Klass-A:«Je ne suis pas un mouton qui suit ce que font les artistes de sa génération»

Klass-A nous parle de ses débuts, de son inspiration, de ses goûts musicaux, et donne son avis sur les rappeurs marocains et la scène nationale du Rap. Il dévoile aussi la raison pour laquelle il a quitté le collectif « Rabat DC ». Rare dans les médias, Klass-A se livre rarement au jeu des interviews.

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Hamza Takafi aka Klass-A est un rappeur et un chanteur de RnB. Il est né à Hassan (Rabat) mais il a vécu à Témara. Cependant, il dit porter le quartier Hassan dans son cœur. Son intérêt pour le Rap a commencé en 2001 grâce à son grand frère qui l’a initié au Rap, influencé par le West Coast. Le groupe de Rap algérien « MBS (Micro Brise le Silence) » l’a marqué et l’a poussé à faire du Rap en arabe dialectal.

En 2004, il sort son premier titre « 3lach Rap (pourquoi le Rap) » où il a expliqué les raisons pour lesquels il a voulu faire le Rap. C’est le début d’une longue carrière. Avant de démarrer une carrière solo, Klass-A a créé le groupe « Islam Company » où il a rencontré Yassine L’Jasos puis il a intégré le collectif « Rabat DC ». A cause de problèmes avec L’Jasos qui est un des fondateurs de ce collectif, il décide de quitter le navire.

Dans cette interview, Klass-A nous parle de ses débuts, de son inspiration, de ses goûts musicaux, et donne son avis sur les rappeurs marocains et la scène nationale du Rap. Il dévoile aussi la raison pour laquelle il a quitté le collectif « Rabat DC ». Rare dans les médias, Klass-A se livre rarement au jeu des interviews.

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  • Vous êtes né dans le quartier Hassan à Rabat. Que représente ce quartier et Rabat pour vous ?

Je suis né à Hassan. J’y ai vécu quelques mois, puis mes parents ont décidé de déménager à Témara. C’est à Hassan où j’ai réalisé mon premier clip. Je porte toujours ce quartier dans mon cœur.

  • Vous avez fait des études de Steward au groupe CFPNC à Rabat. Cependant, vous avez déclaré travailler en Freelance dans le commerce. Pourquoi travailler dans un domaine qui n’est pas celui de votre formation ?

Effectivement, j’ai étudié au Centre de Formation du Personnel Navigant Commercial (CFPNC) au quartier des Orangers à Rabat. Le public n’est pas au courant que j’ai travaillé à l’aéroport international de Rabat-Salé pendant toute une année. Cependant, j’ai quitté ce travail pour des raisons personnelles.

Par la suite, j’ai fait des études de réception hôtelière à Témara au Centre de Formation dans les Métiers de l'hôtellerie et du Tourisme (CFMHT). Grâce à cette formation, j’ai pu travailler dans un hôtel. Finalement, je me suis dirigé vers le freelance.

  • En 2000, vous vous êtes intéressé au Rap. Pourquoi avoir choisi de faire une carrière dans le Rap ? Votre condition sociale a-t-elle été déterminante dans ce choix ?

Mon grand frère m’a fait découvrir le Hip Hop et le Rap. Il m’avait fait écouter des cassettes. Il m’a montré les différents genres de musique et il m’a aidé à faire la différence entre ces différents genres. Au fur et à mesure que le temps passait, je me suis retrouvé dans ce genre musical. J’étais intéressé par tout ce qui venait d’ailleurs – en l’occurrence de l’Occident. J’avais aimé la vibe du Rap. Ainsi, j’ai kiffé le Rap ou plutôt c’est le Rap qui m’avait kiffé (rires).

Je suis issu d’une famille modeste. On ne manquait de rien, hamdoullah. Aussi, n’ai-je pas fait le Rap pour gagner de l’argent afin d’aider ma famille, mais parce que j’aime cette culture urbaine.

  • Vous avez déclaré que votre frère était votre première source d’inspiration. En quoi résidait cette inspiration ?

Mon frère, Mohammed Khalil Takafi, était un musicien et un guitariste très connu entre Témara et Rabat. Etant jeune, il avait étudié le solfège au Conservatoire. Il écoutait de tout : du Rap, du Rock, du RnB… etc. Il avait déjà de la bouteille alors que j’étais encore un gosse. Il a été un vrai grand frère et un ami pour moi, car il a partagé ses connaissances musicales avec moi. C’est lui qui m’avait orienté artistiquement à mes débuts. Par ailleurs, il m’avait initié à la guitare. Il m’en a appris les bases : les accords, les tablatures… etc

  • Etiez-vous plutôt East Coast ou West Coast ?

Dans le Rap américain, j’étais plutôt West Coast. J’écoutais beaucoup G. Funk, NWA, Snoop Dogg, LBC Crew (Long Beach City Crew), Nate Dogg… etc. J’adorais les musiques de la West Coast. Cela ne veut pas dire que je n’écoutais pas les chanteurs appartenant à la East Cost. C’est juste que j’avais un coup de cœur pour le West Coast.

  • Vous avez déclaré que la première fois que vous avez écouté du Rap en arabe c’était chez le groupe MBS (Micro Brise le Silence) – avec leur album « Ouled el bahdja » sorti en 1997. Quelle a été son influence sur vous ?

Le groupe algérien « MBS (Micro Brise le Silence) » m’avait poussé à rapper en arabe. A force d’écouter que du Rap américain ou français, je n’imaginais même pas qu’il y avait des rappeurs qui rappaient en arabe et encore plus en darija. Par ailleurs, le dialecte marocain et le dialecte algérien sont très proches, du coup je comprenais ce qu’ils disaient. De plus, ils abordaient des sujets qui me touchaient vraiment. On vivait presque la même chose au Maroc. Et c’est normal, nous avons une histoire commune avec l’Algérie.

Les albums « Oueled El Bahja » et « Micro Brise le Silence » resteront à jamais gravés dans ma mémoire. Je peux même réciter de mémoire des morceaux de ces albums comme « Hakmet Ala Chaabi », « Deltna »… etc ou des couplets de Rabah Ourrad alias Donquishoot.

Lorsque j’ai écouté ces albums, j’ai eu l’idée d’écrire en arabe. Ils m’avaient inspiré à l’époque. C’est comme s’ils m’avaient donné des schémas artistiques : les instrus, le flow et les rimes. Je connaissais les bases du Rap américain, mais je ne pensais pas qu’on pouvait les appliquer dans une langue comme l’arabe...

  • En 2004, vous avez enregistré votre premier titre « 3lash Rap (pourquoi le Rap) ». Pouvez-vous nous en parler ?

Pour être honnête, je ne me souviens plus de ce morceau-là. Peut-être que j’y avais donné les raisons pour lesquelles j’ai choisi le Rap. J’aimerais bien le réécouter. Malheureusement, je l’ai perdu. D’ailleurs, j’ai perdu plusieurs singles, des mixtapes et même des albums en entier. A l’époque, il n’y avait ni YouTube ni les plateformes de streaming légal actuelles de musique. Et il y avait peu de sites marocains qui s’intéressaient au Rap. Je ne me rappelle que de « Raptiviste », « Rap4respect », « Dimarap » et « Pirhana Labo ». Le site « Raptiviste » m’avait marqué.

  • Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le Rap ?

Au début, c’était vraiment difficile pour moi. J’ai grandi à Témara dans un quartier très conservateur. La culture du Hip Hop n’y était pas installée. Lorsqu’on portait des pantalons larges, on paraissait différent. On nous regardait comme des extraterrestres et on nous traitait de fous. Les barbus [les islamistes] nous compliquaient la vie. Ils nous empêchaient de nous exprimer. A l’époque, dans ce quartier, il y avait plusieurs groupes d’islamistes qui faisaient la loi. Ils interdisaient aux femmes de sortir le soir. Nous abandonnés à notre sort et étions pris en otage. On ne se sentait pas en sécurité.

Ensuite, j’ai beaucoup galéré pour enregistrer des titres dans un studio. Pour ce faire, je devais me rendre dans d’autres villes. Par ailleurs, pour avoir un instrumental, on devait trouver un cyber, chercher une musique sur le net, faire plusieurs manipulations pour en tirer le loop [la dernière bande d’une instru] et le graver sur des CD, des cassettes et même dans des walkmans. Et pourtant on était au début des années 2000. On n’avait pas les moyens pour financer tout cela, mais on s’organisait pour récolter les sommes nécessaires. Par la suite, les choses se sont améliorées. Grâce à internet, on a commencé à se débrouiller seuls.

De nos jours, les rappeurs marocains ont vraiment beaucoup de chances. Les studios se sont multipliés et ils sont devenus plus proches. Y a même des instrumentaux et des beats disponibles gratuitement sur internet. Il faut dire que notre génération a vraiment vécu les vicissitudes du Hip Hop. On faisait des battles de Rap entre quartiers. On vivait le « Street American Life » et la « Gangsta Rap ». A ce moment-là, plusieurs personnes de notre quartier faisaient du Rap. Cependant, ils ont rapidement abandonné. Ils ne le faisaient pas avec passion contrairement à moi.

J’ai commencé en solo. Puis, nous avons créé un groupe qui portait le nom de « Drawer ». Il se composait de MC Nawfel (MCN), Adil Mafiosi, Amine Drongs et moi-même. Le public n’est pas au courant de cet épisode de ma vie de rappeur. Par la suite, j’ai démarré une carrière en solo.

  • Pourquoi avoir adopté « Klass-A » comme nom de scène ? Quelle est l’histoire de ce nom de scène ?

Klass-A est le diminutif de « Classic Attitude ». Je l’ai raccourci et j’ai changé le C par un K et le A renvoie au terme attitude. Cela remonte à mon enfance. On s’était mis d’accord mes camarades de classe et moi de porter une tenue classe – costume cravate. J’étais le seul à avoir respecté cet accord. Alors, ils ont commencé à m’appeler Class. Par la suite, je l’ai adopté.

  • La personnalité de Klass-A était-elle la même que celle de Hamza Takafi ?

Hamza et Klass-A sont les deux faces de la même personne. Hamza c’est celui qui est venu en premier, c’est la base. Klass-A est venu par la suite et je l’ai adopté dans le domaine du Rap – dans la musique en général. Hamza donne l’inspiration et les idées, à Klass-A de les développer. Cependant, je ne pourrais pas être Klass-A tout le temps. Je ne le suis que durant les interviews, sur scène… Etc. Je ne pourrais pas être Klass-A avec mes profs ni avec mes parents ou ma femme.

  • Vous étiez membre du groupe « Islam Company ». Pouvez-vous nous parler de cette période-là ?

C’était la belle époque. On s’était fait connaître à Témara grâce au groupe « Islam Company ». C’est moi qui avais créé le groupe. J’ai rassemblé une équipe autour de moi. Y avait Othmane Escalade, L’Jasos, Tika Mano et moi-même. Tika Mano était un génie. Côté voix, il était vraiment fort. Nous avons fait du bon travail. Nos sons étaient écoutés à Témara, Rabat et Casablanca. Nous sommes montés sur scène mais rien n’a été malheureusement filmé.  

Le groupe n’a pas beaucoup duré mais j’en garde de très bons souvenirs. Ce qui a fait éclater le groupe, c’est lorsque Tika Mano est passé par la case prison pour détention de drogue – il n’était pas dealer mais il consommait beaucoup. Il a passé un an et demi en prison. Durant sa période de détention, nous n’avions rien sorti – on écrivait mais ça ne menait à rien. Un groupe c’est comme une maison, et chaque membre est un pilier. Sans l’un de ses piliers, le groupe ne peut plus exister. L’jasos n’avait rien donné au groupe. Et lorsqu’on était en chute libre, il nous a quittés pour rejoindre un autre groupe qui avait un peu plus de moyens – artistiquement, ce groupe était nul.

Par la suite, Othmane s’est adonné à la drogue – j’essayais de le conseiller. En vain. Et Tika Mano est repassé par la case prison. Je payais les frais de studio et j’essayais de maintenir le groupe. Puis, il est arrivé un moment où c’était devenu intenable. Mais nous sommes restés amis malgré notre séparation – sauf avec L’Jasos, qui nous avait trahis en rejoignant un autre groupe. Nous continuons à nous voir aujourd’hui encore.

  • Par la suite, vous avez intégré le collectif « Rabat DC TEAM »avec Yassine L’Jasos. Comment est née votre collaboration avec lui ? Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter le collectif ?

Pour fonder le collectif « Rabat DC », L’Jasos est venu chez moi directement parce que j’avais cartonné sur internet à cette époque. C’est la première fois que je parle ça. Il a sonné à ma porte et il m’a dit qu’il voulait se faire connaître et m’a demandé de l’aider. Quand j’y pense, c’est comme s’il mendiait. Je lui ai montré comment j’ai fait et je l’ai aidé. C’est moi qui ai enregistré, mixé et masterisé sa première mixtape « Rabat DC ». J’ai aussi fait les refrains et tout ce qui va avec. Il s’est fait connaître grâce à moi. Malheureusement, il m’a de nouveau trahi. J’ai alors décidé de quitter « Rabat DC ».

  • Vous avez dit que vous faisiez du Raï à vos débuts. Pouvez-vous nous en parler ? Et quelle relation existait-elle entre le Rap et le Raï à l’époque ?

En jouant de la guitare, j’avais commencé à chanter du Raï parce que j’aimais bien cela à l’époque. J’ai aussi fait du RnB et même de la Soul. Lorsqu’on était dans le studio et qu’on devait faire une topline, on se tournait vers moi. Je savais user de ma voix et la mettre en valeur. J’étais timide au début, mais je me suis lâché par la suite.

A l’époque, il y avait un chanteur de Raï dans chaque groupe de Rap. Il faisait les refrains des titres de Rap. Les refrains qui dominaient dans les groupes de Rap étaient du Raï. Si l’on écoutait les titres de Kalibre, d’Aminoffice et des autres anciens, on ne peut pas ne pas s’en rendre compte.  

Si tu regardes l’historique du Rap marocain, tu trouveras deux ou trois personnes qui ont fait du RnB. Y avait Loubna. Je pense que Loubna est la première à avoir fait du RnB au Maroc, bien que ce ne fût pas vraiment du RnB, c’était loin du RnB. C’était du RnB avec une influence Raï. Elle était dans le groupe d’Aminoffice. Don Bigg a fait un featuring avec elle dans « Banda 7amra » - un des titres de son album « Mgharba Tal Mout ». Ensuite, y a eu Ahmed Sultan. Ce n’était pas vraiment du RnB aussi. Je dirais qu’il faisait de la Soul. Si tu écoutais du Gospel de Church Music, tu verras la différence. C’est totalement différent.

  • En 2007, vous vous êtes essayé au RnB. Qu’est-ce qui vous a poussé à tenter un autre genre musical ?

J’ai su que j’avais cette touche-là, ce talent-là. Alors, pourquoi le cacher ?

J’avais dit dans une interview que si je savais jouer du violon ou du piano, je l’aurais fait. Si je vois que suis pas fait pour un truc je ne le ferai pas – pas comme certains rappeurs…

J’ai beaucoup écouté les classiques du RnB. J’ai écouté du Gospel, c’est la maison mère du RnB. Je m’en suis inspiré. J’en ai appris plusieurs techniques et j’y ai mis ma touche personnelle. Certains disaient que je faisais du copier-coller. Ceux qui affirment cela ne connaissent rien à la musique. Il y a des techniques qu’on doit absolument maîtriser pour faire du RnB. C’est comme dans le football. Un attaquant qui ne sait pas dribler n’est pas un attaquant. Le poste nécessite certaines techniques.

  • Dans quel genre musical vous sentez-vous le plus à l’aise ? Le Rap ou le RnB ?

Je me sens à l’aise dans ces deux genres et même dans la Soul. Je ne fais que la musique qui me plaît. C’est tout.

  • Revenons à l’actualité, les deux clashs qui ont fait le buzz récemment ont été ceux de Don Bigg/Dizzy Dros et Dizzy Dros/Don Bigg. Lequel vous a-t-il semblé le plus percutant ?

A mon avis, Don Bigg se prend pour le pape du Rap marocain alors qu’il ne l’est pas. Il était bon à ses débuts. Il a fait de bonnes maquettes entre 2006 et 2009. Son temps est passé. Il doit laisser la place aux jeunes. Et il faut dire que Don Bigg n’a pas aidé les jeunes rappeurs marocains. Il a mangé le gâteau avec ses amis – pas la peine de les nommer. Il n’est pas honnête.

Il faut savoir qu’à l’époque, Don Bigg ne répondait pas aux clashs. Entre 2006 et 2009, il était visé par plusieurs rappeurs, mais il ne répondait pas aux clashs. C’est comme Booba, il ne clashait que les « meilleurs ». Maintenant, c’est lui qui a clashé toute une génération. Pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ?

Avant « 170 Kg », il avait sorti un autre titre « … » qui était aussi un clash contre les mêmes personnes. La raison du buzz n’est pas les paroles de son titre « 170 Kg » mais c’est la couverture du titre qui a tout provoqué. Artistiquement, je n’ai pas aimé son titre. Le flow est nul et sa plume n’est plus ce qu’elle était. La réponse de 7liwa n’est pas mal, mais c’est un peu trop dans l’ego trip. Quant à la réponse de Dizzy Dros, elle est bien si on la compare aux autres, mais artistiquement je ne l’ai pas aimé.

  • Pouvez-vous nous parler du clash avec Shayfeen. Quelle était la raison du conflit ? Et pourquoi regrettez-vous d’avoir fait ce clash ?

Ils ont voulu qu’on fasse un featuring en 2011. Ils m’ont envoyé une instru que je n’ai pas aimé et que je trouvais très commerciale - à l’époque, j’étais dans l’esprit underground. Par la suite, ils m’ont envoyé une autre instru que je n’ai pas aimé non plus. Ils n’ont pas apprécié cela et m’ont lancé des piques. Alors, j’ai décidé d’y mettre fin. J’ai sorti un titre. Par la suite, ils ont répondu par « Wach katsma3 (est-ce que tu écoutes) » et j’ai répondu par un autre titre « wach katsma3 alklb ». Shobee a lancé un titre, Small X - "Taht Smta" dans l'égo trip sans me citer-, Komy et 7-jim aussi avec un titre qu'il a nommé "Khlass". Cinq contre un.Je ne regrette pas d’avoir fait le clash. J’ai montré au public marocain mes capacités dans le clash et que les autres rappeurs doivent me craindre. Mais je n’ai aucun problème avec eux.

  • Certains affirment qu’on ne peut imaginer un rap sans clash comme on ne peut imaginer un opéra sans sopranos. Êtes-vous du même avis ? Et que représente le clash pour vous ?

Oui, on peut imaginer un Rap sans clash. On peut traiter des thèmes et de problématiques sociétales. Cependant, si tous les rappeurs font cela, on ressemblera aux journaux locaux : Assabah, L’Opinion, Al Alam… etc. C’est ce que fait Don Bigg avec son titre « Lqaleb » lorsqu’il a critiqué le gouvernement Benkirane... Etc. A un moment, Don Bigg est devenu comme un simple journal qui parlait de tout et de rien. Bien sûr qu’il y a des journaux vendus et des journaux indépendants qui montrent la réalité – Il faut dire que cette dernière catégorie galère avec le système actuel.

Dans le paysage du Rap marocain, on ne traite plus de sujets intéressants. Cela revient au système politique actuel qui a perverti le Rap. Le système détourne l’attention du public des sujets importants. Je m’explique. Lorsqu’un rappeur aborde des sujets sociétaux, le public n’en veut pas. On comprend que les gens veulent oublier leur quotidien. Ils vivent dans la misère. Ils veulent des musiques pour s’enjailler et s’amuser. Ainsi, les rappeurs ont commencé à faire des titres 100% commerciaux pour répondre aux attentes du public.

En ce qui me concerne, je fais ma propre musique. Si quelqu’un veut écouter c’est bien, sinon qu’il cherche ailleurs. Je ne vais pas changer mon style pour plaire à une certaine catégorie de personnes. Je ne serai pas un mouton qui suit les artistes de sa génération dans ce qu’ils font. Certes, j’évolue mais doucement. Pas comme Muslim qui a pris un tournant à 360 degrés. Il a trop exagéré. Il fait du commercial après avoir été dans un style différent. Tu peux faire une musique commerciale tout en gardant les paroles dures comme Lacrim ou PNL.

  • Y a-t-il des artistes marocains et/ou étrangers avec lesquels vous souhaitez collaborer ?

Franchement, je n’ai pas de noms en tête, mais s’il y a une proposition, mrahba [bienvenue]. Je vais écouter les musiques de cet artiste. Si je vois qu’il a quelque chose de plus à ajouter sur mon morceau ou bien si j’ai un plus à ajouter à son morceau alors allons-y. Ma porte est toujours ouverte aux artistes qui souhaitent vraiment travailler avec passion. J’aime bien les artistes qui dépassent leurs époques.

  • Avez-vous des projets en préparation ?

Couverture du prochain album de Klass-A © Mehdi Couverture du prochain album de Klass-A © Mehdi
Je prépare mon prochain album qui portera le nom de « Aura ». Il contiendra 20 morceaux. Je ne le sortirai pas d’un seul coup. Je dévoilerai un single à la fois… Etc. Je prendrai le temps qu’il faudra. Je travaille tout seul : j’enregistre, je mix, je fais l’arrangement moi-même et fais le mastering aussi. Je ne compte sur personne. J’ai perdu confiance en plusieurs personnes comme en L’Jasos et Guzman – qui m’a clashé dernièrement, mais je ne veux pas lui répondre parce que je connais des choses sur lui… Quand j’étais à « Rabat DC », j’étais le grand frère. Mais lorsqu’on me cherche, on me trouve.

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