Il pleut toujours où c'est mouillé

« Il pleut toujours où c'est mouillé ! »

                            

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          « Il pleut toujours où c'est mouillé ! » nous dit un vieux proverbe breton. Ainsi le groupe de consultants Boston Consultong Group s'est amusé à calculer le total des fortunes accumulées dans le monde. Ils arrivent au total de 121 800 milliards de dollars. Rien là de bien mystérieux.

                                     

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          Il existe par contre un mystère : celui de la chute de la tartine beurrée. C'est une mésaventure récurrente au petit déjeuner. Elle vous est probablement déjà survenue devant votre tasse de café noir ou votre bol d'Ovomaltine. Lorsqu'une tartine tombe de la table, elle atterrit toujours du côté beurré.

  N'en croyez rien… Il n'y a là rien d'une malédiction. Tout cela ressort simplement des lois générales de l'économie, de celles qui indiquent aussi qu'il pleut toujours où c'est mouillé.

                           

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  Déjà, Anatole France, dans L'Orme du Mail, en 1897, prêtait à M. Bergeret ces propos à l'Abbé Lantaigne : « Je vais vous dire une grande vérité. Tant que l'État se contente des ressources que lui fournissent les pauvres, tant qu'il a assez des subsides que lui assurent, avec une régularité mécanique, ceux qui travaillent de leurs mains, l'État vit heureux, tranquille, honoré. Les économistes et les financiers se plaisent à reconnaître sa probité. Mais dès que ce malheureux État, pressé par le besoin, fait mine de demander de l'argent à ceux qui en ont, et de tirer des riches quelque faible contribution, on lui fait sentir qu'il commet un odieux attentat, viole tous les droits, manque de respect à la chose sacrée, détruit le commerce et l'industrie, écrase les pauvres en touchant aux riches. On ne lui cache pas qu'il se déshonore et il tombe dans le mépris sincère des bons citoyens. Nos ministres se moquent de nous en parlant de péril socialiste. Il n'y a qu'un péril, le péril financier. »

  « Mais dans quel monde Vuitton ? » s'exclamait un autre. Il n'était pas SDF, simplement ISF.

                               

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  Vous aurez reconnu là Bernard Arnault, propriétaire par la grâce de Dieu de LVMH, lui aussi adepte de « il pleut toujours où c'est mouillé » et jamais déconcerté par le côté où atterrit la tartine beurrée : toujours le même !

 

          Nous voulions chers amis, suite à ce petit préambule imagé, vous parlez du combien la crise sanitaire a encore creusé les différences entre les plus pauvres et les milliardaires. Et la France est loin d'être en retard dans ce domaine. À l'occasion de l'ouverture du Forum de Davos, l'ONG Oxfam viens de le révéler : il n'aura fallu que moins d'un an en 2020 aux 1000 personnes les plus riches pour retrouver leur niveau de fortune d'avant crise, voire plus, alors que, après le choc de 2008, 5 ans avait été nécessaires à la même opération.

(La confédération internationale Oxfam, de Oxford Committee for Relief Famine, est une organisation fondée en Grande-Bretagne en 1942 et faisant campagne pour mettre fin aux règles commerciales inéquitables et exiger de meilleurs services de santé et d'éducation.

  L'année 2020 devrait rester à jamais dans la liturgie néolibérale française comme celle du miracle, tel qu'il est écrit dans l'Évangile selon Saint Mathieu : « Jésus leur dit : parce qu'il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux, et que cela ne leur a pas été donné, on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on notera même ce qu'il a. » 

          Bien sûr, nos économistes néoclassiques n'avancent pas pour justifier de telles mesures le miracle ou l'injonction divine. En scientifiques, ils ne font là que se fonder sur les principes de la célèbre Théorie du Ruissellement

                        

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  Redevenons sérieux quelques instants. La Théorie du Ruissellement (en anglais, trickle down economics) est une théorie économique d'inspiration néolibérale selon laquelle les revenus des plus riches sont toujours in fine réinjectés dans l'économie par le biais de la consommation – équipement de yachts, frais de domesticité et autres achats de Rolex – contribuant ainsi directement ou indirectement à l'activité économique générale et à la création d'emplois de gens de maison. Tout bénéfice pour la collectivité.

   Les cours d'eau ne s'accumulent pas au sommet d'une montagne ; ils ruissellent vers les vallées environnantes, nous explique Milton Friedman, le théoricien néolibéral, père spirituel de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher, concluant de façon morale, les riches ne sont pas riches aux dépens des pauvres. Bien au contraire ! 

  Par contre, indique-t-il, les détestables et confiscatoires prélèvements fiscaux sur les plus riches nuisent à la création de richesses et minorent globalement le phénomène de ruissellement-redistribution vers les plus pauvres. Pour conclure et simplifier : embêter les riches revient à créer de la pauvreté supplémentaire.

                                  

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           À cette solide et largement étayée démonstration des vertus et de la moralité de ces transferts sociaux – que les petites et moyennes gens donnent aux riches, ils s'en retrouveront moins pauvres – peu d'économistes ont pu opposé de sérieux arguments contradictoires. Nous ne parlerons pas évidemment des thèses des discrédités et archaïques économistes marxistes et keynésiens aux prétentions toujours échevelées.

  Voilà pourquoi, en enfants sages et raisonnables, et nous vous invitons à faire de même, nous gardons confiance en cette fable de Robin Hood à l'envers.

  Avec raison, Oxfam nous rappelle ainsi que le virus n'est pas le seul à blâmer dans cette évolution. Il n'est pas venu frapper un monde égalitaire mais au contraire un système économique fondé sur l'exploitation et les inégalités : le capitalisme financiarisé, le recul de la fiscalité redistributive et les affaiblissements du monde du travail.

                             

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           Pour en revenir à notre toast beurré et à son atterrissage sur le carrelage de la cuisine, toujours du même côté, le beurré, nous avons pu élucider le mystère. L'explication du phénomène renvoit aux lois fondamentales de la physique.

  Deux paramètres rentrent en jeu : la hauteur de la table de la cuisine – environ 75 cm – et la loi de la gravitation universelle. Quand au terme de sa chute, le toast touche le sol carrelé, il n'a pas eu le temps d'effectuer plus d'une demi-rotation sur lui-même. Posé au départ sur la table sur la face non beurrée, il atterrit ainsi sur le sol sur celle beurrée. Pour qu'il tombe sur l'autre face, sans faire de taches sur le carrelage, il aurait fallu que la table ait plus de 3 m de haut ou que la gravité soit plus élevée. Conditions malheureusement pratiquement jamais remplies dans nos kitchenettes.

 

 

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