Hoofer : « J’ai réalisé un featuring avec Curtis Young, le fils de Dr Dre »

Dans cette interview, Hoofer revient sur sa triple culture (marocaine, turque et française), son parcours, ses sources d'inspiration sans oublier ses coups de cœur.

3f4c281befcb59fd762e714accf87f8a-648x648x1

David Taskin Benezra alias Hoofer est un rappeur marocain d’origine turque. Il est issu d’une famille d’artistes. Il côtoie en France, où il est établi depuis plus de 12 ans, le Hip Hop de très près. Ex-membre du groupe « Bizz2Risk » dont il est le fondateur, ex-membre du groupe « Ghost Project » et membre fondateur du groupe « Bizzmakers » devenu aujourd’hui «Monckey Business Music (MBM) ». Il est l’un des rares rappeurs marocains qui rappe en français.

Dans cette interview, Hoofer revient sur sa triple culture (marocaine, turque et française), son parcours, ses sources d'inspiration sans oublier ses coups de cœur.

  • Vous êtes né à Casablanca (Maroc) et vous avez des origines turques. Que représente le Maroc et la Turquie pour vous ?

Je suis né à la médina de Casablanca et plus précisément au « Passage Sumica » du boulevard Mohammed V. Ma mère est turque et mon père turco-marocain. Le Maroc et surtout Casablanca c’est là où j’ai grandi. Quant à la Turquie, elle reste malgré tout dans mon sang même si je ne connais pas ce pays.

  • Vous êtes à cheval entre deux cultures : marocaine et turque. Cette double culture vous a-t-elle apportée un regard différent sur la musique ?

Je pense que cette double culture m’a permis de m’ouvrir musicalement ou humainement plus facilement.

  • A quand remonte votre premier contact avec le Rap ?

Lorsque j’étais petit, j’ai découvert le Rap en écoutant « LL Cool J » et « MC Hammer ». Un peu plus tard, j’ai compris que c’était le look que j’aimais chez Snoop Dogg, 2pac, IAM et les autres rappeurs américains.

  • Qu’est-ce qui vous a poussé à faire du Rap ?

J’en ai toujours fait et ce depuis l’âge de 12 ans. C’était pour le plaisir. J’ai freestylé avec Sayan Supa Crew, Akh Lad Jaave...

J’avais plein de potes qui rappaient quand je vivais en France. Une fois rentré au Maroc, j’ai commencé à bosser dans un centre d’appel à Casablanca et avec l’ennui je me suis retrouvé dedans.

  • Pouvez-vous nous parler de vos débuts dans le Rap ? Quand avez-vous commencé à écrire vos premières lignes ?

J’ai commencé à écrire mes premiers textes dans ma chambre dans les années 1999-2000.

A Strasbourg, y avait plusieurs gars qui faisaient du Rap. Mes premiers freestyles remontent à cette période-là, je devais écrire 4 couplets de 16.

  • Quelle était votre source d’inspiration à l’époque ? Et maintenant ?

A l’époque, j’écoutais beaucoup « Method Man and Redman », « 2pac », « Nas », « IAM », « Lunatic » et d’autres rappeurs de la East et de la West Coast.

Maintenant, j’aime bien « Rick Ross », « Dave East », « SCH », « Booba » et le dernier nouvel album de « Schoolboy Q ». Ces derniers jours, je n’écoute plus trop ce qui se passe dans le Rap comme avant. Je dirai même que je n’écoute même plus trop de musique.

  • Pourquoi avoir choisi « Hoofer » comme nom de scène ?

On m’appelait Hoofer dans mon quartier comme ça parce que j’avais une grosse voix. Et ce en référence au Woofer, les grosses basses comme ceux dans les bagnoles.

Par la suite, lors de notre première interview avec les « Bizz2Risk », les journalistes nous ont demandé nos blazes alors Nihho, un membre du groupe, leur avait dit Woofer et je leur ai dit de remplacer le W par un H. C’est comme ça que j’ai trouvé mon blase. Je n’y avais pas pensé auparavant.

  • Actuellement, vous faîtes du Rap en français et en darija. Trouvez-vous plus de facilités à composer dans une langue plutôt que dans une autre ? Comment choisissez-vous dans quelle langue vous allez composer vos titres.

A la base, je rappe en français parce que j’aime ça. Mon premier couplet en darija c’était avec Bizzmakers (freestyle #1) pour le fun et depuis j’alterne entre la darija et le français.

  • Qu’en est-il du choix du nom du groupe ? Est-ce en relation avec la balafre que vous avez au visage ?

Oui. Je me suis fait balafrer le visage par un bistouri. J’ai trouvé le jeu de mots « Bizz2Risk » (Business en tous risques) vraiment bien et depuis j’ai oublié que j’ai une balafre au visage.

  • Après le festival L’Boulevard, le groupe s’est séparé. Quel en a été la raison ?

Rien de particulier. Je voyais que j’en voulais plus et je sentais que mes acolytes n’avaient pas la même détermination. Je peux les comprendre, la vie ce n’est pas facile.

  • En 2011, vous avez créé avec M-Doc, rappeur et fondateur du groupe de rap « Derb l'Funk », le groupe « Ghost Project ». Comment est née votre collaboration avec M-Doc ? Comment décrieriez-vous votre relation avec lui ?

Je venais d’en finir avec « Bizz2risk ». Je voulais sortir un projet. Je connaissais M-Doc et j’aimais bien son flow. On s’est croisé, on a fait un titre « L-Jou » et ensuite un album. Ce fut une belle expérience.

  • Quelle est l’histoire du nom du groupe ?

On était connu dans le rap Doc et moi, mais les rappeurs nous ont ignorés et de là j’ai fondé « Ghost Project (le projet fantôme) ». On s’est mis d’accord sur les projets en mélangeant East et West Coast. Par la suite, nous avons composé l’album à deux, je l’ai mixé et on l’a sorti.

  • Vous avez réalisé un featuring avec Curtis Young, le fils de Dr Dre. Quelle est l’histoire de ce featuring ? Et pourquoi ce titre n’a pas été beaucoup médiatisé ?

M-Doc parlait avec Tyfan, une américaine de Los Angeles qui gérait plein de grosses là-bas. On voulait faire un featuring avec un grand rappeur mais ce n’était pas possible. C’est alors qu’elle nous a parlé du fils de Dr Dre. On lui a fait écouter une prod de E-Tracc, un sénégalais avec qui je bosse. Le fils de Dr Dre, Cutis Young, a kiffé.

  • Vous êtes un membre fondateur du collectif « Bizzmakers ». Qu’est-ce qui vous a semblé important dans cet épisode de votre parcours artistique ?

C’était un collectif et il y avait plusieurs rappeurs à gérer. C’était une bonne expérience. Nous avons appris à tout faire du son à la vidéo et ce avec une vraie structure. Nous avons réussi à nous faire remarquer grâce à nos talents respectifs et grâce à notre rendez-vous mensuel : un freestyle tous les 23 du mois. C’était une première au Maroc.

  • Quelles sont les raisons de la séparation de ce groupe ?

Au départ, nous étions 7 rappeurs. Pour différentes raisons personnelles et/ou professionnelle, chacun est parti de son côté. « Bizzmakers » c’était dur comme « Kohlanta ».  Si tu ne tiens pas le coup tu finis au pôle emploi (rires).

  • Après la séparation des membres du collectif « Bizzmakers », ce collectif est devenu aujourd’hui « Monkey Business Music (MBM) ». Pourquoi avez-vous pris le flambeau de cette transformation ? Pouvez-vous nous parler du logo de MBM ?

J’ai fondé les « Bizzmakers ». Au sein du groupe, mon blaze était déjà « Hoofer Bizzmaker ».

Concernant MBM, j’ai toujours été fasciné par les primates (« Livre de la jungle », « King Kong »…). En écoutant « Living on my Own » de Freddie Mercury, un artiste que j’apprécie, j’ai repéré la phrase suivante « I don’t have no time for no monkey business ». De là, l’idée m’est venue de créer ce Label. Les deux artistes artistes graphistes avec lesquels je travaille sont Apeshit et Hamza Touijri. C’est ainsi que MBM a vu le jour.

  • Vivez-vous uniquement de votre musique ou bien avez-vous d’autres activités en parallèle ?

En parallèle avec le Rap, je suis acteur de voix off et acteur de cinéma. Je commence à jouer dans pas mal de films et de séries. C’est là mon vrai métier. Je travaille aussi dans le textile. Avec « MBM Wear », ma marque de vêtements, je me suis pas mal occupé. La musique, je ne peux pas m’en passer. Donc j’alterne. On verra bien ou ça va me mener.

  • Que pensez-vous du paysage artistique du Rap au Maroc et de la nouvelle génération de rappeurs marocains ? Quels sont les artistes que vous appréciez le plus ?

Je pense que le Rap marocain a vachement évolué. Nous avons toujours été doués pour le Rap. Aujourd’hui, grâce au développement de la technologie, c’est devenu plus simple pour la nouvelle génération. Et c’est une bonne chose. Les Marocains sont aujourd’hui parmi les meilleurs et c’est parti pour durer.

J’apprécie plein d’artistes : Dizzy Dros, Ali Samid, Toto, Mobydick, Yakuza, Dolly Pran, 777 Nerd et d’autres. En fait, j’apprécie les artistes qui se différencient des autres.

  • Pensez-vous que cette distinction ancienne et nouvelle génération est dépassée ?

Je pense qu’il faut s’adapter. Aujourd’hui, on ne porte plus de pantalon baggy large, on met du slim. Pour le Rap, c’est pareil. Il faut s’adapter. Après, on peut aussi s’éclater et faire du classique ou autre chose. La musique c’est du plaisir à la base.

  • Le Rap est devenu du simple divertissement, un rap commercial. Êtes-vous favorable à cette évolution ?

Je suis favorable à toutes sortes de musique tant que l’artiste est vrai et assume l’image qu’il souhaite véhiculer. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas comme on dit.

  • Revenons à l’actualité. Les deux clashs qui ont fait le buzz récemment ont été ceux de Don Bigg/Dizzy Dros et Dizzy Dros/Don Bigg. Lequel vous a-t-il semblé le plus percutant?

Je les connais tous les deux. Je dirai que les deux étaient bons, mais Dizzy Dros a été plus fort. La seule chose que je pourrai dire sur le beef de Dizzy Dros est qu’il a répondu à des provocations qui n’avaient pas lieu d’être. Finalement, je dirai que les chiffres ne mentent pas…

Honnêtement, « Psycho Wrecking (PW) » le titre qui a suivi « 170 Kg » a déçu et surpris. Don Bigg aurait dû répondre ou ne rien faire... Cependant, la chose positive est que Don Bigg a pas mal réveillé le Rap marocain une fois de plus.

  • Que représente le clash pour vous ? Peut-on imaginer un Rap sans clash ou bien le clash est-il indissociable du Rap ?

Personnellement, le clash est un délire pour moi. Je n’ai pas de soucis avec le clash, puisque ça fait partie de la culture Hip Hop. Cependant, je considère qu’il y a une limite à ne pas dépasser : toucher à la vie personnelle. Par ailleurs, je pense que le beef/clash pour la nouvelle génération a pour objectif de faire le buzz.

  • Que pensez-vous de la première édition de « La Cage Urban Music Awards » qui s’est déroulée le 24 février 2019 à la salle Bahnini ?

Je pense que c’est une très bonne initiative. Après, il faudrait qu’il y ait un vrai directeur artistique et une véritable recherche pour le concept de cette cérémonie de remise de trophées. Espérons que les prochaines éditions soient carrées.

  • Vous avez participé au « #Okwaitchallenge », le challenge de freestyle initié par Ouenza. Que pensez-vous de cette initiative ?

Je pense que c’est une très bonne initiative. Ce genre de challenges devrait être plus fréquent. Big Up à ceux qui ont lancé le challenge mais aussi à ceux qui y ont participé.

  • Avez-vous des projets en préparation ? Un titre ? Un album ?

D’abord, je prépare un EP avec Yakuza en mode MBM. Ensuite, mon album solo, qui s’appellera « Gorille », sera lancé début 2020. Quant à Yakuza, il sortira sa mixtape « Tokyo Ghoul » qu’il réserve pour la fin de l’année.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.