Karim Debbar « Je veux impacter positivement la vie des gens » (Partie 1/2)

A travers cet entretien, nous essaierons de mieux connaître Karim Debbar et ses choix. Cette interview sera en deux parties. La première partie concerne l’éducation et la formation de M. Debbar ainsi que son expérience professionnelle jusqu’au départ d’Uber. Quant à la seconde partie, elle concerne l’entrée de Glovo au Maroc et comment elle a réagi face à la crise du Covid 19.

Image de Karim Debbar lors de la conférence-entretien © JCI Rabat Image de Karim Debbar lors de la conférence-entretien © JCI Rabat

Dans le cadre des activités de la Jeune Chambre Internationale de Rabat, le Pôle Affaires de ladite ONG a organisé le 9 mai 2020 une nouvelle édition du Success Story Telling (SST),  qui est une conférence où l’invité (le Success Story Teller) partage avec l’audience son expérience professionnelle, ses anecdotes, sa vision du succès et ses conseils aux jeunes talents.

L’invité de cette conférence était Karim Debbar, D.G. de Glovo Maroc. A seulement 30 ans, M. Debbar a déjà travaillé pour plusieurs transnationales comme Google, Uber et maintenant Glovo.

Après une scolarité à l’école publique, Karim Debbar a obtenu un Bachelor en “Business Administration (Administration des Affaires)” et une certification en “Leadership Development” à l'Université Al Akhawayn. 

Côté professionnel, il a commencé comme “Research Assistant” à Coca-Cola Company. Puis, il s’est orienté vers la stratégie d’entreprise après un stage dans le département “Market Intelligence” de “Procter and Gamble”. Avec “Accenture”, il devient consultant mais en ressort déçu.

Réalisant que la technologie permet d’avoir un réel impact, il postule pour Facebook et Google. Cette dernière compagnie lui confie une mission, celle d’étudier l'extrémisme dans la région MENA. En 2016, il devient General Manager de Uber.

Après le départ d’Uber du Maroc, il contacte Glovo et réussit à les convaincre de la faisabilité de l'entrée de Glovo dans le marché marocain. C’est ainsi que commença l’aventure Glovo et celle de Karim Debbar en tant que D.G. de Glovo.

A travers cet entretien, nous essaierons de mieux connaître Karim Debbar et ses choix. Cette interview sera en deux parties. La première partie concerne l’éducation et la formation de M. Debbar ainsi que son expérience professionnelle jusqu’au départ d’Uber. Quant à la seconde partie, elle concerne l’entrée de Glovo au Maroc et comment elle a réagi face à la crise du Covid 19.  


- Vous n’accordez que quelques courtes et rares interviews et le grand public ne vous connaît pas alors que dirigez une entreprise qui a réussi en moins de deux ans à s’imposer dans le marché de la livraison à domicile. Pourquoi vos apparitions dans les médias sont-elles rares ?  

Concernant mes apparitions médiatiques, je pense qu’il y en a eu assez. Ça m’étonne qu’on me dise que mes apparitions dans les médias sont rares. Il y a eu des interviews à caractère personnel (avec le magazine « TelQuel »), des interviews sur Glovo et des interviews sur des situations spéciales comme celle du Coronavirus (avec « LeMatin », « Challenge » ou encore « L’Economiste »).

Dès le lancement de Glovo au Maroc, mon équipe et moi, voulions mettre notre startup sous les projecteurs plutôt que sur ma personne. De ce fait, on s’est focalisé sur le projet Glovo , son écosystème et son impact social. Je reste un employé de l’entreprise. Je peux être remplacé par quelqu’un d’autre comme je peux passer à autre chose.

- Vous êtes né à Casablanca, mais vous avez passé votre enfance à “Aït Ourir”, dans la région de Marrakech. Pouvez-vous nous en parler?

J’ai vécu dans un petit village du nom d’« Aït Ourir », à 35 Km de Marrakech sur la route de Ouarzazate. Mes parents y avaient emménagé dans les années 80. J’y ai vécu jusqu’à mes 18 ans. J’ai fait ma scolarité à l’école publique, de toute manière il n’y avait pas d’école privée ni de mission française dans la région. De ce fait, je suis un produit purement marocain, un produit de l’école publique marocaine.

En 2008, j’ai obtenu mon Baccalauréat en « Science de la Vie et de la Terre (SVT) ». J’avais un esprit scientifique et cartésien. Cette filière était l’idéal pour moi, le mix qu’il me fallait à l’époque.

- L’une des plus grandes tares de l’école marocaine est l’orientation. Comment vous êtes-vous orienté vers le Business ? Qu’est-ce qui vous a mené vers ce domaine-là ?

Nous sommes tous passé par une période où on voulait être pilote, médecin ou encore professeur. C’était le cas pour moi aussi. En ce qui me concerne, je voulais être pilote. Pour le devenir, il fallait accéder à l’école de formation des pilotes, je devais donc opter pour la filière « Sciences Mathématiques ». Cependant, à un moment donné, j’ai réalisé que je n’étais pas un crac en mathématiques. Du coup, j’ai rapidement abandonné ce beau rêve.

En ce qui concerne le Business, ce n’était pas une orientation qui était préméditée. Je pense que c’est venu avec le temps. Au début, c’était un domaine qui était assez vague pour moi. Par la suite, j’avais assisté à plusieurs conférences sur le sujet. J’avais aussi rencontré des personnes qui ont suivi ce cursus et qui ont partagé leur expérience avec moi. Ça m’avait interpellé. Alors, j’ai commencé à faire des recherches sur le sujet.  

- Vous avez décroché un Bachelor en « Business Administration (Administration des Affaires) » à l’Université Al Akhawayn. Comment aviez-vous vécu cette période à cette université ?

Lorsque j’ai intégré l’Université Al Akhawayn, je voulais suivre un cursus d’ingénieur. Une fois encore, à cause de mes difficultés en mathématiques, j’ai switché vers le Business. Comme ça, je pouvais encore combler les attentes de mes parents.

Ainsi, en 2008, j’ai choisi de faire un « Double Major Bachelor Degree » en Marketing et Finance. En parallèle, j’ai fait plusieurs stages à Al Akhawayn. En 2010, j’y ai travaillé à temps partiel, principalement dans les activités du BDE (bureau des étudiants) de l’université.

- Étiez-vous très actif en matière d'activité para-universitaire?

Je menais de front plusieurs activités para-universitaires. J’étais dans la chorale de l’Université, ne me demandez pas de chanter (rires). Je gérais la Radio et la TV d’Al Akhawayn, qui a été créée en 2008 et qui est toujours gérée à 100% par les étudiants et je travaillais dans le BDE. J’étais surtout chargé du côté événementiel. Le BDE se chargeait aussi de l’orientation des nouveaux étudiants. Ce fut une expérience très riche en leçons.

- Certains cherchent à obtenir plusieurs diplômes. S’agit-il à votre avis d’un choix judicieux ?

Je considère que cela dépend de la personne et de ses objectifs professionnels. Certains considèrent que leurs objectifs professionnels seraient atteints avec un deuxième diplôme, un master, un master spécialisé ou un MBA. En ce qui me concerne, pendant mes années d’étude à Al Akhawayn, j’ai réalisé que ce que je voulais atteindre dans ma vie ne m’obligeait pas d’avoir un autre diplôme. Avec mon Bachelor, je pouvais atteindre mes objectifs.  

Honnêtement, j’avais pensé faire un MBA. Cependant, pour être accepté, il fallait disposer d’un dossier de candidature solide et ainsi avoir une forte expérience professionnelle. De ce fait, la prochaine étape pour moi était d’entrer dans le marché du travail et être exposé à plusieurs industries. C’est pour cela que mon expérience professionnelle est diversifiée. Après plusieurs expériences dans des domaines différents, j’ai choisi ce qui me plaisait le plus. J’ai déterminé les moyens dont j’avais besoin pour réussir dans ce domaine-là et j’ai travaillé sur moi-même pour m’y adapter. 

A Al Akhawayn, vous avez obtenu un certificat en « Leadership Development ». De quoi s’agit-il ?

A l’époque, l’Université Al Akhawayn avait mis en place un « Leadership Institute », un institut géré en interne par des professeurs de l’université qui organisaient des workshops et des séances de Leadership.

La participation à ses séances était très sélective. Dans ces séances, on était exposé à des problématiques et à des situations qu’on pourrait retrouver dans l’exercice de notre métier et avec nos camarades de promotion également. C’était une expérience bénéfique pour moi. J’utilise toujours ce qu’on m’a appris dans cet institut dans mon quotidien chez Glovo.

Je tiens à préciser qu’on ne devient pas leader d’un claquement de doigts avec un diplôme ou un certificat, cela nécessite du temps et de l’expérience. D’ailleurs, je ne prétends pas être un leader. Seulement, cette formation que j’ai suivie m’a fourni des outils pour arriver à gérer mon temps, une équipe ou un projet et arriver à mener à bien une réunion... Etc. Pour minimiser mon stress, je me convainc que Glovo n’est qu’un projet parmi d’autres.

- Vous arrive-t-il de recourir à des formations continues pointues ?

Pendant les différentes étapes de mon expérience professionnelle, j’ai suivi plusieurs formations « On-the-job training ». A ce titre, j’ai eu une formation quand j’étais chez Uber. C’était une formation organisée par la Harvard Business School autour du « Strategic Thinking ». C’était une formation très importante pour moi et qui m’a été très utile dans mon expérience chez Uber.

A part ces formations-là, je n’ai jamais cherché à recourir à des formations continues. Par contre, je suis des influenceurs et des businessmans. Je lis des autobiographies, des Success Story comme celle de Jeff Bezos (patron d’Amazon) ou Steve Jobs (Fondateur de Apple Inc.). Cela m’inspire beaucoup.

- Pendant votre cursus à Al Akhawayn, vous avez réalisé deux stages : un à « Coca Cola Company » et un autre à « Procter and Gamble ». Quel a été l’impact de ces stages sur votre choix de parcours?

Avec « Coca Cola Company », ce n’était pas un stage. C’était plutôt un projet avec lequel on avait travaillé, en collaboration avec l’université Al Akhawayn. C’était un sondage avec les « retailers (les détaillants) ». En d’autres termes avec les épiciers. L’objectif était d’esquisser le profil-type du détaillant, d’étudier son modèle économique et de voir si c’était rentable ou pas. Au final, nous avons préparé des présentations pour le conseil d'administration et les comités de direction de la société.

Dans ce projet, j’étais un « Research Assistant » et j’étais chargé de la région de Marrakech. Ce projet m’a fait découvrir la recherche marketing plutôt orientée vers le marketing opérationnel… En gros, tout ce qui se fait dans le backoffice y compris les analyses… Etc.

Cette expérience m’a conduit tout naturellement à « Procter and Gamble (P&G) », qui est une vraie école dans le domaine et qui a une culture de travail propre à elle, où j’ai travaillé en tant que « Consumer & Market Knowledge Associate Manager ». Là, c’était un stage. Avec « P&G », j’ai travaillé sur plusieurs projets, principalement de la recherche sur plusieurs problématiques de consommation.

Ce poste avait une nature assez stratégique. Ce n’était pas juste de la recherche comme ce qui est fait dans d’autres boîtes. A la fin, on s’est rendu compte qu’on était au centre du Business. On pouvait fournir des recommandations stratégiques à l’équipe commerciale comme à l’équipe marketing. L’objectif final était d’augmenter le chiffre d’affaires. De telle sorte qu’avec cette expérience, j’ai compris que je voulais faire de la stratégie. Ce côté analytique me plaisait beaucoup. 

- Après plus d’une année à « Accenture », vous avez déclaré avoir été déçu par le consulting. Pourquoi une telle conclusion?

Après « P&G », je suis passé à « Accenture », qui est une société de conseil stratégique. On travaillait sur plusieurs projets pour des compagnies marocaines importantes opérant dans plusieurs domaines comme les compagnies aériennes, les phosphates... Etc. C’était un portefeuille assez diversifié. C’étaient des projets mandatés par la direction de la compagnie. On nous demandait d’améliorer leurs opérations. Au final, Ce fut une expérience enrichissante.

Pour des raisons personnelles, j’ai dû quitter « Accenture ». Certes, on travaillait avec plusieurs compagnies importantes mais je n’étais pas vraiment épanoui. J’avais réalisé que je voulais donner du sens à mon travail. Je voulais sentir un impact positif sur la vie des gens. Avec le consulting, l’impact l’était sur le Business.

Après plusieurs recherches, et en lisant sur Google, Facebook et Uber, j’ai trouvé que la technologie avait de l’impact. Lorsque j’ai vu ce que Google a fait en termes d’organisation de l’information, je me suis dit que j’aimerais bien faire partie de cette compagnie et de son équipe parce qu’elle a un impact sur la vie des gens et que cela facilitait leur vie.

- En 2015, Google vous a confié la mission d’étudier “l’extrémisme violent” dans la région MENA. Quel bilan avez-vous fait de cette expérience ?

J’ai fait quelques recherches. J’ai ciblé les compagnies qui m’intéressaient. Et j’ai commencé à passer des entretiens. Malheureusement, j’en ai raté plusieurs. Par la suite, je me suis concentré sur Facebook et Google. Concernant Facebook, j’ai listé tous les postes qui m’intéressaient mais je n’ai pas été retenu. Avec le recul, je pense que j’avais adopté une mauvaise stratégie. En ciblant plusieurs postes, j’avais montré que je ne savais pas ce que je voulais. Ils s’étaient dit que je voulais seulement travailler chez Facebook. Je comprends maintenant pourquoi ils ne m’avaient pas recruté.

J’ai passé un entretien pour un poste qui m’intéressait chez Google. Malheureusement, je ne l’avais pas eu. Mais j’ai gardé le contact avec eux. Quelques temps plus tard, il s’est avéré qu’ils avaient mandaté un centre de recherche à Rabat pour travailler sur « l’extrémisme violent ». Ils m’avaient garanti un budget. C’était de la recherche et je devais élaborer une stratégie. Alors, j’ai sauté sur l’occasion et j’ai travaillé chez eux. Je n’étais pas un employé Google mais j’étais mandaté sur ce projet. Alors, j’ai travaillé avec ce centre de recherche.

J’ai pu réaliser l’importance de ce projet-là. On définissait des stratégies pour des initiatives qui contredisaient « l’extrémisme violent ». En gros, il y avait le narratif de « Daech » et celui d’initiatives (généralement en Europe en raison de son taux d’extrémisme élevé) qui essayaient de contredire le narratif des groupes extrémistes. Notre objectif était de faire monter en compétence ces initiatives avec le bon narratif, les bons messages à véhiculer et la bonne stratégie. On a pu voir l’impact de ce projet. La stratégie proposée a été adoptée. Et on a pu la partager avec plusieurs de ces initiatives.

- Qu’avez-vous gagné dans cette aventure avec Google ?

L’indépendance. C’était un projet que j’avais géré moi-même de bout en bout. Je n’avais pas de chef et il n’y avait pas de suivi quotidien. J’avais mon propre timeline que je pouvais gérer moi-même. Je ne devais reporter que le produit final. On m’a fait confiance. Et j’ai pu relever le challenge.

- En 2016, vous avez intégré Uber en tant qu’“Operation Manager”. Que retenez-vous de votre passage chez Uber ?

Uber est une expérience très chère à mon cœur. J’ai utilisé Uber pour la première fois lors de mon premier jour en tant qu’employé Uber. Avant je ne l’utilisais pas, j’utilisais ma voiture.

Ce jour-là, j’ai commencé à parler aux chauffeurs Uber, qui sont d’ailleurs les mêmes chauffeurs de Careem. C’était intéressant de voir l’impact d’Uber en temps réel. Quelques mois auparavant, ces chauffeurs étaient au chômage. Maintenant, ils travaillent et ils gagnent leur vie. Entre eux, les chauffeurs se disaient qu’ils « contribuaient au PIB marocain ». Ce qui était vrai dans un certain sens. Ils étaient auto-entrepreneurs en vertu de la loi qui venait d’être adoptée en 2016. Sans eux, Uber n’existe pas. Et sans Uber, ils ne pouvaient pas exister en tant qu’indépendants. Chez Uber, les chauffeurs étaient appelés « Partner Driver ». Ils étaient de véritables partenaires.

En tant qu’« Operations Manager », je gérais la partie « Supply Chain » de la flotte Uber. Le conflit avec les taxis compliquait la tâche aux chauffeurs et ça nous empêchait de travailler. En même temps, cela a resserré le lien avec les chauffeurs et une sorte de solidarité était née entre les chauffeurs et nous.

Concernant le « shutdown » de Uber au Maroc, je l’ai très mal vécu. C’était vraiment difficile pour moi. C’était un métier qui me parlait beaucoup, c’est une compagnie qui me « parlait » beaucoup, avec la mission qu’on avait et avec la relation qu’on avait créé avec les chauffeurs. Sans oublier qu’on facilitait la vie des gens aussi.

Selon vous, pourquoi Careem a réussi contrairement à Uber au Maroc ?

Avec le recul, je pense qu’Uber était beaucoup plus ciblé que Careem. De plus, Uber et sa D.G. étaient plus visibles. Ce qui compliquait un peu les choses. Par ailleurs, il y avait la notoriété d’Uber et son historique aussi qui posaient problème. Le lancement d’Uber au Maroc coïncidait avec les problèmes d’Uber à Paris, notamment le conflit avec les taxis.

Uber souffrait ainsi plus que Careem. Il y avait même une menace sur l’intégrité physique de l’équipe. On ne pouvait pas continuer nos opérations au Maroc dans ces conditions-là. On ne voulait pas qu’il y ait des problèmes avec les chauffeurs ni des problèmes avec les taxis. Et on ne voulait surtout pas risquer de nuire aux utilisateurs. Du coup, le départ d’Uber était la meilleure solution à adopter.

- Que pensez-vous du rachat de Careem par Uber au Maroc?

Il s’agit d’une très bonne stratégie. J’étais très content de cette stratégie-là. Ils ont réussi là où Uber a échoué. Careem est une boîte qui a démontré sa force pendant 4-5 ans dans le marché. Careem leur permet ainsi d’être présents au Moyen-Orient. Je leur souhaite bon courage.

A propos de la JCI :

La JCI est une organisation à but non lucratif qui œuvre dans le domaine de la formation et le développement personnel et réalise des projets pour le bien de la communauté.

Créée en 1957, la Jeune Chambre Internationale du Maroc est la première branche de JCI en Afrique et dans le monde arabe.  En 2010, sous l'initiative de Adnane ADDIOUI et d’autres membres, la JCI Rabat a vu le jour. 

En 2020, la Vice-Présidente du Pôle Affaires est Khadija BOUCHAREB, étudiante en Management et étudiante de TEFL. Lien vers son profil LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/khadijabouchareb/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.