Kafer Maghrebi: ”Mon but est de promouvoir les Lumières dans le monde «arabe»"

Pourquoi suis-je athée agnostique? D’abord, parce que je ne crois pas en l’existence d’un Dieu abrahamique ou personnifié qui intervient dans les affaires humaines et je ne pourrais pas prouver son existence tout comme son inexistence. Comment prouver l’inexistence de ce qui n’existe pas? Ensuite, parce que je n’ai pas trop creusé les concepts de déisme, de panthéisme et d’autres concepts encore.

Logo de la chaîne YouTube "Kafer Maghribi" Logo de la chaîne YouTube "Kafer Maghribi"

“Kafer Maghribi (mécréant marocain)”, alias Hicham Nostik est l’athée le plus célèbre du Maroc comme le souligne Nouhad Fathi, journaliste marocaine. Une  notoriété qui dépasse les frontières du Maroc. Pourtant, il n'a jamais dévoilé son visage dans les vidéos qu'il anime sur YouTube. On ne connaît de lui que le timbre de sa voix et ce qu’il raconte de sa propre vie dans ses vidéos et dans les interviews qu’il donne aux médias. Avec “une culture islamique vaste” et un charisme avéré, il a tout pour être un animateur de talent. D’ailleurs, il a reçu une offre d’une chaîne évangélique en langue arabe, “Al Hayat TV”, pour animer une émission. Son impossibilité de montrer son visage dans les circonstances actuelles est l’une des raisons qui l’ont poussé à refuser d’animer cette émission.

Orphelin de père et de mère, rien de ne le retient au Maroc mis à part son objectif de combattre l’obscurantisme et de promouvoir les Lumières. A la mort de ses parents, il décide d’intégrer “Al Adl wal Ihsane” (Mouvement Justice et bienfaisance), puis le quitte et  rejoint les rangs du Mouvement Unicité et Réforme (MUR). Par la suite, il choisit d’émigrer en Allemagne pour gagner sa vie et s’assurer d’un avenir. Cependant, à cause de ses moyens très faibles il fut dans l’obligation d’habiter dans une mosquée en Allemagne. Dans cette mosquée-là, et “en raison de sa position stratégique dans le sud de l’Allemagne”, il côtoya les jihadistes qui allaient combattre en Bosnie . D’ailleurs, lui aussi s’y rendra… deux fois.

A son retour, l’Allemagne lui refusa à trois reprises sa demande de naturalisation à cause de “raisons sécuritaires”. Il s’installa au Canada, et il prit conscience des “problèmes éthiques et moraux” dont regorgent l’Islam et des erreurs historiques présentes dans le Coran. Il devint athée et créa une chaîne sur YouTube intitulée “Kafir Maghribi” où il anime des débats avec des intellectuels du monde “arabo-musulman” mettant aux prises les partisans de l’islam (salifistes, islamistes…) face à des partisants des lumières afin de “créer une atmosphère propice au dialogue”.

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Traduit de l'arabe par Chafik Laabi*1

Qui est Hicham Nostik, alias « Kafer Maghrebi » ?

Je suis Marocain, âgé de 42 ans et auparavant de confession musulmane. Je suis marié, père de deux enfants et je vis actuellement au Canada.  

Vous vous considérez comme un athée agnostique, qu’entendez-vous par là ?

Il y’a beaucoup de confusions à ce propos chez le commun des mortels. L’athéisme concerne la foi. Quant à l’agnosticisme, il concerne la connaissance. L’athée est quelqu’un qui ne croit pas en l’existence de Dieu. L’agnostique ne peut affirmer ou infirmer son existence. Il préfère ne pas se prononcer sur la question. C’est choisir de ne pas choisir.

Pourquoi suis-je athée agnostique ? D’abord, parce que je ne crois pas en l’existence d’un Dieu abrahamique ou personnifié qui intervient dans les affaires humaines et je ne pourrais pas prouver son existence tout comme son inexistence. Comment prouver l’inexistence de ce qui n’existe pas ? Ensuite, parce que je n’ai pas trop creusé les concepts de déisme2, de panthéisme3 et d’autres concepts encore.  

Vous avez déclaré dans l’une de vos vidéos que vous avez vu le jour dans les ténèbres (c’est-à-dire au sein de la religion musulmane) et que l’être humain est prédestiné et déterminé par ses conditions spatio-temporelles et toutes les influences qui s’exercent sur lui (sociales, intellectuelles et environnementales, etc.). Pouvez-vous nous parler de votre parcours religieux ? La vie quotidienne au sein de votre famille était-elle empreinte de religiosité ? Cela a-t-il influé sur vos engagements politico-religieux ?

Absolument. L’être humain est prédestiné. Il est prisonnier de ses déterminismes génétiques et des influences de l’environnement sur lui. Si l’on reproduisait quelqu’un par clonage et qu’on lui faisait vivre tout ce qu’a vécu le cloné, il prendrait sans aucun doute les mêmes décisions que ce dernier.

En ce qui concerne mon engagement politico-religieux, après le décès de mes parents, je suis parti vivre chez ma soeur. Mon beau-frère était très religieux et membre du Mouvement Unicité et Réforme (“Attawhid wal Islah”) ou MUR. A travers mon beau-frère, j’ai fait la connaissance de nombre d’activistes du MUR, qui sont aujourd’hui députés, voire certains d’entre eux membres du gouvernement (gouvernement de Abdelilah Benkirane et celui de Saâdeddine El Othmani).

Vous aviez rejoint les rangs de “Al Adl wal Ihsane” (Justice et bienfaisance-Mouvement illégal mais toléré), avant de passer au MUR. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à adhérer à “Al Adl wal Ihsane”, puis à le quitter et à rejoindre les rangs du MUR ? Aviez-vous assumé des responsabilités au sein de ces deux mouvements ?

Même si j’avais beaucoup de connaissances parmi les activistes du MUR, le premier mouvement auquel j’ai adhéré fut “Al Adl wal Ihsane”, et ce pour plusieurs raisons. La plus importante d’entre elles réside dans le prosélytisme tous azimuts de ce mouvement, qui dépasse de loin celui des mouvements semblables au Maroc.

“Al Adl wal Ihsane” s’active partout : au quartier, à l’école, à la mosquée, au marché, etc. De plus, ils n’exigent aucune condition pour les rejoindre. Il suffit d’être l’ami d’un membre et d’assister à une séance de prédication (“jalssa”) ou  d’une veillée religieuse (“kiyam layl”) pour faire partie intégrante du mouvement. Mieux encore, on encourage et on incite chaque nouveau venu à ramener ses amis pour les prochaines séances de prédication ou de veillées religieuses.

J’ai quitté la “Jamaâ” sur les conseils d’un ami membre du MUR pour rejoindre ce groupe pour une courte période, pour revenir sur mes pas et reprendre ma place parmi les rangs de la “Jamaâ”.

En raison de mon jeune âge, je n’ai bien évidemment occupé aucun poste de responsabilité au sein de la “Jamaâ”.

Vous avez émigré en Allemagne pour gagner votre vie et s’assurer d’un avenir. Après deux ans de résidence dans ce pays, vous vous êtes retiré de “Al Adl wal Ihsane”. Quelles sont les raisons de ce retrait ? Ces raisons sont-ils toujours d’actualité ?

Mon départ pour l’Allemagne était justifié par la poursuite de mes études universitaires. Par ailleurs, j’ai effectivement quitté la “Jamaâ” pour deux raisons principales. La première c’était en raison de ce que j’ai appris auprès des “Moudjahidines” dans les mosquées. D’après eux, le but ultime du “djihad” était que la “charia” (la législation coranique) règne sur toute la planète. Cela dépassait le simple cadre d’un mouvement islamiste et rendait illusoire les séances de lecture du Coran et des lamentations, alors que nos frères, selon eux, étaient partout égorgés.

La seconde raison fut la terrible épreuve de Mohamed Bachiri [membre fondateur de la “Jamaâ”, exclu après 17 ans de bons et loyaux services, après des désaccords sur la déviance soufie du mouvement et des dysfonctionnements dans son organisation et ses finances. Mr Bachiri est décédé quelques mois après son exclusion] qui avait dénoncé le Guide de la “Jamaâ” [cheikh Abdeslam Yassine] dans une vidéo intitulée “Le cri de Abel”. La mise à mort symbolique de Mr Bachiri par les adeptes de “Al Adl wal Ihsane” m’a horrifiée. Fait aggravé par la décès subit par Mr Bachiri, quelques mois après son exclusion de la “Jamaâ”.

Vous avez reçu dans l’une des émissions sur votre chaîne youtube Saïd Nachid (journaliste et écrivain progressiste) qui s’oppose à la thèse du rapprochement entre certaines composantes de la gauche progressiste et les islamistes (et en particulier “Al Adl wal Ihsane”). Qu’en pensez-vous ? Etes-vous pour ou contre ?

Je suis d’accord avec le point de vue de Saïd Nachid. Nul distinction entre un islamiste modéré et un islamiste radical que par le moyen utilisé pour arriver au pouvoir : la démocratie ou la force. Le but majeur des islamistes, quelle qu’en soit l’obédience, est le même : que la religion joue le rôle le plus important possible au sein de l’Etat et d’instaurer le califat et qu’il soit généraliser : “l’international califal”. Il ne faut point se fier à leurs slogans trompeurs qui surfent sur toute vague qui pourrait servir leurs desseins. Lorsqu’un activiste de “Al Adl wal Ihsane” affirme qu’il est pour un Etat civil (“addawla al madania”), au fond de lui même il pense au Califat, qu’il assimile à l'État civil.


Témoignage de Saïd Nachid :

Said Nachid Said Nachid
“Pour moi, Hicham Nostik réalise avec des moyens très modestes ce ne peut atteindre de grands médias. Sa chaîne Youtube est en train de devenir une référence respectable en raison des grands noms qu’il a interviewé ou réuni dans des débats à deux ou à trois. Son charisme vocal est formidable. Il est capable de gérer avec efficacité les débats médiatique qu’il organise. Sa culture islamique savante est vaste. C’est un modèle de jeune marocain autodidacte plein d’ambition. J’espère que les grandes chaînes satellitaires lui ouvrent leurs portes.”

 Témoignage de Ahmed Assid (militant amazighe, partisan de la laïcité et des Lumières) :

Ahmed Assid Ahmed Assid
“Kafer Maghrebi a réussi à promouvoir un débat audacieux authentique et poser de grandes questions délaissées et évitées comme la peste par ceux qui ont peur des réactions vengeresses.

La méthode de Kafer Maghrebi peut être considérée comme une réaction contre l’instrumentalisation de la religion par le pouvoir comme ordre public imposé.

Plus la répression au nom de la religion augmente, plus l’expansion de l’athéisme s’élargit.”

Témoignage d’Abou Hafs, de son vrai nom Abdelwahab Rafiki, ancienne figure de proue de la mouvance salafiste extrémiste :

Abou Hafs Abou Hafs
“Que je sois en accord ou en désaccord avec Hicham Nostik, il demeure un jeune poli, ayant beaucoup de tact et qui a le sens de la communication.

Ce qu’il fait sur sa chaîne YouTube mérite l’admiration. Il a le mérite d’offrir l’opportunité du débat entre tous les courants idéologiques, sans exclusive. ”


Vous avez déclaré dans l’une de vos vidéos que vous êtes parti en Allemagne dans un autocar qui était dans un état déplorable et avec 160 Deutsche Mark (environ 80 euros) en poche et deux oeufs durs. Comment avez-vous pu vous adapter à la vie en Allemagne malgré des moyens très faibles ? Qu’avez-vous étudié dans ce pays ?

Les débuts de ma résidence en Allemagne étaient extrêmement difficiles. Malgré cela c’était une vie infiniment meilleure à tout ce que j’ai pu vivre au Maroc. Ce qui m’avait beaucoup aidé c’était la possibilité d’habiter à la mosquée, puis un logement à loyer modéré dans une université chrétienne.

Pendant une courte période, j’ai étudié la littérature allemande et les sciences de l’éducation. Ensuite, j’ai étudié la religion chrétienne pendant trois ans, puis la linguistique. Le seul diplôme académique que j’ai eu pendant cette période fut un Master en linguistique. Pour les autres études que j’avais entamées, elles n’ont été sanctionnées par aucun diplôme car je n’avais pas terminé leurs cursus académiques.     

Etant donné vos modestes moyens, vous avez été dans l’obligation d’habiter dans une mosquée en Allemagne. Pourquoi cette mosquée plutôt qu’une autre ? D’autres personnes habitaient-ils cette mosquée ?

Ce n’était pas un choix délibéré. J’étais tout simplement inscrit à l’université, et cette mosquée était celle de la ville où se trouvait cette université. Je n’étais pas le seul à y habiter. Il y avait beaucoup d’immigrés clandestins dont certains venaient du Maroc, mais dont la majorité venait de l’Algérie.  

Durant votre séjour dans cette mosquée, vous aviez l’impression de vivre à Raqqa, la capitale syrienne de l’Etat islamique. Vous aviez affirmé, que durant cette période, tu vivais dans deux sociétés aux antipodes : une société intra muros dans la mosquée et la société allemande. Qu’entendez-vous par là ?

Tout à fait, je vivais dans deux sociétés parallèles : “Dar al Islam” (terre d’Islam) et “Dar al Harb” (terre des infidèles). La mosquée était similaire à la maison d’Al Arqam Ibn Abi Al Arqam, l’un des compagnons de Mahomet et l’un des premiers à se convertir à l’Islam [Sa maison était le siège où la première communauté musulmane a tenu ses réunions]. C’était comme si je ne vivais pas en Allemagne. L’extérieur de la mosquée était considéré comme un repaire d’infidèles et un lieu de dévoiement. Cette mosquée était une créature parasitaire qui vivait sur le corps de sa victime (l’Allemagne). Elle s’en nourrissait et en même temps cherchait sa destruction. Nous vivions de façon quotidienne cette contradiction flagrante. A la mosquée, on nous inculquait la haine des infidèles. On nous enseignait de ne pas leur adresser le salut. Dans nos prières, on ne leur souhaitait que le malheur, la déchéance et la destruction.  

Or l’image qu’on se faisait de ce pays et de son peuple ne résistait pas à la dure réalité. L’Allemagne est un Etat de droit qui te garantit la dignité. Or, justement nous avons fui les pays des musulmans pour trouver un pays où vivre dans la dignité. Ce qui est tragi-comique c’est que nous occultions la vérité sur l’Islam et nous cachions les véritables activités de la mosquée aux Allemands. Nous ne reculions point devant le mensonge pour promouvoir l’Islam.

Lorsque des Allemands nous rendaient visite pour connaître l’Islam, lorsque nous distribuions des tracts vantant l’Islam dans les principales boulevards de la ville, nous tentions par tous les moyens de donner une image idyllique de l’Islam : une religion de paix, nulle contrainte en matière de religion, recours au prétexte du contexte spatio-temporel pour exempter les textes du jihad et du meurtre, libération des esclaves par l’Islam… Mensonges ! Mensonges! Mensonges ! Nous racontions tout cela en sachant pertinemment que ce n’était pas la vérité. Objectif : rendre l’Islam attractif auprès des Allemands.

A la mosquée, entre nous, le discours était tout autre. Il n’y avait pas de voeu plus cher à nos coeurs que le jour où la charia gouvernera l’Allemagne et où les hordes de moujahiddines déferleraient sur ce pays pour en faire une terre d’islam.

Au début des années quatre-vingt-dix, la guerre civile avait éclaté en Algérie et la désintégration de la Yougoslavie était entamée en Bosnie-Herzégovine les communautés musulmanes vivant dans les pays européens étaient touchées par ces conflits. Du jour au lendemain, ceux qui habitaient dans la fameuse mosquée se sont envolés pour se battre en Bosnie. Aviez-vous été influencé par l’idéologie dominante dans cette mosquée ? Aviez-vous un jour pensé partir se battre en Bosnie ?

Cette fameuse mosquée était une zone de transit pour les moudjahiddines en raison de sa position stratégique dans le sud de l’Allemagne. Certains, beaucoup plus nombreux, ne passaient que quelques jours dans la mosquée avant de partir pour la Bosnie. Ma présence dans cette mosquée à ce moment-là peut être exprimée par cette expression : être au mauvais endroit au mauvais moment. De plus, j’étais très jeune. Résultat : les jeunes qui y habitaient ou même ceux qui ne faisaient que passer subissaient un véritable lavage du cerveau.

Du matin au soir, on nous donnait les textes appelant au Jihad à étudier. Dans toutes les séances de prédication, il y avait un seul leitmotiv : le Jihad ! le Jihad ! le Jihad ! Et une question revenait comme une ritournelle : quand rejoindra-tu nos frères en Bosnie ? Il ne reste plus que quelques jours avant le départ d’un groupe de jeunes, es-tu prêt à être des leurs? Lorsqu’on ne partait pas, on était accablé par la culpabilité. On nous rabâchait tout le temps : vos frères ont l’honneur d’être martyrs en combattant dans la voie de Dieu, ils jouiront d’une vie éternelle au paradis ; d’autres frères vont les rejoindre pour monter au combat et vous vous préférez la vie ici-bas ; c’est une occasion en or pour le Jihad ; le Jihad est le degré ultime de la foi du musulman.

J’ai subi ce matraquage un an durant. Et cela ne s’est arrêté que lorsque je suis parti en Bosnie… deux fois !

Après l’interdiction par les autorités allemandes d’habiter sur les lieux du culte, vous avez rejoint une université chrétienne à Francfort et vous avez pu obtenir un logement à loyer modéré dans la cité universitaire de cette université. Comment avez-vous vécu cette période. Quelle a été l’issue de cette période de trois ans ? Quelles ont été vos conclusions relatives à la comparaison entre le christianisme et l’islam?

Mon départ de la fameuse mosquée a été le premier pas dans un long chemin de réflexion et de doute qui m’ont mené de la foi à l’incroyance. Mon choix d’une université chrétienne pour poursuivre des études universitaires était au départ motivé non par les études, mais par l’opportunité d’un logement pas cher. Mais après quelques discussions avec des étudiants de cette université, j’ai décidé d’étudier la religion chrétienne dans le but de devenir un prédicateur musulman ayant une bonne connaissance de cette religion. Mon modèle était le cheikh Ahmed Deedat [Né en Inde (Gujarat) en 1918, le cheikh Deedat, décédé en 2005, était écrivain, théologien musulman, très bon connaisseur du christianisme et prédicateur autodidacte].

Après une courte période d’étude, il m’est apparu que tout ce que je savais de la religion chrétienne à partir des textes musulmans ne correspondait pas aux croyances chrétiennes. Ainsi, ce que comprennent les musulmans de la Trinité, du Saint Esprit, de l’Evangile [les musulmans croient qu’il n’existe qu’un seul évangile] ou plutôt des Evangiles et de l’histoire du christianisme en général n’existe que dans leurs esprits. De plus, l’auteur du coran est tombé dans une grande confusion lorsqu’il relatait des récits tirés de livres non canoniques écrits dans les siècles tardifs tels les Evangiles de l’enfance et les présentait comme faits avérés ou du moins comme des récits faisant partie intégrante des croyances chrétiennes.

Les erreurs honteuses dans l’abc le plus élémentaire de la foi et de l’histoire chrétiennes dans lesquelles est tombé l’islam ont été un choc pour moi, mais n’ont pas expulsé la foi de mon coeur. Je suis demeuré croyant et j’ai essayé tantôt d’ignorer, tantôt de justifier ces contradictions flagrantes entre ce que disent les musulmans de la foi chrétienne et ce qu’elle est réellement.

Après ma sortie de l’université chrétienne, j’ai essayé d’exploiter ce j’ai appris dans le prosélytisme pour l’islam. Je me mentais à moi-même, car je connaissais bien les calamités que renfermaient les textes de l’islam.

Vous avez émigré au Canada et vous vous êtes mis à travailler dans le secteur des télécoms. Pourquoi aviez-vous quitté l’Allemagne ? Comment quelqu’un ayant une formation en linguistique peut-il travailler dans les télécoms ?

J’ai quitté l’Allemagne parce que je n’avais pas pu obtenir la nationalité allemande, même si je remplissais toutes les conditions exigées. Ma demande de naturalisation a été rejetée à deux reprises et j’ai fini par retirer mon dossier au cours de la troisième tentative. Par ailleurs, le marché du travail ne permet pas toujours de travailler dans son propre domaine de spécialisation. Cela ne me dérange pas parce que c’est un travail honorable qui me permet de subvenir aux besoins de ma famille.

Mes activités pour combattre l’obscurantisme et pour promouvoir les Lumières sont plus importantes que tout le reste, parce qu’elles contribuent à changer la vie des gens. Le summum du bonheur pour moi, c’est lorsque je reçois des lettres de personnes que je ne connais pas et qui témoignent que j’ai eu une influence positive sur leur vie. Une seule de ces lettres a plus de valeur que 30 de prières.

Quand avez eu l’idée de créer une chaîne YouTube de nom de “Kafir Maghribi LIVE”?

J’ai créer la chaîne “Kafir Maghribi LIVE” après que mon ancienne chaîne “Kafir Maghribi” a été fermée en 2014. Mes vidéos leur paraissaient être du contenu “inapproprié”. Du coup, certains musulmans ont signalé ma chaîne sur YouTube. Cependant, mes travaux pour combattre l’obscurantisme et pour promouvoir les Lumières ont commencé bien avant. Mes activités se concentraient exclusivement sur le “Paltalk”, un service de chat vidéo, et mes amis m’ont proposé de mettre mes travaux en ligne sur YouTube pour qu’ils puissent être visionnées à plus grande échelle.

Après avoir créer ma chaîne YouTube, j’ai être surpris par le grand nombre de personnes qui s’y sont abonnées et des autres chaînes qui publiaient mes vidéos dans leurs chaînes.

Et pourquoi lui avez-vous choisi comme nom “Kafir Maghribi” ?

J’ai choisi “Kafir Maghribi” comme nom à ma chaîne pour deux raisons. La première est de pousser le musulman lambda à chercher au sens et aux implications d’être “mécréant” dans sa religion. La seconde raison est d'habituer les musulmans à l’existence de musulmans qui ont quitté l’Islam et que cela devienne normal. Ainsi, mon but est que les musulmans  coexistent avec les non-croyants et qu’il y ait une certaine normalisation des relations entre eux. Selon mon humble expérience, je peux dire aujourd'hui que cela a été accompli.

Quel est le but de l’invitation de personnalités célèbres dans le monde arabe, notamment au Maroc dans votre chaîne ?

Le monde “arabe” souffre de l'absence de la culture de débat. Toute divergence d’opinion se termine par l’utilisation de l’argument ad hominem, par l’élévation de la voix et des fois par le jet de chaussures (typiquement arabe). Le but des débats que j’organise est de faire connaître au grand public la pensée des intellectuels que j’invite indépendamment de mon accord ou désaccord ou avec eux. Mon but n’est pas de faire le “buzz” en  confrontant des invités de sensibilités différentes mais plutôt de créer une atmosphère propice au dialogue.

Avez-vous des critères pour choisir vos invités ? Et a-t-il été facile de convaincre les intellectuels que vous avez invité à participer aux débats que vous organisez ?

Je n’ai pas d’agenda étranger ou de contraintes qui me poussent à choisir un invité plutôt qu’un autre. Toute personne qui a une pensée, un message à faire passer et qui mérite d’être écouté est la bienvenue dans ma chaîne. Des amis proches, que je remercie au passage, contactent les personnalités connues des médias ou des réseaux sociaux. S’ils acceptent de participer à mon émission de débat sur YouTube alors nous choisissons le sujet, la date et l’heure.

Ce qui nous a beaucoup aidé dans nos démarches pour inviter toujours plus de personnalités célèbres est le témoignage que je reçois de mes invités, même si je pense que je ne les mérite pas.

Ahmed Assid (militant amazighe, partisan de la laïcité et des Lumières) considère que plus la répression au nom de la religion augmente, plus l’expansion de l’athéisme s’élargit”. Partagez-vous cet opinion?

Tout à fait. La répression (la dictature du religieux) et les pressions exercées sur tout un chacun au nom de la religion génère de la haine envers l'héritage religieux. Cependant, ce n'est qu'une raison parmi les autres qui poussent les gens à quitter leur religion, l’Islam dans notre cas. Si nombre d'athées n’ont pas eu de problèmes avec leur incroyance dans leur pays d’origine, ils ont cependant repéré les problèmes éthiques et moraux dont regorgent les religions.

Comment expliquer le phénomène social qu’est devenu l’athéisme au Maroc dans les dernières années ?

La réponse est : l’Internet. Ce moyen révolutionnaire a ouvert les portes de la recherche à n’importe qui. Auparavant, j’allais à la mosquée et j’attendais l’imam à la fin de la prière en espérant qu’il aie un peu de temps à me consacrer pour m’expliquer quoi que ce soit dans la religion. Aujourd’hui, en un clic tout est à notre portée.

Qui des musulmans n’a pas entendu parler du mariage de Mahomet avec une fille de six ans dénommée Aïcha? L’internet à exposer tout ce qui est immoral, immoral, inhumain et irrationnel dans les religions.

Avez-vous une estimation du nombre d’athée au Maroc ?

Il n'y a pas de chiffres officiels sur le nombre d’athée au Maroc. Et même s’il y en avait, ces chiffres seraient faussés parce que tout athée ne le déclarera pas. Si le Maroc était un pays qui respectait les libertés individuelles et la liberté de conscience, alors il aura été possible d’ajouter la question sur les croyances de chacun dans les statistiques officielles. Dans ce cas là, nous pourrons connaître le nombre d’athée au Maroc.

Si nous nous basons sur le nombre de visionnage de mes émissions et des autres sur YouTube et des groupes d’athée dans les réseaux sociaux alors nous pouvons estimer que le nombre d’athée au Maroc dépasse les dix milles personnes. Sur Facebook seulement, il existe des groupes d’athées marocains classés secrets dont les membres se compte en milliers de personnes.

 

1- Après des études de droit et de sciences politiques à l'Université Mohammed V à Rabat (Maroc) et à Grenoble (Université et Institut d'études politiques), il entame une carrière de journaliste de 1993 à décembre 2004 ("Maroc Hebdo", "Le Quotidien" et "La Vie éco"). Il rejoint la Haute Autorité de la communication Audiovisuelle (HACA) en tant que Responsable de l'Unité Pluralisme, de janvier 2005 à décembre 2012, avant de devenir directeur adjoint du Département de Suivi des Programmes à la Haca, de janvier 2013 à décembre 2017. Au sein de la HACA, il a participé à la mise en place des normes et du suivi du pluralisme politique dans les médias audiovisuels nationaux, et essentiellement dans les journaux et les magazines d'information (chafiklaabi@gmail.com).

Lien d'origine : https://al3omk.com/242608.html

2- Déisme : Une doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu et son influence dans la création de l'Univers, sans obligatoirement s'appuyer sur des textes sacrés.

3- Panthéisme :  une doctrine philosophique selon laquelle Dieu est tout. Elle se distingue du monothéisme en considérant que Dieu n'est pas un être personnel distinct du monde, mais qu'il est l'intégralité du monde. Cette conception est appelée l'immanence par opposition au principe de transcendance du Dieu créateur monothéiste.

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