Placebo

Un placebo est un procédé thérapeutique…

                                     

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       Un placebo (du latin placebo, en français, je plairais) est un procédé thérapeutique m’ayant pas d’efficacité spécifique mais se voulant agir sur le patient par des mécanismes psychologiques.

   La réponse au placebo varie en fonction de plusieurs facteurs, tels que le contexte thérapeutique, la personnalité du médecin qui le prescrit, les attentes du patient et surtout la nature de la relation médecin - patient.

   L’utilisation la plus habituelle dans le domaine thérapeutique est celle de la situation où le médecin n’ayant pas de diagnostic précis devant les symptômes allégués, recourt à cette échappatoire pour tenter de soulager son patient.

   Autre éventualité, celle où, le même médecin, connaissant l’étendue du mal, qui plus est peut-être incurable, pour rester dans son rôle, celui de guérir, va tenter par cette pirouette d’en enrayer les manifestations les plus bruyantes.

 

          Il semblerait bien qu’il s’agisse de cela dans cette enveloppe de 740 millions d’euros, que le Dr Buzyn a bien voulu consacrer au traitement de cette poussée de fièvre, aura-t-elle une composante ictérique, observée depuis quelques mois dans tous les Services d’Urgence hospitaliers.

                                

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   Réactions et commentaires n’ont pas manqué : « La Ministre fait de la charité à l’hôpital », rebond de la célèbre expression « C’est l’hôpital qui se moque de la Charité ».

                                 

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 (Au Moyen Âge, divers établissements accueillaient les malheureux pour s’y faire soigner ou y mourir, hôpitaux, hospices, certains étant nommés pour cela charité. Leurs ressources étaient très limitées, le plus souvent abondées par la charité des possédants, explication à cette dernière dénomination. Pauvreté des moyens dans l’un comme dans l’autre, l’expression « C’est l’Hôpital qui se moque de la Charité » renvoyait à deux personnes ou deux institutions se critiquant l’une l’autre, alors qu’elles ont les mêmes défauts.)

 

          Revenons-en, chers amis, à notre placebo. En quoi cette enveloppe de 740 millions d’euros aurait-elle mérité cette dénomination ?

   Tout simplement en rapport avec son objectif, éteindre la fièvre urgentiste et hospitalière, alors que l’affection en cause est incurable, du moins à l’horizon des 10 à 20 prochaines années.

                                  

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    Quittant son rôle de prescripteur pour celui de clinicien diagnostique, Madame la Ministre Agnès Buzyn a bien voulu répondre à nos questions concernant cette terrible affection ravageant aujourd’hui le monde de la santé, à l’origine pour l’essentiel de cette flambée de fièvre hospitalière. Nommons-la, le numerus clausus.

 (Buzyness est un anglicisme signifiant « activités liées aux affaires financières et commerciales dans le but est de générer le maximum de profit ».)

 

           Bonjour Mme la Ministre. Indiquez-nous. Le numerus clausus ? Une nouvelle maladie, un nouveau virus ?

    Non, cher ami, beaucoup plus prosaïque et heureusement non contagieux. Mais pas pour autant moins préoccupant. 

 (Le numerus clausus, ou nombre fermé, est la formule retenue pour désigner le nombre fixe d’étudiants admis, chaque année, à l’entrée au cursus des études médicales. Il fixe irrémédiablement le nombre d’admis à la préparation aux professions de santé. Instauré en 1971, à la barre 8500, il dégringolait vertigineusement pour atteindre 3500 en 1993, remontant légèrement depuis les années 2000, jusqu’au niveau 7500 en 2013, aux alentours de 8500 aujourd’hui.)

                                    

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          Mais, Mme la Ministre, quelles furent les raisons invoquées alors dans les années 1970 pour justifier une telle mesure, poursuivie qui plus est de façon drastique jusqu’à aujourd’hui ?

   La raison officielle et toute technocratique et, regrettons-le, avalisée alors par les instances représentatives de la profession, Conseil de l’Ordre et instances syndicales, la raison officielle était, terme encore médical, la pléthore des professions de santé, pléthore rendue responsable d’un excès des dépenses de Sécurité Sociale, le fameux « trou », et de la charge que cet excès représentait, par le prélèvement de cotisations, pour la profitabilité de nos entreprises. Oui, on parlait déjà du « coût du travail ». Car vous le savez la cotisation est l’ennemie du dividende.

   Ceci alors que, et maintenant nous savons bien, la progression des dépenses de santé est principalement due à l’élévation de l’espérance de vie et à la sophistication toujours croissante des technologies de diagnostic et de soins.

   Vous comprendrez maintenant cher ami, la raison pour laquelle, en tant que médecin, j’en suis réduit à l’administration de placebo. On ne peut solutionner 40 ans d’errements et de restrictio en 2 ou 3 ans et quelques mesures.

   La crise qui secoue les urgences est le prélude à une crise bien plus globale et autrement plus grave du système de santé dans son ensemble, crise qui aura des répercussions politiques majeures.

   Nous sommes placés, avec ce numerus clausus, devant une désintégration de la médecine de ville. Les délais d’attente pour un rendez-vous chez un spécialiste sont passés en huit ans de 44 à 67 jours. Et les patients utilisent désormais les Urgences comme un substitut. Elles ne sont clairement ni dimensionnées, ni organisées pour cela.

 

           Mais, Mme la Ministre, votre idée de créer un SAS (Service téléphonique d’accès aux soins) devrait théoriquement permettre de prendre rendez-vous avec un médecin généraliste dans les 24 heures. Cela pourrait-il marcher ?

   Les médecins généralistes sont déjà saturés. Ils ont déjà souvent plus de 900 patients en tant que médecin traitant. Ce n’est pas d’un coup de baguette magique qu’ils pourront prendre de nouveaux patients et de nouveaux rendez-vous en urgence.

   Cette crise de la démographie médicale, imputable au numerus clausus depuis 40 ans, ne peut être résolue par un nouveau niveau de régulation. Quant au numerus clausus lui-même, son abolition, en prenons-nous vraiment le chemin, ne pourrait prendre effet avant au moins 10 ans.

 

          Merci Mme le Ministre, pour la clarté de votre diagnostic. Nous espérons qu’il débouchera sur un véritable traitement de cette terrible affection, le numerus clausus.

                                   

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