiniment faire la nique à l'Union européenne (UE).

Je suis convaincu que beaucoup de militants sincères ne prennent pas la mesure des effets dramatiques de notre ambiguïté quant à l'UE, parce que les seuls qui sont clairs sur ce sujet sont, d'une part, Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen, et, d'autre part, les tenants du statu quo. Bref, où sommes-nous ? Je réponds hors-sol, c'est-à-dire en incapacité de proposer une alternative. Je ne me l'explique pas, même si j'y vois le résultat d'un manque de formation économique et historique des camarades. (Une Constitution de gauche n'est jamais le point de départ, mais l'aboutissement d'une série de conquêtes, une étape qui permet de les pérenniser. Il faut être en position de force pour la rédiger. Rien à voir donc avec la succession de défaites subie par la gauche.)

Comment un parti qui aspire à gouverner et/ou à imposer les termes du débat peut avoir un discours aussi pauvre sur un thème aussi capital et promettre aux Français, loin d'être naïfs, que la Sixième république changerait la donne ? J'ai parfois l'impression qu'à défaut d'articuler un discours crédible concernant l'UE, nous avons privilégié un messianisme constitutionnel qui ne parle à personne. (Venez bosser avec les intérimaires à temps-partiel et les smicards, vous verrez.)

 

Je n'écris pas cet article pour nuire au PG, mais pour sonner l'alarme, car le parti est complètement à côté de la plaque.

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