Demain, un autre monde ?

Les historiens le soulignent : c'est la loi de toutes les grandes guerres…

                                   

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          Les historiens le soulignent : c'est la loi de toutes les grandes guerres de désigner à la fin un vainqueur incontesté, d'ouvrir une nouvelle page du monde.

  En 1648, après la fin de la Guerre de Trente Ans qui ravagea l'Europe centrale et causa des centaines de milliers de morts, c'est la France de Louis XIV, prudemment restée à l'écart, qui dominera l'Europe recomposée par le traité de Westphalie. En 1815, après Waterloo, morne plaine, et l'enfermement de Napoléon Ier à Sainte-Hélène, c'est l’Angleterre qui s'imposera comme la nouvelle maîtresse universelle du monde. On parlera d’Empire Britannique.

  Ceci, jusqu'à l'issue des deux grandes Guerres Mondiales du XXe siècle qui désigneront les États-Unis comme le nouvel hégémon..

                         

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          Qu'en sera-t-il après cette autre guerre, la Grande Pandémie Mondiale du Coronavirus ?

  On moquait avec condescendance jusque-là, en Occident, l'hygiène déplorable, la pollution galopante et la tyrannie totalitaire de la Chine. La Chine où avait éclot justement le mal qui ravage aujourd'hui la planète et son économie. On oubliait que la Chine d'aujourd'hui descendait d'une grande civilisation millénaire à la tradition confucéenne. Il va falloir désormais rechausser de nouvelles lunettes.

                                

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          Huawei qui rit, Apple qui pleure ! Difficile de faire plus symbolique. Huawei annonce aujourd'hui le lancement de ses nouveaux smartphones haut-de-gamme, pendant que l'américain Apple, victime de la pandémie aux États-Unis et en Europe, est contraint de retarder la production du prochain iPhone.

  Le « grand bond en avant » se poursuit avec la mise en route à destination de l'Europe, première étape en Italie, des « nouvelles routes sanitaires de la soie ». Par le même chemin, à rebours, de celui de Marco polo au XIVe siècle.

  Pékin envoie dans le nord de l'Italie 30 tonnes de matériel (appareils respirateurs, masques de protection) ainsi que des équipes médicales spécialisées dans la lutte contre le Coronavirus. À destination de la France et de l'Espagne, 1 milliard de masques de haute de protection, dont l'a cheminement a commencé ces derniers jours.

                       

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         Dans le même temps, aux États-Unis qui ont tardé à se mobiliser, l'air grave, Donald Trump explique à sa population, nous ne dirons pas ses concitoyens : « Si nous restons entre 100 et 200 000 morts, nous aurons fait du bon travail ». Annonçant par la même occasion la suspension des liaisons aériennes avec l'Europe.

  Dans un pays où plus de 30 millions d'habitants n'ont pas d'assurance maladie, ou il n'existe que 3 lits d'hôpitaux pour 1000 habitants – quatre fois moins qu'en Corée-du-Sud, deux fois moins qu'en France – on peut s'attendre au pire des scénarios. De la puissance, nous passons à l’impuissance américaine.

  Ceci alors que les États-Unis ont toujours joué un rôle crucial dans les crises sanitaires, en terme d’aide et de coordination. L’épidémie d’Ebola en 2014 on fut un bon exemple. Alors que l’OMS peinait à galvaniser une réponse internationale, les États-Unis de Barack Obama s’étaient engagés, jouant un rôle de catalyseur, mobilisant les dirigeants du monde entier à l’ONU. En utilisant la puissance de sa diplomatie pour rassembler, Washington avait alors créé une réponse forte et coordonnée. À l’inverse, aujourd’hui, on observe dans la crise actuelle une absence totale de leadership américain. Le repli actuel des États-Unis laisse un trou béant que personne n’est en mesure de combler. La Chine prendra-t-elle le relais ?

                               

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          Montée en puissance de la Chine pour le leadership mondial, affaiblissement considérable des États-Unis, voilà la nouvelle donne géopolitique du siècle.

 Certains l'avaient anticipé. Tel l’historien Giovanni Arrighi, docteur en économie et professeur de sociologie à la John Hopkins University, aujourd'hui disparu, dans un ouvrage paru en 2005, Adam Smith à Pékin ou Les promesses de la voie chinoise.

  Au chapitre intitulé « Les clés de l'ascension pacifique », il citait les fondements de la doctrine d'un nouveau soft-power à destination universelle. Une doctrine aux fondements confucéens : celle des quatre non (non à l'hégémonisme, non à la politique de force, non à la politique des blocs, non à la course aux armements) et des quatre oui (construire la confiance, atténuer les difficultés, éviter les confrontations, développer la coopération). Nous y sommes justement. 

  La thèse centrale de cet ouvrage tenait en quelques lignes. Nous vous les résumerons.

  Depuis son éclosion dans les cités italiennes et à Venise au XVe siècle, le Capital, pour asseoir son emprise et maintenir sa profitabilité, a constamment été à la recherche d'une assise territoriale et en population toujours plus large. D'abord à Venise et dans les cités italiennes, puis à Anvers et aux Pays-Bas au XVIIe siècle, en Grande-Bretagne au XVIIIe et XIXe siècle, aux États-Unis enfin au cours du dernier siècle. L'évolution est inéluctable. Le XXIe siècle sera probablement celui de l'économie-monde chinoise. Le Capital n'a pas de patrie définitive.

 

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