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Billet de blog 14 mai 2019

Frères musulmans : des liens entre le groupe scolaire al-Kindi et Al-Qaïda en Syrie ?

Le groupe scolaire al-Kindi, situé à Décines-Charmieu dans la banlieue lyonnaise, est le plus grand lycée musulman de France. Cette curieuse institution avait déjà défrayé la chronique lors de son ouverture en 2007 puis avait fini par se faire oublier. Qatar Papers, le dernier livre de Georges Malbrunot et Christian Chesnot, a le mérite de rouvrir ce dossier brûlant.

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Pour bien comprendre le caractère parfaitement scandaleux de cette affaire, il faut d’abord savoir que le groupe scolaire al-Kindi est sous contrat avec l’éducation nationale, ce qui signifie que ses enseignants sont rémunérés par l’Etat ; il faut également revenir à la période 2006-2007, lorsque Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur et candidat à la présidence de la République cherche, dans la perspective de cette élection, à obtenir les bonnes grâces de l’UOIF, Union des Organisations islamiques de France, devenue Musulmans de France, une organisation sous la tutelle des Frères musulmans. D’une pierre, deux coups, puisqu’en agissant ainsi Nicolas Sarkozy s’attire aussi la bienveillance du très généreux Qatar, un pays qu’il « bichonnera » pendant tout son quinquennat.

A cette époque, le recteur de l’Académie de Lyon, Alain Morvan, s’oppose à la création de cette école pour deux raisons. La première est d’ordre purement technique, le site choisi par l’association à l’origine de ce projet, dirigée par Nizar Hakim, vice-président de l’UOIF, se trouve sur une ancienne friche industrielle, dont le sous-sol regorge de produits toxiques. Pour des raisons évidentes de précautions sanitaires, les enfants ne peuvent pas être exposés à ces dangers.

La deuxième concerne des inquiétudes sur l'extrémisme des fondateurs du lycée, puisque l’idéologie des Frères musulmans prône l’islam politique et radical. En prenant cette décision, Alain Morvan s’est attiré les foudres des intégristes et de l’administration. Il a subi de multiples pressions, de la part de l’UOIF qui a organisé des manifestations sous ses fenêtres aux cris de « Morvan taliban » et du ministère de l’Education nationale. Celui qui suivait ce dossier rue de Grenelle était encore un illustre inconnu, il s’agit de Jean-Michel Blanquer, actuel ministre de l’Education nationale, ce dernier a donc œuvré en faveur de Nizar Hakim et contre son recteur. Un mois avant l’élection présidentielle, Alain Morvan a été démis de ces fonctions et l’école a ouvert en septembre de la même année...

Ce groupe scolaire n’aurait jamais dû voir le jour compte tenu des alertes données par un professionnel compétent qui avait compris à quelle sorte « d’intégrisme » il avait à faire. La suite a démontré qu’il était encore très loin du compte : un ancien proviseur a obtenu un congé sabbatique pour se présenter sur une liste du parti Ennahda en Tunisie, un autre a été inscrit sur une liste du parti turc, Egalité et Justice proche du président Erdogan, deux partis qui sont des émanations des Frères musulmans. Néanmoins, bien que ce soit très critiquable, cela reste dans les clous de la loi française, puisque la Confrérie n’est pas interdite dans l’Hexagone comme elle l’est dans d’autre pays.

En revanche, les agissements de Nizar Hakim, franco-syrien, originaire d’Alep, toujours Président d’al-Kindi, tombent eux sous le coup de la loi. Selon des révélations de Marianne du 5 avril 2019, les autorités suédoises se sont intéressées dès 2013 à un trafic d’armes vers la Syrie. Une mystérieuse association, la Commission pour la protection des civils (CPC) fondé par un Syrien d’Homs, Haytham Rahmeh, naturalisé suédois, a organisé un trafic d’armes et de munitions pour alimenter les groupes rebelles syriens.

Ces armes provenaient de Libye et de Bosnie et arrivaient à destination par la frontière turque. En réalité, toujours selon les autorités suédoises, le CPC n’est rien d’autre qu’une organisation écran cachant assez mal le Conseil National Syrien dont Nizar Hakim est l’un des créateurs. Ce dernier est par ailleurs tout à fait décomplexé puisque, selon Marianne, il n’a pas hésité à s’épancher sur une radio suédoise en déclarant que : « son organisation comptait 2 000 combattants en Syrie et qu’elle collaborait avec des groupes djihadistes, comme le Front al-Nosra (rebaptisé depuis Jabhat Fatah al-Sham), lié à Al-Qaïda. » Il ajoutait que « cette « milice » opérait à Alep, Deir ez-Zor, Lattaquié, Hama, Homs et Damas. Nous sommes partout. »

Il faut expliquer aux Français, pourquoi Nizar Hakim peut être encore président d’un groupe scolaire et pourquoi après avoir avoué publiquement son aide à des groupes terroristes, il peut se promener en toute liberté en France ? Comment un homme comme Shakeel Siddiq, professeur au groupe scolaire al-Kindi, connu pour être un prosélyte de l’islam radical, peut-il être rémunéré par l’Etat?

Qatar Papers devrait être un révélateur de tous ces dysfonctionnements mais personne ne réagit. Seul le Rassemblement National récupère le sujet, en proposant la création d’une enquête parlementaire. Le silence des autres partis politique est un scandale dans le scandale, une affaire dans l’affaire…

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