Au chevet des espèces menacées

Les 182 pays membres de la CIEM (Conférence Internationale sur les Espèces Menacées) se réunissent demain à Genève. À l'ordre du jour…

                           

xvm74d3aa88-c051-11e9-ae92-de7f524cd7ae
 

 

          Les 182 pays membres de la CIEM (Conférence Internationale sur les espèces menacés) se réunissent à partir de demain à Genève. À l’ordre du jour de leurs travaux, la définition de nouvelles règles pour protéger la faune sauvage.

   Car si la présence sur Terre d’une vie foisonnante peut nous sembler évidente, elle résulte pourtant d’un équilibre extrêmement subtil, sans équivalent dans le Système solaire. Un équilibre que l’humanité met peu à peu en péril, en détruisant les habitats, en modifiant le climat, et plus que tout, la fiscalité.

   La Plate-forme Intergouvernementale sur la Biodiversité (PIGB) vient de rendre à ce sujet un rapport alarmant, pronostiquant à brève échéance, si rien n’était fait, la disparition d’un grand nombre d’espèces végétales et animales, tels que le Rhinocéros noir, le Tigre d’Asie, le Pangolin, et plus préoccupant pour nous, de certains primates déjà de plus en plus rares.

                                     

img-0772

 

          Parallèlement, et comme en écho, se tient actuellement à Paris un colloque organisé par la Société Francophone de Primatologie, colloque destiné à faire connaître au grand public les différentes problématiques concernant l’avenir des primates aujourd’hui dans le monde. Certaines espèces sont effectivement en péril.

  Toujours affecté à la rubrique animalière de notre grand hebdomadaire, nous avons rencontré le Dr Elvira Krieg, maître de conférences en Primatologie et auteur, à l’occasion de ce colloque, d’une passionnante communication.

   Elvira Krieg est bien connue des amoureux de la nature depuis la publication par son équipe, en 2013, d'une étude sur les populations de chimpanzés du Parc National de Kubali, dans l'ouest de l'Ouganda, et sur les graves dangers environnementaux menaçant leur développement.

                                                              

telechargement-1

 

  Attention, nous disait-elle alors. Risque d'extinction pour ce petit primate cousin de l'Homme, risque occasionné non par le braconnage des paysans ougandais, mais par l'efflorescence de malformations congénitales et de cas de stérilité en rapport probable avec la pollution des espaces forestiers consécutif à l'usage à grande échelle de pesticides et d'herbicides dans les grandes exploitations de thé avoisinantes, propriétés des multinationales de l'agroalimentaire.

  Ce préoccupant phénomène serait à comparer au développement aujourd’hui, au Vietnam, des cas de graves malformations congénitales occasionnées par l'utilisation du fameux « agent orange » par les bombardements à grande échelle de l'armée américaine durant les années 60 et 70.

 

          Sa toute récente communication lors de l’édition annuelle 2019 des Journées de Primatologie, aura suscité tout autant l’intérêt de la communauté scientifique et vient résonner en écho aux travaux actuels du CIEM sur l’avenir des espèces menacées.

   Il ne s’agit plus là des dangers environnementaux menaçant les chimpanzés de l’Ouest ougandais, mais des craintes concernant l’avenir d’un petit primate que l’on pensait bien acclimaté en France, mais dont la rareté ou plutôt la quasi invisibilité aujourd’hui, tout particulièrement dans le Bassin Parisien, a fini par poser question à la communauté primatologique.

  Rareté ou plutôt quasi-absence de visibilité en France, particulièrement dans le Bassin parisien, alors que pourtant réputé en expansion dans les statistiques de recherches économiques, les magazines Challenges et Fortune, et bien présent sur d'autres aires géographiques comme la Riviera française et les Cyclades grecques.

                                

te-le-chargement

   Où créchait donc à Paris (c'était la formule familière utilisée par la petite équipe de chercheurs) ce petit primate très proche des hominidés, surnommé Oligarchus milliarderis ?

                             

les-ghettos-du-gotha

 

           Par des recoupements avec d'autres enquêtes scientifiques socio-anthropologiques vulgarisées il y a quelques années dans l'ouvrage de Monique et Michel Pinçon- Charlot, Les ghettos du Gotha, Elvira Krieg en était arrivée à la conclusion, restait à l'authentifier, que plusieurs exemplaires d'Oligarchus vivaient en région parisienne mais, espèce farouche et craintive, l'adage est bien connu  « pour vivre heureux, vivons cachés », jamais signalés ni identifiés en plein jour.

   Inspirés par la technique d'investigation utilisée par un de ses confrères zoologiste algérien, spécialiste des grands félins sahariens, qui avait pu photographier par l'utilisation de caméras à visée nocturne et à déclenchement automatique disposées en différents points du désert du Hoggar, 5 exemplaires d'un des félins les plus rares de la planète, le Guépard du Sahara, Elvira Krieg et son équipe installaient un appareillage d'enregistrement identique, à visée nocturne, ce point est important, en divers endroits de l'avenue Foch, dans le quadrilatère entre Porte Dauphine, rue Pergolèse et rue Marbeau, positionnement un peu aléatoire mais qui lui avait été suggéré par l'étude topologique approfondie des Ghettos du Gotha.

  Les conclusions de ce travail d'investigation sont formelles et le Dr Elvira Krieg a tenu à nous le préciser avec force : Oligarchus milliarderis s'est parfaitement adapté au séjour en région parisienne et sa fréquentation de ce petit quadrilatère urbain a pu être authentifiée grâce à ce type d'enregistrement nocturne.

 

            Le caractère furtif à Paris d’Oligarchus milliarderis, contrairement au mode de vie exubérant et tapageur de ses congénères russes, anglais, saoudiens ou chinois sur la Riviera, suggère selon Elvire Krieg une adaptation prudente à un milieu, Paris, longtemps considéré comme hostile en raison de ses tumultes sociaux et de ses flambées révolutionnaires particulièrement au cours des deux derniers siècles.

   Les premiers mois de 2012, entre autres, ainsi que leur agitation électorale où dans chaque camp montaient les surenchères - au « capitalisme voyou » répondait « mon adversaire, c'est la finance » - semblent ne pas avoir trop affecté la quiétude du petit cheptel dont les photographies nocturnes toutes récentes attestent maintenant la sérénité et la confiance retrouvée depuis le Printemps 2017.

   Positions avantageuses, sous les marronniers de l'avenue Foch, au pied de leur Bentley, des mâles dominants reconnaissables à leur jabot de dentelle et à leur frac d'alpaga ; petits rires stridents des femelles arborant leurs bijoux scintillants dans l'obscurité.

                                                                                   

                                                               

            Mais attention a recommandé Elvira Krieg ! L'Oligarchus milliarderis, à l'ancestrale mémoire contre-révolutionnaire, reste sur ses gardes. Il sait que sa survie n'est jamais assurée. Le tumulte jaune de l’hiver dernier, les cris de « Rends l’ISF », les mots de renégociation, voire d'effacement de la dette publique, dette qui reste l’un des principaux mode de subsistance de ce petit primate, pourraient bien venir troubler cette quiétude et rompre les délicats équilibres de l'espèce.

  Je m'adresse, a insisté Elvira Krieg, aux plus hautes autorités publiques et, bien sûr, à la Banque Centrale Européenne, à laquelle elles sont subordonnées, pour qu'elles évitent toute mesure démagogique et fassent respecter les nécessaires équilibres naturels. « Ne jouez pas au yoyo avec l’ISF ! » a-t-elle déclaré.

 

  Chers lecteurs, nous sommes au regret de vous dire que les craintes d'Elvira Krieg, peut-être excessives, quant à la survie d'Oligarchus milliarderis ne sont pas totalement infondées. Nous mesurons tout le sérieux de sa démarche scientifique et saluons son combat pour la préservation des espèces. Nous attendons de la BCE les décisions et, des autorités politiques, les mots d'apaisement nécessaires.

                                                      

telechargement-2

                                                                      

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.