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Billet de blog 30 juil. 2022

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Guinée. Répression tous azimuts par le CNRD

Au surlendemain de la manifestation du FNDC, qui s’est prolongée le vendredi 29 juillet, le CNRD opère une répression tous azimuts. La dérive dictatoriale du CNRD se confirme pendant que le chef de la junte, Mamadi Doumbouya, se mure dans le silence.

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Conakry vient de connaître deux jours de « manifestations éclatées », c’est-à-dire de manifestations désordonnées dans les quartiers de Conakry, en raison de l’interdiction par la junte de la marche initialement prévue par le FNDC. Deux jours au cours desquels l’armée a été déployée et au moins deux personnes ont perdu la vie. Le CNRD, la junte au pouvoir, procède désormais à une répression politique tous azimuts : arrestation d’activistes de la société civile et de militants politiques et bouclage de sièges de partis politiques.

Pourtant, le FNDC avait accepté, sur demande d’Umaro Sissoco Embaló, le président de la Cédéao, de « suspendre, pour une durée d’une semaine, les manifestations dans les rues et sur les places publiques » pour « donner une chance à la médiation de la Cédéao pour trouver une issue favorable à la sortie de crise en Guinée ». Un signe d’ouverture que le CNRD a balayé d’un revers de main.

Au moins deux morts

La presse guinéenne confirme le décès de deux personnes lors des manifestations des jeudi 28 et vendredi 29 juillet : Abdoulaye Barry et Mamadou Bella Barry. Selon les récits de leurs proches, Abdoulaye Barry, cuisinier de 65 ans, a été tué jeudi sur son lieu de travail tandis que Mamadou Bella Barry, apprenti boulanger de 16 ans, a perdu la vie vendredi alors qu’il allait acheter de la farine. Les deux sont morts par balle alors qu’ils ne semblaient pas être des manifestants. Il y aurait eu trois autres morts vendredi selon le FNDC, mais cette information n’est pas confirmée à cette heure.

Mory Condé, le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, confirme ce que nombre de manifestants avaient constaté, et l’assume : l’armée a été déployée pour le maintien de l’ordre. « Cette décision fait suite à l’organisation sur la voie publique des réunions, cortèges et défilés non autorisés causant des atteintes à l’intégrité physique des citoyens, des agents de maintien de l’ordre et des dégâts matériels en dépit des interdictions formelles des autorités en charge de l’ordre public » précise-t-il dans un communiqué.

Arrestations

La première arrestation a été celle d’Oumar Sylla, alias Fonike Menguè, le coordinateur national du FNDC. Selon le FNDC, qui dénonce un « kidnapping », il a été arrêté manu militari à son domicile, samedi peu avant 2 heures du matin. Dans la soirée, Ibrahima Diallo, membre de la coordination nationale du FNDC, a également été arrêté chez lui, avec une convocation de la direction de la police judiciaire. Après les activistes de la société civile, c’est au tour d’un responsable de parti politique : Saikou Yaya Barry, cadre de l’UFR, a été arrêté par la gendarmerie dans la soirée de samedi également.

Ces arrestations semblent faire suite aux poursuites judiciaires annoncées jeudi soir par le parquet général près la cour d’appel de Conakry, après le premier jour de manifestation. Combien d’activistes et de militants sont encore sur sa liste ?

Bouclage de sièges de partis politiques

Les trois principaux partis politiques guinéens – l’UFDG et l’UFR, alliés au FNDC, et le RPG, parti de l’ex-président Alpha Condé, qui a rejoint les manifestations – ont fait savoir que leurs sièges avaient été encerclés par des pick-up de la police et de la gendarmerie.

La dérive dictatoriale du CNRD se confirme pendant que le chef de la junte, Mamadi Doumbouya, se mure dans le silence.

Mise à jour, 1er août :

Trois autres morts sont confirmés par le parquet général de Conakry, ce qui porte à cinq le nombre de victimes de la première manifestation. Mamadou Lamarana Diallo, âgé d’une vingtaine d’années, a pris une balle en sortant de la prière, vendredi 29 juillet. Amadou Camara, 17 ans, est mort dans des circonstances encore inconnues. Le parquet signale une cinquième victimes dont l'identité et les circonstances de la mort sont inconnues.

Le G5 Guinée – regroupant l’ONU, la Cédéao, l’Union européenne, les États-Unis et la France – à travers un communiqué, « déplore le recours excessif à la force et l’utilisation alléguée d’armes létales pour le maintien de l’ordre », « suggère au gouvernement de la transition de diligenter une enquête sur les violations et abus des droits de l’homme » et réclame l’instauration d’un « dialogue inclusif ».

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