(De notre envoyé spécial Jean Casanova - Siège du CEVIPOF - 98, rue de l'Université - Paris 7° 1° Avril 2015)
Ne nous emballons pas, chers lecteurs. Ne voyez pas là une quelconque analogie. Toutes les politiques ne sont pas criminelles. Les grands criminels ne sont pas tous des politiques.
Il n'empêche ! Explorons la question.
Nous sommes reçus aujourd'hui par le Dr Pascal Perrimet, chercheur au CEVIPOF (Centre d'Etudes de la Vie Politique Française), département de l'Institut des Sciences Politiques de Paris, chercheur réputé pour ses travaux en Politique prédictive. Vous connaissez déjà bien Pascal Perrimet pour ses fréquentes apparitions au quotidien café du commerce politicien « C'est en l'air mais ça vole pas bien haut » du sympathique Yves Bonifacio. Disons le tout de suite, il n'est pas le plus niais des intervenants autour de la table d'Yves.
Eh oui ! Politique prédictive. Vous connaissiez déjà la Médecine prédictive qui, nous promet-on, nous permettra d'être soignés avant de tomber malades. Vous connaissez aussi déjà probablement la Police prédictive, mise en scène dans le magnifique film de Steven Spielberg, Minority Report (2002) où, à Washington, en 2054, la société du futur a éradiqué le meurtre et le crime en général grâce un sophistiqué système de prévention-détection : dissimulés au Ministère de la Justice, 3 ordinateurs géants captent les signes précurseurs des violences homicides et les transmettent au chef de la Brigade « Précrime » Tom Anderton. Son escouade intervient aussitôt pour arrêter les coupables, ceci avant même qu'ils n'aient eu l'intention d'agir.
Revenons à la politique et, si tant est qu'on puisse la prédire, interrogeons le Dr Perrimet sur les semaines à venir et l'agenda de notre Premier Ministre, au lendemain du lourd désaveu électoral que lui et son donneur d'ordre viennent de se voir infliger. Le seul indice à notre disposition pour démêler les verbeuses déclarations du bicéphale préposé à notre représentation, ce seul indice reste un signal revenant en boucle dans la presse amie, signal dont le décryptage n'est pas évident, mais dont la tonalité reste lourde de menaces. Il est bref : Macron 2.
Dr Perrimet, avant d'entrer dans le vif du sujet, les semaines à venir, dites-nous un mot de la Politique prédictive.
Très volontiers, chers amis. Avec l'aide d'un jeune mathématicien de l'Université de Santa Clara (Californie), j'ai mis au point un algorithme permettant, ayant eu connaissance au préalable des différentes mesures (lois, décrets, directives ou règlements) édictées par un homme politique, et les avoirs encodées en langage mathématique, de prévoir celles à venir de sa part dans une période rapprochée.
Dr Perrimet, cette idée de Politique prédictive, où diable êtes-vous allés la chercher ?
L'année dernière, à l'occasion d'un séjour en Californie, à l'invitation d'un de mes collègues chercheur à l'UCLA, le Dr Andrew Shurkin, j'ai eu l'occasion de rencontrer le Préfet de police de Santa Cruz , lequel, m'exposant ses applications de police prédictive me démontrait la fiabilité de la démarche : plus de 40 % des crimes dans son comté prévus avant leur exécution et leurs auteurs arrêtés. L'algorithme utilisé par la police californienne est basé sur le principe qu'un criminel réédite toujours son coup : un cambrioleur réussit à entrer dans une maison à 2 h. de l'après-midi, dans un certain quartier, parce qu'elle était vide ; il récidivera dans une autre maison du même quartier, à la même heure, un autre jour. Plus l'algorithme possède de données, plus les résultats sont fiables, m'expliquait le cybershérif. « Avec suffisamment de données, on peut prédire où et quand le crime se produira ».
La transposition de la problématique de la criminologie à la politologie est aisée. Voilà comment j'en suis arrivé à la modélisation de mon algorithme de politique prédictive.
Dr Perrimet, après cette longue présentation à nos lecteurs, l'heure est venue de nous parler de l'agenda politique des mois à venir. Que pouvez-vous nous en dire ?
Chers amis, c'est très simple, je peux vous en donner les grandes lignes. Frondeurs, pas frondeurs, Congrès agité, tumultueux ou pacifié et somnolent, il n'y aura pas de coup de barre à gauche. Mais l'accélération de ce que l'on appelle en langage codé la « réforme du travail ». Je peux vous en donner les grandes lignes :
(1) Imposer baisse des salaires et augmenter le temps de travail. Comment ? En lachant la bride au patronat. À quel prétexte ? Sauver l'emploi. Exemple : en contrepartie du maintien de l'emploi, l'employeur pourrait baisser les salaires et augmenter le temps de travail pour une période de deux à quatre ans. Les salariés refusant la mesure seraient licenciés.
(2) Vaincre la « peur des prud'hommes », cette angoisse permanente de l'employeur. Comment ? En réformant le CDI. Exemple : insertion dans le contrat de travail de « motifs incontestables » de rupture que le salarié accepterait en signant le contrat, empêché ainsi de contester son licenciement devant la juridiction prud'homale. « Motifs incontestables » : baisse du chiffre d'affaires, perte d'un marché, etc. Ce que Pierre Gattaz appelle un « CDI sécurisé ».
Car si nos héros modernes de l'entreprise, tels nos ancêtres les Gaulois, valeureux en tout et qui n'avaient peur de rien sauf que le ciel leur tombe sur la tête, eux aussi n'ont peur de rien, ni de la mondialisation, ni de l'externalisation, ni de la capitalisation et de l'aventure en Bourse, encore moins de la privatisation, deux choses néanmoins les paralysent, tels le mignon lérot face à la sournoise vipère : « la peur de l'emploi » et « la peur du prud'homme ». Ils veulent un « CDI sécurisé ».
Lérot : Petit rongeur hibernant et omnivore d'Eurasie de la famille des gliridés.
De telles mesures auraient l'immense avantage de recevoir le feu vert immédiat de Bruxelles. Le Commissaire à l'Economie Pierre Moscovici s'y ait déjà dit secrètement favorable. Les marchés les attendent et pensent qu'elles auraient déjà dû être prises depuis longtemps. Reste le problème de la faisabilité. C'est ce qui fait la différence entre l'exigence du financier et l'art du politique. François Hollande pourrait y gagner la consécration et la reconnaissance des marchés. S'il trébuchait à la présidentielle, Manuel Valls en recueillerait probablement les fruits à l'échéance suivante. Je pense que c'est le contrat qui doit en ce moment lier les deux hommes.
Mais, Dr Perrimet, l'inscription dans la loi de ces dispositions va poser d'énormes problèmes de recueil d'une majorité, car vous savez bien que l'UMP, même si elle y est largement favorable, croc-en-jambe politicien à deux ans des élections présidentielles, votera contre. Ne parlons ni de l'agitation sociale dans la rue appuyée par le FDG, ni de la complainte des frondeurs.
Chers amis, je ne suis pas le Préfet de police de Santa Cruz et n'ai aucun moyen de déclencher une incarcération préventive de notre bicéphale. Comme disait le célèbre philosophe révolutionnaire : la lutte des classes tranchera.
Mais je validerai votre point de vue. La Droite, bien que favorable, s'y opposera. Elle qui, lors du précédent quinquennat, n'avait pas pu trouver la bonne fenêtre de tir pour imposer ces mesures, va faire maintenant la fine bouche. Tous ces artifices politiciens ne sont d'ailleurs pas sans conséquences sur la confiance des Français dans la représention politique et les institutions. L'abstention a encore de beaux jours à vivre !
Dr Perrimet, merci en tous les cas pour votre expertise tout à fait innovante. Je n'ai toujours pas compris les ricanements et les gloussements de vos étudiants à l'énoncé de votre nom, tout à l'heure, dans le grand amphithéâtre. Ces jeunes gens sont sans pitié. Parfois, un rien les amuse. Merci encore pour votre éclairage sur les semaines à venir.