1926–2020. Au-delà des hommages

Dithyrambiques et mérités.

                                                

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       Dithyrambiques et mérités.

 (Le terme de dithyrambe, du grec dithirambus, désignait les cantiques consacrés à Dionysos. Aujourd'hui, on l'utilise plus volontiers pour parler d'un éloge enthousiaste, d'un panégyrique.)

  Dithyrambique, l'hommage à l'encore adolescent participant en 1944 à la Libération de Paris ; le même, pilotant un engin blindé sous le feu ennemi en 1945 lors de l'entrée de l'armée française en Allemagne.

  Au brillant polytechnicien, les études reprises une fois la guerre achevée.

  20 ans plus tard, au Ministre de l'Économie et des Finances du Général De Gaulle, puis du Président Pompidou.

  Enfin, en 1974, au plus jeune alors Président de la République Française faisant entrer la France dans la modernité, celle de sa « Société Libérale Avancée ».

                                                  

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          Oui, libérale ! Rompant alors avec le carcan qui enserrait depuis toujours la Droite dans l'attachement à la Tradition et à l'Autorité, ce carcan dont n'avaient que faire la marche des affaires et l'Économie de marché, celle du gain et du profit.

  Le droit de vote à partir de 18 ans, la dépénalisation de l'adultère, le divorce par consentement mutuel, le remboursement de la pilule contraceptive – pas d'autres pourtant beaucoup plus amères à avaler – le droit à l'IVG, l'interruption volontaire de grossesse, et tant d'autres mesures de fluidification de la sacro-sainte Économie de Marché.

                               

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          Manquent au tableau cependant, au panégyrique, pauvres brebis tondues à merci et à Bercy, deux mesures considérables dont vous continuez sans vous en douter à subir la charge et la ponction. Le dit Emprunt Giscard et la Loi sur la Banque de France.

                                      

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          L'Emprunt Giscard est le nom donné au grand emprunt national levé par l'État français en 1973, Ministre de l'Économie et des Finances d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, emprunt indexé pour rassurer les souscripteurs sur le cours de l'or, dont le taux d'alors était en gros celui de l'inflation. La hausse du cours de l'or quelques années plus tard devait considérablement renchérir son remboursement. Pour 6,5 milliards de francs empruntés sur 15 ans, l'État dut rembourser en intérêts et capital plus de 90 milliards. Au grand bonheur des souscripteurs habituels d'emprunts d'État, grandes fortunes, investisseurs institutionnels, fonds de pension et autres spéculateurs.

  Vous n'en étiez pas, Mais en tant que contribuables, c'est vous qui avez réglé la facture de ses 90 milliards payée par l'État.

                                             

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          Plus considérable mesure, dont les effets courent toujours, la Loi sur la Banque de France de Janvier 1973, abolissant une pratique datant du Premier Empire, celle de l'État empruntant à sa banque centrale, la Banque de France, au taux zéro.

  Désormais, l'État, pour financer ses investissements, devrait recourir à l'emprunt sur les marchés financiers. Les comptes ont été faits. Ils sont impitoyables. Il est calculé qu'en 2014, la France sur sa dette de 2000 milliards d'euros a payé plus de 1400 milliards d'euros en intérêts à ses créanciers depuis 40 ans.

  Qui sont ces créanciers ? Toujours les mêmes : grandes fortunes, investisseurs institutionnels, fonds de pension… Le débiteur ? L'État, vous misérables contribuables.

  La classe politique, en vertu de ce mécanisme, est désormais soumise aux marchés financiers, lesquels lui dicte ainsi sa politique économique par le biais d'agences de notation dont les notes influent sur les taux d'intérêts de ses futurs emprunts. C'est à l'homme pour lequel le 9 Décembre sera décrété jour de deuil national – cela le vaut bien – que nous devons cette merveilleuse mais coûteuse évolution.

                                                           

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         Nous en sommes là. Et vous comprendrez mieux ainsi la pudeur des dithyrambes, plus focalisés sur l'IVG que sur ces austères et mesquines considérations.

  Le libéral VGE, dès 1973, plusieurs années avant Ronald Reagan et Margareth Thatcher, faisait entrer la France dans le Néo-libéralisme. Cruelle fin, celle de sombrer dans une affaire de diamants.

                                                 

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