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Billet de blog 29 juil. 2022

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Guinée. Première manifestation pour le retour à l’ordre constitutionnel

Le FNDC, soutenu par ses alliés politiques, a organisé sa première manifestation pour le retour à l’ordre constitutionnel. Sans doute le début d’une longue série.

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Le FNDC, soutenu par ses alliés politiques (UFDG, UFR et MoDeL), a organisé ce jeudi 28 juillet 2022 sa première manifestation pour réclamer le retour à l’ordre constitutionnel. Elle a eu lieu presque onze mois après le coup d’État mené par Mamadi Doumbouya et ses hommes et alors que le chronogramme de la transition n’a pas encore été publié.

Manifestation interdite et poursuites judiciaires

Ces manifestations sont interdites par le CNRD, la junte au pouvoir, en vertu de deux « communiqués » publiés en mai. Les juristes pourront plancher sur la valeur juridique de tels communiqués. Mais la Guinée est en régime d’exception, alors toutes les acrobaties semblent possibles…

Lettre de réponse du maire de la commune de Matoto à Conakry à la lettre de déclaration de manifestation du FNDC.

La manifestation étant interdite et Conakry barricadée à chaque carrefour par des gendarmes et des policiers, la marche prévue par le FNDC n’a pas été possible. Au lieu de cela, les manifestants sont sortis dans leurs quartiers et des affrontements sporadiques ont eu lieu avec les forces de l’ordre. Conakry, d’habitude embouteillée, a vu très peu de véhicules sur ses routes et nombre de ses commerces sont restés fermés.

Dans son communiqué de fin de manifestation, le FNDC a annoncé « la mort […] d’un citoyen atteint par une balle, plusieurs blessés par balles réelles et de nombreuses arrestations ». Abdoulaye Barry est donc la deuxième victime de la répression sous le CNRD, après un jeune également atteint d’une balle lors d’un mouvement spontané contre la hausse du prix du carburant, le 1er juin dernier. Comme la première victime, Abdoulaye Barry ne participait pas à la manifestation.

Le parquet général près la cour d’appel de Conakry n’a pas attendu le lendemain de la manifestation pour diligenter des poursuites judiciaires contre les organisateurs, à savoir les membres du FNDC. Trois leaders du FNDC – Fonike Menguè, Billo Bah et Djanii Alfa – avaient déjà été arrêtés, le 5 juillet dernier, avant d'être jugés et relaxés.

Une transition bloquée

Pour rappel, les revendications du FNDC qui ont motivé cette manifestation, sont :

  1. L’ouverture d’un cadre de dialogue entre le CNRD, les partis politique et la société civile, sous l’égide de la Cédéao ;
  2. La fixation d’une durée raisonnable et consensuelle de la transition ;
  3. La publication de la liste des membres du CNRD et la déclaration des biens des autorités de la transition ;
  4. Le respect des droits de l’homme et en particulier du droit de manifester ;
  5. L’ouverture de procès pour les crimes de sang commis dans le cadre des manifestations anti troisième mandat.

Le FNDC avait déjà lancé des appels à manifester fin juin, avant de se rétracter après l’ouverture d’un « cadre de dialogue » sous l’égide du premier ministre Mohamed Beavogui. Finalement, le FNDC s'en est retiré après avoir dénoncé une « parodie de rencontre ».

Une autre manifestation est déjà prévue pour le 4 août, cette fois sur toute l’étendue du territoire national et pas seulement à Conakry. Le FNDC et ses alliés cherchent à monter en puissance pour mettre la pression sur la junte.

Sommet de la Cédéao

Le sommet de la Cédéao du 1er août devra décider d’éventuelles sanctions contre la Guinée. Le pays ne devrait pas y échapper. Après sa visite en Guinée le 20 juillet, Umar Sissoco Embaló, président de la Guinée-Bissau et de la Cédéao, a déclaré qu’il avait réussi à « convaincre » le CNRD de raccourcir la transition à 24 mois, au lieu des 36 actuels… ce que le gouvernement guinéen n’a pas tardé à démentir.

Mory Condé, ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, lui a répondu que « Lors de la visite de la Cédéao en Guinée, les deux parties ont porté leurs discussions sur le contenu de la transition et non sur une durée. Le gouvernement de Guinée se désolidarise complètement de cette question de durée. »

Le CNRD reste intransigeant et ne semble disposé à faire de concessions ni au FNDC et aux partis politiques, ni à la Cédéao, enfonçant la Guinée dans la crise politique.

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