Élections présidentielles salvadoriennes

« Declárese electo como presidente de la República al señor Salvador Sánchez Cerén y declárese como vicepresidente electo al señor Óscar Ortiz, ambos para el período del 1 de junio de 2014 al 1 de junio de 2019. »

Le 16 mars, soit une semaine après la tenue du second tour des élections présidentielles, le « ticket » du Front Farabundo Martí pour la libération nationale (FMLN) a enfin été déclaré vainqueur par le Tribunal suprême électoral (TSE).

Selon les résultats officiels, les candidats efemelenistas ont obtenu 1 495 815 votes (50,11%) contre 1 489 451 (49,89%) pour leurs adversaires de l'Alliance républicaine nationaliste (Arena), Norman Quijano González, maire de la capitale, San Salvador (2009-2013), et René Portillo Cuadra.

 

Resultados © Tribunal Supremo Electoral Resultados © Tribunal Supremo Electoral

 

D'une part, il s'agit donc de l'élection avec le plus grand nombre de bulletins glissés dans l'urne de l'histoire du pays (3 016 958, avec les votes blancs et nuls, comptés séparément). Les perdants ont d'ailleurs remporté 135 000 suffrages de plus que Mauricio Funes et Sánchez Cerén, victorieux en 2009.

D'autre part, le faible écart de voix entre les deux candidatures a eu des répercussions graves tout au long de la semaine qui a suivi l'élection. En effet, Quijano et ses partisans ont dénoncé des fraudes avant d'en appeler à l'armée et de réclamer que le TSE procède au recomptage des voix. L'histoire le jugera.

Depuis plusieurs mois déjà, la droite salvadorienne diffuse des rumeurs à propos de l'organisation de fraudes, nullement constatées par les observateurs internationaux le jour du scrutin. De plus, en s'appuyant sur des témoignages douteux, Quijano a soutenu que 178 prisonniers d'Apanteos, une maison d'arrêt, étaient allés voter, ce qui est contraire aux articles 74 et 75 de la Constitution. L'Arena est aujourd'hui encore incapable de fournir des preuves dignes de ce nom et cherche sans doute à prolonger la campagne de la peur qu'elle orchestre depuis plusieurs mois, en brandissant les chiffons rouges cubain, bolivarien, de la proximité supposée entre le FMLN et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), de l'abandon du dollar (l'économie salvadorienne est officiellement dollarisée depuis 2001), etc.

C'est donc tout naturellement que Jorge Velado, président de l'Arena, a proclamé Quijano « président élu et légitime ». En outre, le Conseil exécutif national (Coena), où siègent les dirigeants areneros, a annoncé qu'il ne reconnaîtra pas Sánchez Cerén, dont le mandat commencera le 1er juin.

Compte tenu de l'histoire du Salvador en particulier, de l'Amérique latine en général, on ne peut que se féliciter de l'attitude légaliste des militaires. Peu après que Quijano a demandé à l'armée de « faire prévaloir les vrais résultats » (« que haga valer los verdaderos resultados »), c'est-à-dire de fomenter un coup d'État, le ministre de la Défense, le général Munguía Payés, accompagné des chefs des principales branches, a annoncé que les Forces armées respecteraient la « volonté populaire ».

Non content d'avoir un réflexe anachronique, Quijano a en plus insulté le TSE, qui est selon lui « vendu et corrompu » (« comprado y corrupto »), car il a rejeté les six pétitions présentées par l'Arena, qui demandait l'annulation de l'élection puis l'organisation d'un nouveau vote. La plus haute autorité électorale salvadorienne ne peut objectivement pas être accusée de partialité car elle est composée de cinq membres élus par l'Assemblée législative, le Parlement monocaméral salvadorien, où aucun parti n'a la majorité absolue. L'un des cinq magistrats est issu du FMLN certes, mais l'un de ses collègues militait pour l'Arena.

QUID DE L'ÉTAT DE LA DÉMOCRATIE SALVADORIENNE ?

Les militaires salvadoriens, qui ont pendant longtemps tenu un rôle politique majeur, notamment pendant la guerre civile (1979-1992), ont donc accepté que l'un des cinq commandants de la guerrilla efemelenista, Sánchez Cerén, accède à la cheffature de l'État. Une attitude qui contraste nettement avec le coup d'État nocturne perpétré au Honduras à l'été 2009.

Néanmoins, la tactique de l'Arena pose problème, a fortiori dans le contexte de dénouement de la présidence de Funes – et de la vice-présidence de Sánchez Cerén –, alternance que l'on peut difficilement qualifier de révolutionnaire, ni même de radicale. [Un bilan fera l'objet d'un article à l'issue de son mandat.] Brutaliser les institutions est toujours un risque, à plus forte raison dans un pays, El Salvador, où elles demeurent fragiles et où leur légitimité dépend du respect des règles établies par les accords de paix de Chapultepec (1992, Mexique). L'Arena a gouverné pendant près de vingt ans et sera vraisemblablement de nouveau amenée à gouverner. Le signal envoyé par la droite salvadorienne est donc inquiétant.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.