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Toujours tenter, derrière les symptômes, d'identifier la maladie ; derrière les faux-semblants, la réalité (Louis Pasteur).

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Billet de blog 23 mars 2015

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Le résultat des élections fait partie de la campagne électorale.

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(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Patrice Orwell - Au siège des Éditions L'Empoignade - 73, rue Piréxécourt - Paris 20°  23 Mars 2015)

           Nous sommes de retour aux Éditions L'Empoignade, ou pour la seconde fois en un mois, Rebrice Degray nous reçoit, au lendemain de la parution de son dernier article dans la Revue Française de Médiologie, article intitulé "Le résultat des élections fait partie de la campagne électorale".

  Petit rappel et point utile à préciser. Médiologue et Médiologie n'ont rien à voir avec médium, ce sympathique personnage chargé, selon le spiritisme, de jouer les intermédiaires entre le monde des vivants et le monde des esprits. Il s'agit de tout autre chose, la Médiologie comme étude des phénomènes de transmission des idées, faut-il le préciser, dans le monde des vivants. Rebrice Degray est le fondateur de cette discipline.

           Patrice et moi sollicitons donc à nouveau Rebrice Degray afin qu'il nous décrypte le quelque peu énigmatique intitulé de sa dernière parution. L'entretien commence, dictaphones enclenchés, autour de la table de travail du bureau de l'éditeur.

     Rebrice Degray, vous avez le chic pour déstabiliser le lecteur. "Le résultat des élections fait partie de la campagne électorale", qu'avez-vous voulu signifier dans cette formule un peu paradoxale, car à notre connaissance, le résultat des élections n'est acquis par définition qu'après la clôture de la campagne électorale, la loi fixant même le délai de 48 heures entre la clôture de la campagne et le début du scrutin, lequel devant lui -même être clos pour qu'enfin on puisse en procéder au dépouillement et, au final, à l'affichage du résultat.

   Chers amis, pardonnez-moi mais votre question témoigne de beaucoup de naïveté. Une remarque d'abord. Avez-vous noté, c'est un point important, l'originalité, je ne dirai pas la perversité mais enfin, de la loi électorale française, pratiquement la seule de toutes les démocraties parlementaires occidentales, la seule à compter deux tours. Le soir de l'élection, en Grande-Bretagne, en Allemagne, dans les Pays scandinaves, en Italie, en Espagne et au Portugal, également en Grèce vous venez de le voir, tout est plié à 21 heures. À la proportionnelle intégrale ou corrigée, l'élection du jour a désigné sa représentation.

  En France, avec le système à deux tours, la présentation, je veux dire la manière de présenter, des résultats du 1° tour conditionne largement le résultat du 2°. Attention j'insiste, c'est de la manière dont vont être présentés les résultats du 1° qu'on attend une influence sur le 2°.

      Rebrice Degray, tout ceci est certes bien connu, mais faites un effort de simplification pour nous-mêmes et nos lecteurs. Dans le cas particulier du scrutin de dimanche dernier (le 1° tour des Départementales), que valent vos remarques ?

    Faites un effort cher amis ! Vous avez allumé dimanche dernier, à 19h45, vos téléviseurs. Un petit plateau de commentateurs, sur chaque chaîne, s'agitait derrière son desk et, tout en affichant les mines les plus détachées et impartiales, nous laissait entendre que, déjà détenteur des résultats (plus prudemment baptisés "estimations"), il ne pourrait nous les communiquer qu'à 20 heures, heure de clôture des derniers bureaux.

  Traduction en clair : les urnes sont encore ouvertes dans les 100 à 150 plus grandes villes de France ; le dépouillement de plusieurs millions d'enveloppes ne commencera que dans un quart d'heure. Mais les estimations sont déjà connues et c'est à 20 heures 05 que le Premier Ministre et le principal leader de ce que l'on appelle encore l'opposition viennent tous deux dire leur satisfaction, l'un d'avoir si vaillamment résisté, l'autre si brillamment emporté.

  Que, la nuit passée, les comptages définitifs enregistrés, les étiquettes remises à leur juste place sur les flacons et débarrassées de tous les amalgames hasardeux et avantageux (UMP- Divers droites ou Ps- Divers gauches), l'on s'aperçoive, mais qui s'en apercevra, que les chiffres sur lesquels on a glosé toute la soirée n'ont rien à voir avec ceux réels et définitifs du Lundi matin (amplitude de du décalage de 6 à 7 points, en moins, bien sûr), qui s'en émouvra ?

  La campagne électorale continue pendant le comptage des votes. C'est la grande originalité du show médiatico-électoral à la française.

     Rebrice Degray, votre constat est terriblement pessimiste. Vous mettez le doigt sur de graves atteintes à la sincérité de l'interprétation du scrutin, de la parole du peuple, en principe souverain.

   Restons optimistes chers amis ! L'élection demeure malgré tout. Mais c'est une hypothèse sur laquelle je travaille et je pense ne pas être le seul, il pourrait à l'avenir être jugé utile de se dispenser du scrutin. La soirée médiatique de commentaires tournant autour de sondages ou d'enquêtes d'opinion.

 Économies, sinon de salive, au moins de papier considérables. Mes amis, je vous laisse. À dimanche prochain.

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