Le Wall Street Journal accuse le Qatar de soutenir des terroristes

Alors que le Qatar affirme avec véhémence qu'il ne soutient pas le terrorisme, le Wall Street Journal publie des révélations compromettantes pour le riche émirat gazier. Dans son enquête, le journal américain dévoile que le Qatar a soutenu Khalifa al-Subaiy, financier qatari proche de la Qatar Charity, qui est aussi l'un des principaux argentiers d'Al-Qaïda.

Le Wall Street Journal accuse le Qatar d'avoir soutenu un financier de Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau du 11 septembre Le Wall Street Journal accuse le Qatar d'avoir soutenu un financier de Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau du 11 septembre

Dès 2008, Khalifa al-Subaiy, un ancien responsable de la banque centrale du Qatar, a été placé sur les listes de sanctions anti-terroristes par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Selon plusieurs services de renseignement, le Qatari avait envoyé des fonds aux leaders d'Al-Qaïda, dont Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau des attentats du 11 septembre 2001.

Malgré les sanctions de l'ONU, le Wall Street Journal a découvert qu'al-Subaiy pouvait toujours retirer 10,000 $ par mois sur son compte à la Qatar National Bank, en totale violation des résolutions de l'ONU. Comme l'explique le journal, al-Subaiy ne devrait en théorie pas pouvoir retirer de tels montants, afin d'éviter tout financement de nouvelles opérations terroristes.

Au Qatar, al-Subaiy opère librement, avec la complicité des autorités locales.

Embarrassé, un porte-parole de la Qatar National Bank a refusé de répondre aux journalistes américains. La banque, il faut le rappeler, compte de nombreuses succursales en Europe, notamment à Paris. Ont-elles été utilisées par al-Subaiy ?

Tout aussi inquiétant, al-Subaiy n'avait passé que six mois dans une prison de Doha, avant de retrouver sa liberté, et de reprendre ses activités terroristes, selon des informations de l'ONU.

Cette brève incarcération, qui avait choqué des responsables américains, contraste fortement avec des peines de plusieurs années que subissent des étrangers au Qatar. N'oublions pas que le Français Jean-Pierre Marongiu, faussement accusé d'avoir émis des chèques sans provisions, avait été détenu pendant cinq ans au Qatar.

Pour le Qatar, financer Al-Qaïda ne semble pas être un délit majeur.

L'Emir du Qatar reçu avec les honneurs par Emmanuel Macron L'Emir du Qatar reçu avec les honneurs par Emmanuel Macron

Comme l'a révélé la presse, le francophile Procureur Général du Qatar Ali Bin Fetais Al-Marri était aussi intervenu pour libérer des membres de sa famille ayant rejoint Al-Qaïda. Cela ne l'empêche pas d'être reçu par le Tout-Paris lors de ses fréquents séjours dans des palaces de la capitale, dernièrement avec Jack Lang, président de l'Institut du monde arabe.

Mais les dernières accusations risquent de mettre le Qatar sous pression. Selon le Wall Street Journal :

« La peine de six mois de M. Subaiy a été décriée par d'anciens fonctionnaires du Trésor américain pour sa clémence. Des analystes américains en matière de sécurité ont déclaré que les assurances du Qatar selon lesquelles il surveillerait ses activités étaient tombées à plat après la révélation par le Royaume-Uni de la poursuite de ses activités. »

Le Qatar, parrain de l'islamisme radical.

D'après plusieurs experts, l'influent al-Subaiy aurait aussi œuvré avec la Qatar Charity, la richissime ONG qatarie accusée de soutenir les Frères musulmans en Europe, pour financer des mosquées en Europe. Si le Wall Street Journal n'évoque pas ces éléments dans son dernier article, les services de renseignement européens surveillent de très près les mouvements de fonds en provenance du Qatar, comme le révèle Qatar Papers, l'excellent dernier livre de Georges Malbrunot et Christian Chesnot.

Idéologiquement, Al-Qaïda est une émanation des Frères musulmans, qui a contribué à la naissance du terrorisme islamique. Le Frère musulman Sayyid Qutb, surnommé le « philosophe du terrorisme islamique » par le New York Times, a élaboré la doctrine djihadiste moderne.

L'actuel leader spirituel des Frères musulmans, Youssef al-Qaradawi, a régulièrement soutenu les attentats terroristes ou la lapidation des homosexuels. Al-Qaradawi, interdit de séjour dans plusieurs pays européens, est également protégé par le Qatar, qui lui a même délivré un passeport diplomatique pour faciliter ses déplacements. L'Emir du Qatar lui laisse même utiliser sa flotte d'avions privés.

L'argent du Qatar, qui ne manque pas en Europe, suffira-t-il à faire oublier son soutien au terrorisme islamique ? Il est peut-être temps que la France hausse le ton avec l'émirat, quitte à perdre quelques contrats d'armement.

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