( De notre envoyé spécial Jean Casanova -Au siège de Sanofi - 54, rue La Boétie - Paris 8° 25 Février 2015)
(Avec l'aimable collaboration de Marilyn Chatillez, notre consœur du Monde, qui nous a gentiment fourni toutes ces données chiffrées)
Ce pourrait être un conte merveilleux ! Malheureusement, réfléchissez-y, la source de ce pactole puise à votre poche. Vous l'alimentez tout bonnement par le versement mensuel de la Cotisation Sociale. Mais commençons par le merveilleux.
Le Pactole. Rivière mythologique de Lydie qui charriait des paillettes d'or, origine de la richesse du roi Crésus.
Bien des choses ont changé, chers amis, dans la chasse aux vampires, depuis le Pr Abronsius, héros du célèbre Bal des Vampires de Roman Polanski.
A l'ancienne chasse aux buts de destruction s'est substituée celle, plus pacifique, la chasse aux buts de capture, capture pour l'apprivoisement. Et bien entendu, aux cohortes de paysans armés d'épieux dont il fallait percer le cœur de la bête, se sont substituées les ribambelles d'actionnaires au chant mélodieux au fond des bois : "golden hello, golden hello !". C'est sur lui que l'on compte aujourd'hui pour attirer la créature légendaire.
Il vient d'être entendu ce chant mélodieux, 4 millions d'euros, et le mort-vivant, nourri du sang des vivants pour en tirer sa force vitale, est sorti du bois.
C'est arrêté ! Olivier Brandicourt percevra 2 millions d'euros dès sa prise de fonction à la tête de SANOFI, le 2 Avril, et 2 millions d'euros supplémentaires en Janvier 2016 s'il est toujours en fonction. A condition d'atteindre certains objectifs établis sur trois ans, il bénéficiera aussi, comme cadeau d'arrivée, de 66 000 actions gratuites d'une valeur de près de 6 millions d'euros au cours actuel. Au final, un joli "package" de 10 millions d'euros.
Une capture aussi phénoménale et par de tels artifices ne pouvait pas, bien sûr, laisser sans commentaires, les uns admiratifs, les plus nombreux, d'autres réprobateurs.
Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, détenteur du "brevet d'affaires", privilège féodal qui consistait à demeurer dans le même lieu que le roi lorsque celui-ci était à la chaise percée, le baronnet Stéphane donc, converti, peut-être pas si récemment que l'on veut bien le croire à la grande mythologie libérale a jugé cette récompense " incompréhensible" et contraire à la "culture du risque et du mérite" celle que nous enseignent les pères fondateurs Adam Smith et Milton Friedman.
La Ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, bien que comptable de la préservation de l'espèce et de la biodiversité a jugé "pas normale du tout" l'utilisation de tels appâts dans ce genre de capture, engageant Olivier Brandicourt à y renoncer. "Ce serait le minimum" rajoutait-elle sans se soucier de l'ambigu de son propos,tout le monde sera servi : "ce serait le minimum" qu'il y renonce, ou "ce serait le minimum" pour une juste rétribution ?
La Ministre de la Santé, Marisol Touraine, a appelé, elle, "à la décence de la part des laboratoires pharmaceutiques qui vivent de la Sécurité Sociale", mettant avec délicatesse le doigt sur le problème de fond : c'est sur le prix du médicament payé in fine par la SS et donc la Cotisation que sont prélevées ces dispendieuses récompenses. Encore un effort Madame ! Que n'oeuvrez-vous donc à la construction en France d'un grand pôle public de la Pharmacie ?
Vampire, vous avez dit vampire ? Décence, d'ailleurs est-il le bon terme à l'adresse de cette créature, le Vampire dans la généalogie de laquelle nous retrouvons au XVe siècle, Vlad III Basarab, prince roumain surnommé Dracula l'Empaleur ?
Silence par contre de la part de Francois Hollande qui semble avoir remisé depuis 2012, au magasin farces et attrapes, le crucifix et le chapelet de gousses d'ail qu'il brandissait au Bourget à l'encontre de ces créatures. Horresco referens (Je frémis en vous le racontant).
Revenons, chers lecteurs, à la raison et à la mesure ! L'octroi d'un golden hello est tout à fait monnaie courante et ne doit plus effrayer. Le salaire de 1,2 millions d'euros accordés par le groupe au très cher Olivier est un peu le "salaire minimum" des grands patrons. On retrouve ce chiffre sur la fiche de paie de nombre de dirigeants du secteur. De plus, il ne s'agit pas du principal élément de sa rémunération. Au-delà du golden hello, le contrat d' Olivier prévoit le versement d'un bonus de trois à 4 millions d'euros, l'octroi de 45 000 actions gratuites (4 millions d'euros au cours actuel) et de 220 000 stock-options. Au final, rémunération assez voisine de celle de son prédécesseur Manfred Wiehbacher, tournant autour de 8 millions d'euros pour 2013.
C´est d'ailleurs loin d'être un record ! La même année, le laboratoire britannique Glaxo a versé une somme identique à son PDG, Andrew Witty. Jetez l'éponge ! Les géants suisses sont au diapason : en 2013, Novartis a signé à Joe Jiménez un chèque de 10 millions d'euros. Un autre Suisse, Roche, a versé 7 millions d'euros à la charmante Severin Schwann (le cygne, en français)…
Tout est bien qui finit bien ! C'est le mot d'apaisement de Serge Weinberg, le Président de Sanofi. "La rémunération n'a pas été un obstacle. Dans la liste d'une douzaine de noms établie par nos chasseurs de vampires, Olivier Brandicourt était le plus abordable !"
Espérons pour notre part qu'il ne se soit pas bradé. Et ait accepté une offre au rabais, encore sous le coup d'une grosse déprime après son "licenciement" de chez Pfizer en Mai 2014. Indemnité : 3,3 millions de dollars.