Apologie des transports en commun

Quand on est seul, dans sa voiture, à écouter la radio, France Culture ou Inter pour les instruits, France Info pour les pragmatiques, des fréquences privées pour les autres, connaît-on vraiment du moins son pays, sinon sa ville, chanterait Bernard Lavilliers ? Pour le dire autrement, connaît-on les gens qui y vivent, dans ce pays, la France, dans sa ville ?

Faute de rencontrer les siens, protégé que l'on est derrière les vitres d'une bagnole, les peurs et phantasmes prospèrent, la fraternité devient un vain mot et certaines boutiques continuent d'accroître leurs parts de marché politique. Je pense que la voiture n'est pas républicaine – d'une part, elle nous coupe les uns des autres ; d'autre part, il faudrait acquérir la plus grosse – et qu'il faudrait donc l'abandonner.

À l'inverse, se déplacer en transports en commun est une piqûre de rappel quotidienne de la complexité du monde : c'est sans là que la mixité sociale est la plus aboutie ; en effet, c'est là qu'une grand-mère, accompagnée de son petit fils, s'étonne des conversations tantôt éclairées, tantôt grivoises d'un trio de lycéennes ; c'est là que les yeux d'un cadre délaissent l'écran de son téléphone pour observer une enfant faire la manche ; c'est là que, le temps de parcourir l'espace séparant deux stations, des noctambules, ivres ou pas, discutent avec des envoyés de Dieu ; c'est là qu'un étudiant lisant Ainsi parlait Zarathoustra ou Anna Karénine est scruté comme une bête curieuse par les autres usagers ; bref, c'est là que le peuple se bouscule, se grille la politesse, se rencontre, parfois même avec courtoisie.

Vive les transports en commun !

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