Hindi Zahra :"C’est souvent la musique qui choisit son texte"

Hindi Zahra est une artiste à la culture musicale plurielle : jazz originel, souffles d'Orient, musique afro-américaine et blues ancestral… Elle est également polyglotte : elle chante en français, en amazigh, en arabe et en anglais. Entretien

http://www.nordeclair.fr/12732/article/2016-11-19/hindi-zahra-ballade-soul-entre-l-orient-et-l-occident-au-theatre-raymond-devo?bot=1 http://www.nordeclair.fr/12732/article/2016-11-19/hindi-zahra-ballade-soul-entre-l-orient-et-l-occident-au-theatre-raymond-devo?bot=1

Née en 1979 à Khouribga, une ville minière du Sud marocain, Hindi Zahra est issue d’une famille d’artistes. Elle a découvert le chant grâce à sa mère ce qui l’a poussée à prendre des cours de chant lyrique. Quelques années plus tard, elle s’est révélée au public à travers Beautiful Tango, postée sur Myspace. En 2010, elle sort son premier album “Handmade” pour lequel elle a reçu deux récompenses : “Prix Constantin”, qui récompense chaque année l'album d'un artiste révélé au cours de l'année, et “la Victoire de la musique” dans la catégorie “Album de musiques du monde”.

Hindi Zahra est une artiste à la culture musicale plurielle : jazz originel, souffles d'Orient, musique afro-américaine et blues ancestral… Elle est également polyglotte : elle chante en français, en amazigh, en arabe et en anglais. Entretien

  • Vous êtes née à Khouribga alors que vous êtes originaire d’Agadir. Vous avez grandi à Casablanca (capitale économique du Maroc) puis à Inezgane. Par la suite, vous vous êtes installée en France en 1992. Et grâce à vos concerts, vous avez visité plusieurs pays du monde. De ce fait, vous avez déclaré dans une interview que vous n'êtes pas attachée à une ville ni à un endroit précis. Alors, comment avez pu construire votre chez soi dans une situation comme la votre?

Au départ, et comme toute personne qui voyage, le chez-soi c’est la famille... Par la suite, à l’âge de 17 ans je l’ai quitté. Et puisque j’ai déménagé six fois en 10 ans, le changement est devenu une habitude. Cela a été bénéfique pour moi. J’ai appris énormément de mes voyages et de mes rencontres. J’ai eu une vie stable en mouvement.

  • Comment s’est faite votre rencontre avec la musique et avec le chant?

Le chant c’était ma mère, je la regardais avec une certaine fascination. Les femmes de ma famille étaient des artisanes et les hommes étaient des musiciens. Quant à mon grand-père, il était danseur.

  • Et quand avez-vous composé pour la première fois?

Je composais mes premières mélodies dès l’âge de huit ans.

  • Le public vous a découvert à travers “Beautiful Tango”, un titre que vous avez postée sur Myspace. Pensez-vous qu’avec la “Révolution Numérique” les plateformes électroniques (et en particulier les réseaux sociaux) sont les seuls aujourd'hui à faire découvrir de nouveaux artistes? Le temps des groupes musicaux qui débutent dans leur garage (comme les Beatles) est-il révolu?

Non, ce temps n’est pas révolu. Le numérique ne pourra jamais effacer l’organique. Oui, ma musique était sur le net, mais la plus grande part de travail était sur scène et c’est radio Nova qui jouait mes morceaux bien avant la sortie de mon premier album. Donc en parallèle avec Internet, il y’a eu les concerts et la radio trois ans avant l’album.

  • En 1992, vous avez rejoint votre père en France et vous vous y êtes installé. Quelques années plus tard, vous avez quitté le système scolaire. Pourquoi avez-vous pris ce choix-là?

J’ai quitté l’école d’abord parce que je voulais la musique plus que tout. Ensuite, l’école m’ennuyait. Le seul intérêt qu’elle a eu pour moi c’était les amis, l’histoire, et la littérature.

  • Dès l’âge de 18 ans, vous avez enchaînée les petits boulots “de petits job éreintants en jobs enrichissants” dont un au musée du Louvre. Comment avez-vous vécu cette période de votre vie?

C’était une période de solitude intérieure qui m’a permis de grandir. C’était la vraie période d’apprentissage : j’ai beaucoup lu, j’ai rencontré des musiciens, j’ai travaillé le chant, et j’ai bien sûr pratiqué la méditation. La certitude est qu’il y avait un but à toutes ces expériences. Malgré le doute, la musique restait la priorité. J’ai eu des petits jobs pendant 10 ans, et ce avant la sortie de mon premier album !

  • Dans votre famille, on retrouve des membres du groupe amazighe “Oudaden” qui interprète des musiques traditionnelles amazighs. Cela a-t-il cultivé chez vous l’amour de la musique? Et a-t-il influencé votre style musical?

Ils sont un exemple de réussite dans l’intégrité. Un parcours fidèle aux origines tout en modernisant la musique traditionnelle, c’est un exercice osé et difficile.

  • Votre style musical est difficile à catégoriser. Entre jazz originel, souffles d'Orient, musique afro-américaine et blues ancestral… Comment peut-on qualifier votre musique? Certains proposent de vous classer au sein du genre musical “musique du monde”. Qu’en pensez-vous?

C’est une musique trans-genre, elle n’appartient à aucun un style. Elle parcourt différentes branches d’un même arbre. La musique est un voyage. Un style musical naît toujours d’un autre, comme le jazz vient du blues par exemple.

  • “Cabo Verde”, un des titres de votre dernier album “Homeland”,  est à l’image de votre style musical : les paroles sont en darija et en langue amazigh, le rythme est capverdien et les guitares sont chaâbi. Quel est l’histoire de ce titre? Et comment avez-vous pû faire ce lien entre ces différentes cultures?

La question sur la création de cet album était justement comment un morceau peut faire vivre plusieurs cultures. “Cabo Verde”, comme d’autres titres, est l’exercice du pont : harmoniser des musiques qui m’ont toujours semblé proches.

  • Vous chantez en amazigh, en arabe, en français et anglais. Trouvez-vous plus de facilité à composer dans une langue plutôt que dans une autre? Comment choisissez-vous dans quelle langue vous allez composer vos titres?

C’est souvent la musique qui choisit son texte. Pour l’écriture, c’est souvent l’anglais qui me vient plus facilement.

  • Quel est votre rapport à la culture amazigh? Et que pensez-vous des peines prononcées contre les militants du Hirak du Rif (20 ans de prison à l’encontre de Nasser Zefzafi leader du mouvement), mouvement de contestation qui s’est déclenché avec la mort de Mouhsine Fikri, un jeune poissonnier?

C’est une question difficile parce que je ne lis pas les journaux et je m’éloigne, peut-être trop de la politique, je ne la trouve pas bienfaisante, elle est injectée de folie humaine. Nous avons construit des sociétés prédatrices et la justice perd face à l’argent et au pouvoir.

J’essaye de garder espoir en un avenir commun plus conscient, l’humanité perpétue les mêmes erreurs et met du temps à se transformer.

La seule politique sociale qui peut marcher c’est la politique locale, une micro société est transparente à sa propre échelle. La nation devrait se reposer sur la multiplicité culturelle, sa diversité et l’autonomie économique de ses régions et non pas sur l’engloutissement de celles-ci et leur uniformisation sans tenir compte de leurs spécificités.

  • A côté de la musique, vous êtes artiste peintre mais aussi actrice de cinéma. Travaillez-vous vos tableaux comme vous travaillez votre musique? Comment s’est faite votre rencontre avec le cinéma? Et hiérarchisez-vous les arts?

La peinture est pour moi une forme de méditation active ce sont deux manières distinctes d’expression, la peinture est plus subconsciente et elle se pratique en silence alors que dans la musique on est en permanence dans le son. Elles se complètent.

Mon intérêt pour le cinéma a commencé avec le tournage de mon premier clip où l’on a décidé de travailler avec Tony Gatlif, dont j’admire le travail. Ce fut une belle aventure. Puis, c’est grâce à Fatih Akin qui est le premier à m’avoir invité à jouer dans son film “The Cut”, c’est une expérience inoubliable.

  • Après “Handmade”, et “Homeland”, un nouvel album est-il en préparation ?

Oui, j’ai commencé l’écriture.

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Dans les écouteurs de Hindi Zahra

  • Quel est le premier album que vous avez acheté?

“All eyez on me”, l’album de 2Pac

  • Quel titre ou artiste écoutez-vous le plus souvent?

Je n’ai pas d’habitudes mais plutôt des périodes où je vais écouter constamment.

Mes classiques sont Tinariwen et l’album d’Ali Farka Touré « Niafunké ».

  • Quel est le titre qui vous inspire le plus?

 Il y’en a tellement mais en ce moment c’est l’album de Her

  • Quel est le titre marocain et/ou amazigh que vous appréciez le plus?

Le titre que j’apprécie est : https://youtu.be/2x-S-G0Aauk

Les artistes que j’apprécie le plus sont : Oudaden Houwari, Najat Atabou et Zina Daoudia.

  • Quel titre arrive à vous consoler dans vos moments de tristesse ?

Tous les titres de la chanteuse de flamenco, Buika

  • Votre tube d’été ?

L’album d’Anderson Paak

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