La Gauche, peut-être ! Mais au fait, ce terme de Gauche est un peu trop nébuleux en tant que catégorie pour que l'on puisse, en son nom, cerner un point de vue cohérent sur la question. C'est le point essentiel qui me disjoindra de Jean Birnbaum.
En tous les cas, nous les agnostiques, les rationalistes, les matérialistes dialectiques, enfin tout ceux qui font l'effort permanent de tout aborder armés d'esprit critique, nous ne sommes pas, comme le dit Jean Birnbaum, incapables de prendre la religion au sérieux. Nous la prenons très au sérieux, beaucoup plus que les si sympathiques et fantaisistes, ils en sont morts malheureusement, de Charlie Hebdo, très au sérieux, beaucoup plus que le facile Houellebecq dans son jugement "de tous les intégrismes, c'est l'islamique le plus con".
Les fanatismes délirants que l'on voit à l'œuvre aujourd'hui - après avoir égorgé, on va briser les statues assyriennes - même s'ils donnent le nom de religieux à leur cause, ne sont en fait que le symptôme de l'impasse politique, socio-économique et culturelle dans laquelle sont plongés tous les peuples du Moyen-Orient, au lendemain d'une décolonisation ratée : frontières artificielles héritées du colonisateur, dictatures laïques ou religieuses (de Saddam Hussein en Irak à Salman Al Saoud en Arabie, sans oublier toutes les autres), prédations étrangères autour du gaz ou du pétrole.
En panne de débouchés vers la modernité qu'elle a ratée au lendemain de la décolonisation, cette région du monde semble vouloir se réfugier dans le grand récit sacré millénaire qui était celui de sa splendeur il y a quelques siècles. Quoi d'étonnant ?
La vraie élucidation à mener n'est pas celle qui partirait à la recherche du génôme du fanatisme dans cette religion, mais celle qui tenterait d'explorer le pourquoi et le comment du grand ratage de la décolonisation et des responsabilités de ces peuples eux-mêmes mais également de celles de l'Occident dans ce ratage.
L'islam n'est à mon avis pas plus discrédité par ces fanatiques que les Lumières et leur enfant, les Droits de l'Homme, par les fanatiques néo conservateurs de l'ère bushiste quand ils firent exploser cette région du monde au nom de la Démocratie et des Droits de l'Homme.
De la même manière, n'est pas plus discrédité le Christ, qui avait chassé les marchands du temple, par le génocide des Aztèques et des Incas par les Conquistadores du Christ-Roi.
Et je réfuterai la conclusion de Jean Birnbaum. Ce n'est pas la religion qui est devenue force autonome, puissance symbolique matérielle et politique. C'est la désespérance et l'obscurantisme qu'elle sécrète toujours qui veulent se donner une bannière religieuse, moyen le plus court, l'Histoire l'a montré, pour fédérer les ignorances.