Il faut en finir avec les hommes

Sur trois essais féministes récents.

Je suis un homme cis, Blanc, et essentiellement hétérosexuel. Quand je lis des essais féministes comme Moi, les hommes, je les déteste (1), J’ai peur des hommes (2) ou encore La terreur féministe (3), je ne peux pas rester en place. Non pas que je sois surpris de voir ce que les hommes font subir aux femmes. Je le sais, et je profite chaque jour, du simple fait d'être un homme, de mes privilèges sans trop de mauvaise conscience. J’en fais encore si peu pour les femmes de mon entourage. Mais sans doute déjà beaucoup par rapport à bien des hommes pour que l’on puisse dire que je suis un « bon gars ». Et c’est un problème. On en demande si peu aux hommes quand on attend tout des femmes. Alors quand je lis ces essais je bondis et mon cœur s’emballe. Il faut en finir avec les hommes.

Comment dire ? Est-ce que je ne suis pas un de ces extrémistes qui veulent la guerre des sexes ? Pauline Harmange dit moi les hommes, je les déteste. Comment ça ? Tous les hommes ? Même moi qui suis un "homme bon" ? Même Ralph ?

L’air sera déjà plus respirable quand il sera inutile de rappeler qu’un homme qui dit pas moi est un problème. Ok, on évitera de tous nous tailler en pièces, façon SCUM Manifesto (4). Au mieux on continuera à dire cette vérité que l’on considérera comme éternelle : les hommes ne sont pas importants. Mais il est tout aussi exact de prononcer cette vérité que l’on espérera provisoire : les hommes sont nuisibles.

Quand il sera inutile de faire le récit, ou de montrer ce que les hommes font subir aux femmes quotidiennement pour que naisse le désir d’abolir le patriarcat (pars destruens) par le désir de relationner autrement (pars construens) – on croira respirer un air pur !

Pourtant, c’est bien par des récits hypotyposiques que ces trois essais touchent leurs cibles. Hé, c’est moi qui suis décrit là ! Est-ce que j'avais vraiment besoin de le lire pour le croire ?!

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Les hommes détestent les femmes. Les femmes détestent les hommes. Deux propositions en apparence symétriques mais qui n’ont absolument pas la même valeur. La misandrie d’un je déteste les hommes, un blasphème porté envers la sainteté de l’ego masculin ? Comme le rappelle Pauline Harmange dans son essai, « l’accusation de misandrie est un mécanisme de silenciation : une façon de faire taire la colère, parfois violente mais toujours légitime, des opprimé·es envers leurs oppresseurs » (page 8, je souligne). La colère des femmes envers la violence des hommes est toujours légitime. Le patriarcat opprime les femmes de façon systémique. Fondamentalement, l’homme (c’est bon, j’essentialise ?) cherche à posséder, exploiter, sexuellement, matériellement, le corps des femmes.

La colère, et la violence éventuelle qui jaillit du corps des opprimées, n’est pas comparable, pas du même ordre. Elle est réactive, seconde, défensive, locale, c’est une question de survie. La misandrie n’existe donc pas. Du moins pas de manière systémique, comme miroir de la misogynie. Mais la misandrie est « nécessaire, voire salutaire » (page 9). En effet, « quand les hommes ont-ils jamais fait de mal aux femmes ? » (page 8, l’autrice souligne). Si tous les hommes ne sont peut-être pas des violeurs, quasiment tous les violeurs sont des hommes et « quasiment toutes les femmes ont subi et subiront des violences de la part des hommes » (page 38). Un homme pensera : mais qu’est-ce qu’elles ont à nous détester celles-là ? Nous sommes la mesure de votre valeur ! et précisément, pour Pauline Harmange, c’est là l’origine de la détestation, du malaise, de la méfiance qu’éprouve les femmes envers les hommes.

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Ne pas entendre la colère et les émotions des femmes est un choix, « celui de ne pas vouloir comprendre leur origine, et refuser d’envisager qu’on puisse en être responsable » (page 49). Pauline Harmange dit vrai. Être misandre, c’est dès lors trouver une « porte de sortie » source de « joie » (page 12). Respirer. À raison, mille fois raison, la misandrie porte un soupçon généralisé sur la bienfaisance des hommes. Non, les hommes ne sont pas à la hauteur. La médiocrité des hommes resplendit à mesure de l’importance dont ils se voient indument gratifiés.

La pression à se mettre en couple est un piège, l’hétérosexualité compulsive une norme inique. Pauline Harmange rappelle qu’« il paraît, pourtant, que les femmes célibataires et sans enfants sont les personnes les plus heureuses » (page 61). Lorsque les hommes sont entre eux, ce n’est jamais bon signe : « les masculinités toxiques qui nous oppressent sont forgées dans les cercles masculins fermés » (page 74). La définition même de la masculinité renferme une dévalorisation du féminin et des individues qui incarnent le plus le féminin, les femmes. Pour abolir ce gigantesque boy’s club qu’est le patriarcat, un indice : séparer les hommes.

Pauline Harmange veut cultiver la sororité. Même faire du tricot entre filles est déjà un acte de résistance politique : « car la solidarité des femmes n’est jamais frivole, elle est toujours politique » (page 75). Moi les hommes, je les déteste est un essai qui cherche ce qui compte. On aura compris, ce ne sont pas les hommes qui comptent dans la vie des femmes, qui sont la mesure de leur valeur. Ce qui compte, ce qui fait une vie juste, c’est de donner la priorité aux femmes de son entourage, leur donner une « énergie relationnelle » (page 69) pour qu’en notre compagnie, elles « se sentent en sécurité » (page 68). La sororité est une boussole relationnelle.

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Si les femmes ne se sentent pas en sécurité, c’est parce qu’elles ont peur des hommes. De tous les hommes. De tous les hommes dans chaque individu·e. Hommes cis, hommes trans, hétéros, gais, et même les femmes qui relationnent avec les hommes représentent un danger pour les femmes.

Pour Vivek Shraya il n’y a pas de porte de sortie. Cette artiste et écrivaine canadienne d’origine indienne, autrice de J’ai peur des hommes, a connu toutes les facettes de la violence masculine. Du refoulement de sa féminité lorsqu’elle était assignée garçon, à la misogynie et la transphobie lorsqu’elle a fait son coming out trans. Les premières lignes de son essai sont extraordinaires :

J’ai peur des hommes parce que ce sont eux qui m’ont appris à avoir peur. J’ai peur des hommes parce que ce sont les hommes qui m’ont appris à craindre le mot « fille » en le transformant en arme pour me blesser. J’ai peur des hommes parce que ce sont les hommes qui m’ont appris d’abord à détester, et ensuite à détruire, ma féminité. J’ai peur des hommes parce que ce sont les hommes qui m’ont appris à craindre les parties de moi les plus extraordinaires. 

Cette peur maintenue par le récit quotidien des violences masculines (viols, meurtres…) exerce un véritable « contrôle social » (page 16) sur les corps et les esprits des femmes. La peur peut servir comme instinct de survie, mais la violence du patriarcat infiltre toutes les fibres du corps et épuise toute vie partout où jusqu'alors la vie résistait. La peur, dit Vivek Shraya, se révèle être un combustible qui érode le corps à force d’être trop utilisé (page 22). Se débattre semble peine perdue.

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La première partie de son essai, « Toi », c’est moi, c’est chaque homme que Vivek Shraya a rencontré, c’est le visage de la violence masculine en permanence suspendu au-dessus d’elle. Dans ce contexte de terreur, le masculin veut prendre possession de l’autrice, qui n’a de cesse de s’efforcer, pendant sa jeune vie d’adulte, d’accéder à l’idéal des normes de la masculinité hégémonique : muscles, voix grave, démarche cherchant à occuper le plus d’espace possible, vêtements noirs, bleus, gris,

Quand je regarde des photos de moi vers la fin de la vingtaine, je regrette que mon corps ait été à ce point façonné par les hommes. Mes interactions avec toi, et ensuite mon immersion dans la culture gaie, m’apprennent rapidement que les hommes gais ne me trouvent désirables que si je suis musclé. Par ailleurs, je me rends compte à l’époque que c’est aussi en partie ma maigreur qui me fait paraître gai aux yeux des hommes hétéros. Dans les deux cas, ma minceur amplifie ma féminité, qui est perpétuellement perçue comme un trait répugnant à éradiquer (page 41).

On dira dans une perspective phénoménologique qu’avant d’être un corps-pour-soi, le corps de Vivek Shraya est vécu comme corps-pour-autrui, corps pour les hommes, corps pour la jouissance et la perpétuation de la domination des hommes sur les femmes : « comment aimer un corps qui n’a jamais vraiment été le mien ? » (page 42). Le corps, à la fois « armure » et « parure », dit bien que l’esthétique patriarcale est une esthétique oppressive. Vivek Shraya se demande : « à quel point la sexualité est-elle façonnée par l’expérience de la violence masculine pendant l’enfance ? À quoi ressemblerait le désir si la sexualité ne se construisait pas de pair avec ces expériences ? » (pages 36 et 37). Je me pose aussi la question. Je m’identifie à l’autrice lorsqu’elle relate qu’à l’adolescence elle est sortie avec la veste de sa mère, recevant les crachats d’un garçon sous les rires de la copine de ce garçon. Quand je lis cela, je me rappelle qu’il y a quelques années, traversant un parc pour rentrer chez moi, empoignant un sac à main – pratique pour ne pas abîmer mon beau manteau ! – un ado me lance au loin c’est pas un homme ça ! sale pédé ! Je me rappelle tous les autres regards insistants me rappelant à l’ordre du genre. Je me rappelle, comme l’autrice, avoir subi à une soirée des attouchements non consentis de la part d’un homme, ayant relativement plus de seins que la plupart des autres hommes. Cela a eu lieu à cause du mépris des hommes pour les femmes.

« Toi », moi, hommes hétéros, gais, trans, remettons à leur place les femmes, en les touchant, en leur faisant peur. C’est d’autant plus vrai pour les femmes trans qui cumulent le mépris des hommes et des femmes qui ne sont pas toujours des alliées : « j’ai aussi peur des femmes » (page 87).

Vivek Shraya, comme Pauline Harmange, veut en finir avec la fiction du « bon gars ». Aucun homme ne peut se soustraire de sa position sociale de dominant, et pour l’autrice il faut partir de là, de ce que les hommes sont réellement plutôt que d’attendre l’homme rêvé. Ne pas mettre les hommes sur un piédestal permet de redonner à l’autrice de l’agentivité : c’est à elle de décider ce qui lui est acceptable et ce qui est impardonnable (page 74). Il ne s’agit pas pour autant d’abaisser les exigences que l’on doit avoir envers nous. Gardez-moi de me féliciter ou de me donner un totem d’immunité parce que je fais la vaisselle ou que je suis féministe – ce qualificatif même ne me revient pas de droit.

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Pourquoi ces essais dérangent ? Parce que les hommes – et dans le cas de Vivek Shraya, les femmes aussi – ont peur. Nous avons peur de perdre nos privilèges. Les féministes qui font peur aux hommes sont considérées comme des extrémistes. Ces réactions sont un bon signe, mais décourageantes tant les essais de Pauline Harmange et de Vivek Shraya sont en réalité modérés. Tout compte fait, les propos des autrices ne renvoient presque qu’à cette idée : que l’ego des hommes doit effectuer sa révolution copernicienne – nous ne sommes pas le centre de l’humanité, tout juste des satellites dans la vie des femmes. La valeur des femmes est occultée par l’égoïsme des hommes et par la mansuétude de la société à leur égard. On est loin de la guerre des sexes, mais dans une demande de justice réparatrice.

La colère des femmes et la possibilité d’une violence féminine ou féministe à l’encontre des hommes mettent en relief la défaillance de la justice. Une justice patriarcale – et même une justice qui se contenterait de suivre les recommandations d’un féminisme institutionnel – est une menace pour la vie des femmes. L’autrice et féministe extrémiste Irene (prononcez Iréné) livre dans La terreur féministe un essai sombre et lumineux tout à la fois, à force de récits aussi poignants que rageants. Si la seule misandrie fait peur aux hommes, que dire de la violence des femmes qui se font justice ? Le propos d’Irene est d’introduire à ce tabou de genre : les femmes aussi sont violentes ! Sans doute cette violence est-elle le plus souvent locale, interpersonnelle – tuer son mari violent, par exemple – mais il s’agit également de penser la violence dans les luttes féministes. Si une partie du travail a déjà été admirablement entamé dans l’ouvrage dirigé par Coline Cardi et Geneviève Pruvost, Penser la violence des femmes (5), le second pan de l’analyse de la violence des femmes – la violence dans les luttes féministes – est un territoire encore en grande partie inexploré, comme elles le reconnaissent dans l’introduction générale de l’ouvrage :

Il est tout à fait significatif qu’aucune contribution de ce volume ne soit consacrée à la place faite à la violence dans les mouvements féministes (à l’encontre des non-féministes, mais aussi entre féministes), entretenant en creux l’idée que la défense des femmes est nécessairement passée par l’action non violente. Cette histoire reste donc à écrire (page 33).

Cette histoire fait l’objet des recherches en cours d’Irene. La terreur féministe complète de très belle façon Moi les hommes, je les déteste. Dans son essai, Pauline Harmange rappelait : « il paraît que la misandrie est très difficile à vivre pour les hommes : une violence insoutenable qui, à ce jour, totalise l’intolérable forfait d’exactement zéro mort et zéro blessé » (page 10). Irene prend le contrepied de cette affirmation, sans la contredire pour autant, lorsqu’elle se demande : « Le féminisme n’a-t-il vraiment jamais tué personne ? Est-il authentiquement pacifique ? Et surtout, faut-il brandir cette non-violence supposée comme une valeur suprême ? » (page 14). Et d’ajouter : « Que se passerait-il si la Terreur féministe devenait réelle ? Si les hommes commençaient à avoir vraiment peur ? » (page 15). Bon, on conviendra peut-être qu’on peut chercher d’autres moyens que la Terreur de l’émasculation, mais Irene, à travers une série de portraits, fictifs ou réels, de femmes vengeresses, pose de manière légitime la question de la violence dans les luttes féministes, car, « en réalité, la question n’est pas tellement de savoir si les féministes sont violentes ou si le féminisme a tué quelqu’un, mais plutôt de chercher à savoir si la violence est nécessaire ou du moins utile à la Révolution féministe » (page 98).

J’évoquais à l’instant l’ouvrage de Coline Cardi et Geneviève Pruvost, mais on peut ajouter une référence capitale pour penser, avec les ermes d'Irene, « la violence comme stratégie politique féministe », à savoir Se défendre d’Elsa Dorlin (6).

La violence, dit Irene, est inhérente au patriarcat et sert la domination des hommes. La violence des femmes ou des féministes n’est quant à elle pas oppressive, mais « subversive » (page 60). C’est un « moyen d’autodéfense », un moyen de survivre, de « répliquer », selon le terme qu’utilise Elsa Dorlin dans son ouvrage. Irene prend l’exemple de Maria del Carmen, cette femme qui, le 13 juin 2005, subit la provocation intolérable d’un homme, Antonio Cosme, le violeur d’une de ses filles, qui lui demande, alors qu’elle attend à un arrêt de bus : « Bonjour Madame. Comment vont vos filles ? ». Ces mots ne peuvent trouver d’autre réplique que celle qu’engagea Maria del Carmen, lorsqu’elle se leva pour aller remplir une bouteille d’essence à une station-service, la déverser sur le violeur de sa fille, bénéficiant d’un permis de sortie de prison, et y mettre le feu. Comment répliquer autrement lorsque la justice est à ce point défaillante ?

On pensera au développement que réserve Elsa Dorlin au roman d'Helen Zahavi, Dirty Week-end, où la personnage principale, Bella, « figure même de la victime devenue bourreau » (page 163), est en colère contre les violences (harcèlement, viol) qu'elle a subies de la part de son voisin. Pour se défendre, pour agir, il suffit que sa colère lui appartienne. Elsa Dorlin insiste : « Bella se libère elle-même ». La lutte féministe est politique, mais le politique s'énonce déjà au niveau du personnel, dans la conversion du regard que la personnage effectue sur elle-même :

Il faut admettre alors que la conscientisation ne peut pas toujours relever de la responsabilité collective des violenté.e.s, parce qu'il se peut que, pour la pluapart d'entre elles/eux, il n'y ait pas de collectif possible ou que le collectif ne les accompagne pas jusqu'à la porte de chez elles/eux, ni même jusque dans leurs lits. En d'autres termes, il y a des types de domination qui déréalisent à proprement parler des vécus, des existences, des corps, qui désaffilient à proprement parler les individu.e.s de la possibilité même de construire un monde commun avec d'autres ou qui ne créent des mondes communs que par intermittence. Bella est seule, elle est seule chez elle à être harcelée et il n'y a personne à qui parler, à qui demander de l'aide. Elle est dans l'autodéfense, non par choix, mais par pure nécessité (page 173).

Irene reprend la thèse du militant anarchiste Peter Gelderloos (7) selon laquelle la non-violence n’est pas une solution stratégique par défaut. La Révolution féministe peut et doit (par nécessité) recourir quelquefois à la violence. Cette violence est légitime et doit être un moyen à disposition des féministes, évidemment parmi d’autres modes d’actions possibles. Dans sa conclusion, Irene défend l’idée que « la diversité des tactiques est la clef » (page 102). On retrouve la même conclusion chez Starhawk (8), militante altermondialiste et écoféministe, qui admet une forme de « pluralité tactique » qui fait place à des modes d’actions plurielles, pacifiques et violentes : « Certains avocats de la non-violence prennent dans toute discussion une position de morale élevée, et considèrent comme non éthiques ceux qui ne sont pas d’accord avec eux » (page 61). Or, avec la pluralité tactique, chacun est libre de faire ses propres choix, et « l’autodéfense active peut être libératrice » (page 62). En réalité, parler de « non-violence » ne va pas, car c’est toujours être en train de penser en termes de violence, là où le mot « révolution » conviendrait mieux, car l’objectif de cette violence n’est pas oppressif, mais consiste à détruire le patriarcat :

Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne ( vers 1615), musée des Offices Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne ( vers 1615), musée des Offices

Le but d’une action directe libérée est de faire sentir aux gens qu’un monde meilleur est possible, qu’ils peuvent faire quelque chose pour le faire exister, et qu’ils sont des compagnons de valeur dans cette lutte. Et donc, faire naître ce monde dans la lutte elle-même, être la révolution, donner corps à ce que nous voulons créer, le préfigurer. Une action directe libérée ne se borne pas à rejeter ou à limiter certaines tactiques : elle cherche, de façon active et créative, des actions qui préfigurent le monde que nous voulons créer, lui donnent corps (pages 67 et 68).

En ouvrant un tel chantier sur la violence dans les luttes féministes, l’essai d’Irene peut être considéré comme d’une grande importance, et comme l'un de ces ouvrages qui, une fois refermé, nous transforme et nous pousse à agir. Avec ces trois essais remarquables, Pauline Harmange, Vivek Shraya et Irene donnent à leurs mots de la réalité. Il s'agit déjà là de se défendre afin de se sauver, de sauver sa peau de la violence des hommes et se sauver en bâtissant un monde commun dans lequel les hommes n'y sont pas le centre. Dans ces essais chaque lectrice pourra y trouver et ressentir ce qui compte vraiment, et pour les hommes, espérons-le, matière à (se) faire violence pour ne plus tolérer la violence de ses pairs.

 

(1) Moi les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange, Monstrograph, Trélazé, 2020. Ma pagination va à cette édition. Une seconde édition est parue au Seuil la même année.

(2) J'ai peur des hommes, de Vivek Shraya, Éditions du Remue-ménage, Québec, 2020 pour la traduction française.

(3) La terreur féministe. Petit éloge du féminisme extrémiste, d'Irene, édition Clara Tellier Savary, 2020.

(4) Le célèbre ouvrage de Valerie Solanas doit reparaître en 2021.

(5) Penser la violence des femmes, sous la direction de Coline Cardi et Geneviève Pruvost, La Découverte, Paris, 2012, 2017.

(6) Se défendre. Une philosophie de la violence, d'Elsa Dorlin, Zones, La Découverte, 2017.

(7) Comment la non-violence protège l'État: Essai sur l'inefficacité des mouvements sociaux, de Peter Gelderloos, Éditions Libre, 2018.

(8) Parcours d'une altermondialiste. De Seattle aux Twin Towers, de Starhawk, Les Empêcheurs de penser en rond, Le Seuil, 2003.

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