Dis grand-père, c'est quoi le CETA ?

J’aperçois mon petit-fils, Maxence, 8 ans, remonter en courant de la plage, et tout essoufflé...

                               

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       J’aperçois mon petit-fils, Maxence, 8 ans, remonter en courant de la plage, et tout essoufflé :

   – Dis grand-père, j’étais au ballon sur la plage avec les copains. Emmanuel et Greta se sont disputés. Emmanuel, il dit que le CETA, c’est bien, il veut le faire ratifier, et Greta, que non, qu’il faut pas ! C’est quoi le CETA grand-père ?

   – On se calme mon grand. Assieds-toi ! Nous allons voir un peu ça. D’abord réfléchir, comprendre et analyser, enfin juger, fiston !

 

         L’Art d’être grand-père, celui dont parlait Victor Hugo, consiste aussi à entendre ses petits-enfants, à répondre à leurs questions, surtout à expliquer et à éclairer. Surtout quand ces questions portent sur leur avenir. Et donc les armer pour les luttes à venir.

                                    

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   – Écoute-moi mon grand. Comme tout ce qui se termine par TA, CETA ou TAFTA, le CETA est un traité de libre-échange, de libre commerce (Trade Agreement) entre le Canada (C) et l’Europe (E). Et c’est vrai qu’Emmanuel veut le faire ratifier en plein été pour ne pas réveiller les contestations à son sujet. Son sujet, je veux dire, pas le sien, celui du CETA. Ratifier, cela veut dire faire confirmer par le Parlement. Deux points sont importants dans cet accord. Écoute moi bien. 

   Le premier point, c’est l’abaissement des barrières non tarifaires qui font obstacle au commerce entre les deux parties. Ce que l’on appelle les « barrières non tarifaires», ce sont toutes les législations ou réglementations qui font obstacle à l’échange entre les deux parties. Par exemple, celles qui concernent les normes sanitaires ou environnementales protégeant le marché intérieur européen.

   Ainsi en Europe, les vaches ne peuvent pas être nourries avec des farines animales. C'est interdit car cela peut conduire à de graves maladies comme celle de la vache folle.

                            

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    – Oui, mais grand-père, j’espère que nous on pourra continuer à manger de la confiture et du sirop d’érable. Emmanuel dit que ça vient du Canada.

 (Le sirop d’érable est une solution sucrée transformée à partir de l’eau d’érable recueillie sur cet arbre. Sirop doré, au goût délicat, un peu chocolaté, Il est réputé pour ces vertus toniques, du moins si l’on en croit certaines légendes amérindiennes. 80 % de sa production mondiale vient du Canada.)

                          

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      – C’est vrai, garçon. Du sirop d’érable, oui ! Mais avec le CETA, ce sera aussi de la viande aux farines animales, aux hormones et aux antibiotiques. Au Canada tous ces produits sont autorisés dans l’alimentation animale, car c’est plus rentable, on peut produire plus et moins cher. Cette viande arrivera alors sur le marché européen. Et comme elle sera moins chère que celle produite en France, où ces produits sont encore interdits, tu la retrouveras dans ton assiette. Il n’y aura pas que le sirop d’érable, tu vois.

   Et peut-être aussi des OGM et des pesticides largement utilisés dans l’agriculture au Canada. Les copains d’Emmanuel disent que ce n’est pas vrai, mais il ne faut pas les croire. 

      – D’accord grand-père, Greta, elle dit aussi que c’est pas bien, de faire venir de l’autre côté de la mer des produits alimentaires qu’on fabrique déjà en France, parce que le transport à longue distance aggrave le réchauffement climatique. Ça, je l’ai compris et ça me fait peur.

   Les copains d’Emmanuel disent qu’il faut pas l’écouter, Greta, car elle est malade. Ils disent qu’elle est autiste et obsessionnelle. Ça, je ne sais pas ce que ça veut dire.

                                  

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       – Autisme, syndrome d’Asperger, trouble obsessionnel compulsif, nous verrons cela plus tard, garçon. Revenons au CETA.

  Je t’avais dit, premier point, la suppression des barrières non tarifaires. Le deuxième point, c’est plus compliqué à comprendre pour toi. Avec cet accord les firmes privées pourront, sans passer devant les tribunaux, attaquer devant des cours arbitrales plus ou moins truquées, les organismes étatiques, les municipalités, les conseils régionaux, qui gêneraient leur commerce en Europe.

   Par exemple, comme dans le TAFTA, Chevron pourrait faire annuler l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste en France ; Philips Morris ou Malboro pourraient faire disparaître les avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes ; la NRA (National Rifle Association), l’association pour la libre vente et circulation des armes à feu, pourrait demander la même chose en France : vente libre à n’importe qui.

                           

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       – Mais grand-père, il m'énerve cet Emmanuel. Ça va chauffer. On va pas se laisser faire. Moi je suis pour Greta. J’ai tout compris. Je redescends à la plage. Je vais tout expliquer aux copains.

                                   

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