Dièse : « Le club fermé de la musique aime la diversité » (Interview)

Alors que sa carrière est lancée, elle décide de s’installer au Maroc. Dans cette interview, Dièse explique les raisons de son installation au Maroc. Elle nous parle de ses origines, de ses souvenirs, de ses rêves et de ses projets. Et nous donne en exclusivité des détails sur son prochain titre.

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Dièse, alias Sarah Bachir, est une artiste talentueuse. A l’âge de deux ans, elle commence son initiation à la musique au conservatoire de Paris. Puis, à l'âge de treize ans, « NRJ France » lui donne sa chance pour qu'elle expérimente la scène en 2003 sur l'île de beauté en France.

Son rêve pour la musique n'a pas de limites. Ainsi, suivant le conseil avisé de ses amis, elle tente l'aventure « The Voice (la plus belle voix) » et termine finaliste de la deuxième saison. Elle n’attendait rien de sa participation à cette émission de télé-crochet musicale : « C’est sûrement pour ça que j’ai fait le parcours que j’ai fait » déclare-t-elle. Par la suite, elle enchaîne les scènes en France. Et alors que sa carrière est lancée, elle décide de s’installer au Maroc. Dans cette interview, Dièse explique les raisons de son installation au Maroc. Elle nous parle de ses origines, de ses souvenirs, de ses rêves et de ses projets. Et nous donne en exclusivité des détails sur son prochain titre.

  • Vous êtes née en France et vous avez des origines marocaines. De quel pays vous sentez-vous le plus proche ?

Il y a quelques mois, je vous aurais dit la France sans aucune hésitation. Et ce, parce que je suis foncièrement française culturellement. J’aime mon pays. J’ai beaucoup de gratitude d’avoir eu la chance de grandir dans un pays où la culture de l’Art est un fondement de l’éducation et où le civisme nous est inculqué pour un meilleur vivre ensemble.

Cela étant, ça fait six mois que je suis installée au Maroc, et j’y ai pris mes marques. J’éprouve un attachement très fort à sa culture, à ses valeurs et à ce qui constitue aussi ma culture et mon héritage. J’ai ressenti le besoin d’aller chercher des réponses ici.

Cela ne répond pas tout à fait à votre question car il est tout simplement impossible de choisir en amour.

  • Et musicalement ?

En termes d’influences, j’ai grandi entre les classiques du répertoire français et de la pop internationale/anglophone. J’ai été aussi influencée par la musique classique du fait de mon cursus au conservatoire. La musique marocaine n’était pas présente à la maison.

  • Vous êtes à cheval entre deux cultures : marocaine et française. Cette double culture vous a-t-elle apportée un regard différent sur la musique ? Et a-t-il été facile de la porter dans le club fermé de la musique ?

Le fait d’avoir eu cette double culture m’a sûrement apporté une ouverture d’esprit que je n’aurais sans doute pas eu si je n’avais pas eu la chance de voyager de part et d’autre de la Méditerranée.

Etant jeune, en France, on n’écoutait pas de musique arabe à la maison, mais quand je passais du temps chez mes grands-parents à Casablanca, j’étais scotchée devant les clips de Amr Diab et de Nawel Zoghbi.

Le club fermé de la musique aime la diversité. C’est la personnalité qui fait la différence.

  • Avez-vous des souvenirs du Maroc datant de votre jeunesse ? Et quel est votre rapport au Maroc ?

J’ai énormément de souvenirs de mon enfance au Maroc. Les journées dans la ferme de mon grand-père à Mediouna, près de Casablanca, les séjours chez mon arrière-grand-mère à Oujda, les journées piscine à Miami & Tahiti à Aïn Diab, le shopping à Derb Sultan...

  • Vous n’avez pas la nationalité marocaine. Comptez-vous un jour la demander ?

Pour l’instant, cela ne s’impose pas et la loi me considère automatiquement marocaine dès lors que ma mère l’est. C’est donc juste une formalité administrative.

  • Vous avez déclaré qu’à l’âge de deux ans vous avez commencé votre initiation à la musique au conservatoire de Paris. En quoi consistait-elle ?

Par une initiation des enfants aux différents sons, la canalisation de leurs énergies créatives et en envisageant la musique comme un plaisir pour préparer la suite. Le solfège étant assez complexe.

  • A 13 ans vous, avez fait vos débuts avec « NRJ France ». Et vous êtes passée dernièrement (le lundi 21 janvier 2019) sur « NRJ Maroc » pour faire la promotion de votre nouveau titre. Que représente cela pour vous ? Et que pensez-vous de cette nouvelle web-radio marocaine ?

Je crois qu’il n’y a pas de hasard dans la vie et que nos énergies sont créatrices. NRJ est le premier média à m’avoir fait confiance et je leur en suis très reconnaissante. C’est un groupe novateur qui donne sa chance aux jeunes et aux artistes novateurs.

Après m'être entretenue avec le directeur de développement commercial [M. Kerati Mehdi] de la web-radio marocaine lors de mon passage, je mesure davantage l’impact qu’une web-radio, comme « NRJ Maroc », peut avoir sur la jeunesse marocaine. Elle l’influence de manière positive et toujours dans une démarche progressiste et notre pays a besoin de cela !

Dièse sur scène pour la première fois Dièse sur scène pour la première fois

  • Après un master en marketing et en management, vous avez décidé d’abandonner cette voie, de vous consacrer à la musique et d’en faire votre métier. Pourquoi ?

La vraie question c’est pourquoi pas ?

Pourquoi ne pas envisager les études comme ce qu’elles sont censées nous apporter, à savoir des outils propres à un ou plusieurs domaines afin d’en faire bon usage dans l’activité qu’on choisit ? Pourquoi envisager les études uniquement dans le but d’obtenir une « bonne place » dans une entreprise et comme un moyen d’accéder à un certain niveau social ?

Les études m’ont été utiles pour faire ce que je fais. Je gère mon propre business. J’utilise des outils de marketing et de gestion pour travailler au quotidien. Je suis également diplômée d’un Bac+2 en production audiovisuelle. Et en tant que productrice et réalisatrice de mes contenus, je peux vous dire que tout ce que j’ai étudié m’est sûrement plus utile aujourd’hui qu’il ne l’aurait été si j’avais eu un poste en entreprise, qui souvent limite la créativité.

Je crois qu’il faut encourager les jeunes à faire ce qu’ils veulent et pas ce que la société ou l’environnement familial attend d’eux. Il faudrait détecter les aptitudes et les capacités de ses enfants, dès leur plus jeune âge, et les aider à se développer dans les choses dans lesquelles ils sont le plus doués et arrêter de vouloir faire rentrer les gens dans des moules ! Ça ne produit que des gens malheureux...

  • Votre environnement familial était-il ouvert à la musique ? Vos parents vous ont-ils soutenu dans votre démarche ?

Ma mère m’a poussée dans la musique et dans le sport depuis mon plus jeune âge. Elle me disait qu’elle aurait voulu avoir la chance que ses parents la poussent dans le domaine artistique et que c’est la raison pour laquelle elle souhaitait me voir évoluer dans ce domaine.

Papa est plus distant avec ça. Son éducation ne lui permet pas d’envisager l’art comme un métier. Je ne peux pas lui en vouloir. On fait tous avec les armes qu’on a. Mais quels que soient mes besoins, mon père est toujours là pour moi.

  • Par la suite, vous aviez participé à « The Voice (la plus belle voix) ». Qu'attendiez-vous de votre participation à cette émission de télé-crochet musicale ? Vos attentes ont-elles été satisfaites ?

Je n’attendais rien et c’est sûrement pour ça que j’ai fait le parcours que j’ai fait. Je ne pensais pas aller aussi loin dans l’aventure. Je n’avais pas confiance en moi.

J’ai atterri là par « hasard ». C’est parti très vite entre le moment où j’ai envoyé mon dossier et le moment où j’ai enregistré les auditions à l’aveugle. Je n’ai pas eu le temps de réaliser ce qui m’arrivait.

  • Prime après prime et prestation après prestation, nous avons vu plusieurs facettes de votre talent. Que retenez-vous de votre participation à « The Voice (la plus belle voix) »?

J’ai effectivement essayé de montrer au public les différents traits de ma personnalité : tantôt sensuelle et délicate sur « Comme ils disent », tantôt émotive sur « Lettre à France », tantôt provocante sur « I’m outta love » … Etc

Je retiens de cette aventure une expérience incroyable et des rencontres magnifiques avec des artistes et les techniciens qui font tourner cette grosse machine.

  • Avez-vous une anecdote à partager avec nous de votre aventure à « The Voice (la plus belle voix) » ?

Ce n’est pas du café qu’il y a dans les mugs des coachs (rires).

  • Vous avez enchaîné les concerts avec « The Voice » et également des concerts privés. Par la suite, vous avez décidé de lancer votre carrière au Maroc. Pourquoi avoir pris une telle décision alors que votre carrière allait bon train en France ?

J’avais envie de renouveau, j’avais envie d’autre chose, j’avais besoin de puiser mon inspiration ailleurs que dans ma zone de confort.

  • Vous avez plusieurs « covers » à votre actif. Pensez-vous vous faire connaître à travers ce moyen ?

« Me faire connaître par ce moyen » non, puisqu’à peine arrivée au Maroc, j’ai lancé mon premier titre original en darija. Mon deuxième titre « Mathlemch », qui vient de sortir est aussi original. Néanmoins, il m’arrive de faire des reprises, que ce soit sur les réseaux sociaux pour les gens qui me suivent ou plus officiellement. Il m’arrive aussi d’enregistrer des reprises en studio pour qu’elles soient « propres ».

Cependant, faire des « covers » n’a jamais été pour moi un moyen de me faire connaître. J’ai envie d’imposer mon style et les reprises sont là pour agrémenter le parcours.

  • Pourquoi avez-vous choisi Dièse comme nom de scène ?

Pourquoi pas? (rires).

Je n’avais pas forcément envie d’utiliser mon vrai nom dans les médias. J’estime que ma vie privée doit rester privée et je veux protéger mon nom, ma famille de mon activité publique.

Tout le monde connaît mon nom maintenant, ce n’est plus un secret. Cependant, mon activité m’engage en tant que Dièse, l’artiste, et non Sarah, la personne. C’est très différent.

  • Votre titre «Mathlemch » a été dévoilé le 16 janvier 2019. D’où vous est venu l’idée de ce titre ?

Dans un bus en allant à Marrakech, alors que j’écoutais « Like a boy » de Ciara - que j’adore. J’ai fait le constat que dans mon entourage et dans la société en général les femmes subissent souvent un traitement très différent des hommes. Je parle aussi de la charge de travail qu’elles subissent entre les enfants, les tâches ménagères, le travail à l’extérieur aussi parfois. Et de l’autre côté, on observe souvent les hommes au café ou très passifs à la maison à attendre qu’on les sert.

Je pense qu’il est temps que les mentalités changent et que chacun prenne ses responsabilités. Les femmes n’existent pas pour avoir des enfants et servir les hommes. Elles sont des êtres humains tout comme les hommes, et il n’y a aucune raison qu’elles se sentent obligées culturellement ou traditionnellement de ne pas être et faire ce qu’elles veulent.

  • Connaissant votre engagement personnel pour la cause féministe. Selon vous, quels sont les combats que le féminisme peut mener au Maroc ?

L’émancipation à tous les niveaux. Se défaire du poids des traditions et de la religion pour être qui elles veulent et pas ce qu’on attend qu’elles soient. Ce qui ne veut pas dire que je suis contre les traditions ou la religion, entendons-nous bien. Il s’agit simplement de laisser la liberté d'être, à tout le monde, pas qu’aux femmes d'ailleurs.

L'émancipation financière est un des points principaux à défendre car l’indépendance financière achète la liberté.

  • Comment définirez-vous votre style musical ?

Electro pop.

  • Comment travaillez-vous vos musiques ? Avez-vous un rituel spécifique ?

Je n’ai pas de rituel. Je fais ça vraiment au feeling et selon mon inspiration du moment.

  • Avez-vous des projets en préparation ? Un nouveau titre ? Un album ?

Tellement de projets qu’on pourrait faire une autre interview à ce sujet (rires).
Je peux déjà vous dire qu’un titre va sortir en mars en collaboration avec PalmTherapySounds (feat D33psoul).

Ça va être de la bombe, je vous le dis ! Un titre avec des influences électro et Gnawa.

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Dans les écouteurs de Dièse 

  • Quel est le premier album que vous avez acheté ?

« Ray of light » de Madonna.

  • Quel titre écoutez-vous en boucle ?

« Best mistake » d’Ariana Grande.

  • Quel titre vous inspire-t-il le plus ?

« Bohemian Rhapsody » de Queen.

  • Quel est le titre marocain que vous appréciez le plus ?

« Chayeb » de Fnaïre.

  • Y a-t-il un morceau que vous écoutez en secret ? Si oui, lequel ?

« Laura non c’é » de Nek (mais pas en secret, j’assume parfaitement (rires), c’est mon enfance j’adore !).

  • Quel titre arrive à vous consoler dans vos moments de tristesse ?

Je suis inconsolable dans mes moments de tristesse. J’écoute des chansons qui me font encore plus pleurer (rires). J’extériorise et ça va mieux après. Je me regarde dans un miroir et je constate la chance que j’ai d'être en bonne santé, d’avoir mes bras, mes jambes, mes yeux, un toit sur la tête et plein de projets de vie. Dire Hamdoulah [Dieu merci] et en comprendre tout le sens, pas juste par mécanisme.

  • Y a-t-il un artiste qui a changé votre manière de voir la musique ?

Sûrement Céline Dion, car elle incarne la femme sensible et forte, naturelle et sexy, travailleuse et bête de scène.

  • Y a-t-il un artiste, marocain ou étranger, avec lequel vous souhaitez réaliser un featuring ? 

Freddie Mercury. Malheureusement, il n’est plus de ce monde.

J’aimerais que Sia écrive une chanson pour moi. Si je devais en choisir une, ce serait elle.

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