EXCLU - «L7a9d» revient sur la scène du Rap avec un nouveau clip (Interview)

Après deux ans de pause, Mouad Belrhouate alias L7a9d, rappeur marocain en asile politique en Belgique, revient avec un nouveau clip et bientôt un nouvel album. Il nous en parle en exclusivité ici avant la sortie officielle : le vendredi 21 juin à 20 heures. L7a9d reprend du poil de la bête.

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Après deux ans de pause, Mouad Belrhouate alias L7a9d, rappeur marocain en asile politique en Belgique, revient avec un nouveau clip et bientôt un nouvel album. Il nous en parle en exclusivité ici avant la sortie officielle : le vendredi 21 juin à 20 heures. L7a9d reprend du poil de la bête.

  • Depuis votre dernier album « M3LM (Men 3oukacha Li Molenbeek - De Oukacha à Molenbeek) » vous avez disparu des écrans de radars. Que s’est-il passé ?

Dès mon installation en Belgique, j’ai travaillé sur l’album « M3LM ». J’avais envie de rapper et d’enregistrer de nouveaux titres. Démontrant ainsi à mon fidèle public que je continuerai à faire du Rap.

Par ailleurs, j’ai vécu une période assez difficile. Je n’avais pas encore mes papiers, je n’étais pas encore installé. Donc, je devais m’installer et trouver mes propres marques dans ce pays, sans oublier que je devais monter un nouveau studio

  • Que faites-vous en parallèle avec le Rap ?

J’ai eu de grandes difficultés pour trouver un logement à Bruxelles. D’abord, parce que je suis étranger. Ensuite, je ne travaillais pas encore et je n’avais pas de caution pour payer le loyer. Enfin, Bruxelles est la capitale de l’Union Européenne et le logement y est excessivement cher. Pour remédier à ce problème, j’ai d’abord squatté dans plusieurs bâtiments. Par la suite, des amis m’ont donné une adresse d’un bâtiment gouvernemental inutilisé que je pouvais occuper. [En Belgique le squat est illégal de par la loi anti-squat adoptée à la mi-novembre 2017 et l’occupation est légale « si un accord est passé entre un propriétaire – privé ou public – d’un bâtiment et un ou plusieurs occupant.e.s, représenté.e.s ou non par une association »[1]]. Six mois plus tard, la commune nous a demandé de quitter les lieux. Cependant, nous avons pu trouver un autre bâtiment et nous avons eu l’accord du propriétaire sous réserve de payer les frais inhérents à notre occupation (Electricité, eau, sécurité…Etc)

Avec des amis, nous avons créé le collectif « Familie 90 ». Plus de trente personnes ont pu loger dans des bâtiments inoccupés. Avec ce collectif, nous avons organisé plusieurs activités dont la projection de films pour enfants. Nous avons développé des activités qui pourraient devenir profitables au quartier : potager, poulailler…Etc. Nous avons fondé un studio alternatif gratuit et disponible sous réservation au préalable et nous avons aussi participé au « Festival Inter-occupations » à Bruxelles. Il est à noter que nous avons aidé, et nous aidons toujours, des personnes sans papiers à trouver une occupation en contactant les propriétaires et en négociant avec eux.

A mon avis, l’occupation de maisons inhabitées, dans ce cadre-là, est une bonne chose surtout pour les plus démunis d’entre nous qui ne trouvent pas où se loger. Par ailleurs, cette initiative est profitable pour le propriétaire. D'une part, il n'aura pas à payer la taxe sur la vacance immobilière, qui oblige le propriétaire d’un logement vacant depuis au moins 1 an à payer 500€/m² de façade/mois. D'autre part, lorsqu'une maison n'est pas habitée, elle se détériore rapidement sans les réparations nécessaires. Dernièrement, un couple d’anarchistes cubains nous a rendu visite. Ils ont apprécié cette initiative. Le jour de leur départ, ils nous ont laissé un petit mot qui est devenu notre slogan : « No more people without houses and no more houses without people (Plus de gens sans maisons et plus de maisons sans gens) »

[1] https://fr.squat.net/2018/01/02/conventions-d-occupation-et-anti-squat-en-belgique/#more-37397

  • Quel a été l’accueil fait à votre dernier album et continue-il à susciter encore des échos ?

J’ai reçu plusieurs bons retours sur cet album et j’en reçois toujours. Certains titres ont eu plus de succès que d’autres comme « Ana riffi (je suis rifain » qui continue à circuler sur les réseaux sociaux. Dernièrement, certains titres sont passés sur « Radio France Inter ».

Avec cet album, j’ai fait plus de 30 scènes en Europe : en France, en Espagne, en Belgique, en Allemagne, en Grèce, en Suède et au Danemark. Après cela, j’ai fait une pause. Durant celle-ci, j’ai reçu plusieurs invitations pour monter sur scène, mais je voulais prendre du recul, me reposer et me ressourcer.

  • Que représente Bruxelles pour vous ?

Je n'ai pas choisi de m'installer à Bruxelles. J'y suis venu par hasard. Par la suite, je me suis renseigné sur l'histoire de cette ville et sur son architecture que j'apprécie par dessus-tout. Bruxelles est devenue ma deuxième ville après la ville de Casablanca (Maroc). Bruxelles est ma ville par adoption.

Dans le cadre d'un projet de vinyle lancé par le cabinet du Ministre des affaires Bruxelloises qui promeut la diversité musicale dans la capitale et qui rassemble, entre autres, des artistes tels qu'« Angèle » et « Arno », j'ai dédié une chanson à la ville de Bruxelles, « Brouxl'»  produit par mon acolyte « Looka Loopa ». Démontrant ainsi mon amour pour la ville de Bruxelles.

  •  Quels sont vos projets immédiats ?

Pendant cette pause qui a duré plus de deux ans, j’ai continué à travailler ma musique avec « Looka Loopa », artiste visuel, photographe, réalisateur et beatmaker belge. Après avoir sorti le clip « Raka Taka », qui a été réalisé par « Looka Loopa », nous avons continué à travailler ensemble. Nous avons produit plusieurs titres. Parmi ces projets, j’ai choisi de dévoiler « Walio », un clip qui sortira demain en fin de soirée.

  • Quel est signification du titre de ce clip ?

« Walio » est un mot d’origine napolitaine. « Walio » pour les hommes et « Walione/Waliote » pour les femmes. C’est une manière populaire d’appeler quelqu’un en napolitain. C’est l’équivalent des « gars » en français ou « drari » en arabe dialectal marocain.

  • Comment est venue l’idée de faire ce clip ? Quels sont les sujets qui y sont abordés ? Quelle a été l’équipe qui l’a réalisé ?

Avec « Looka Loopa », nous avons produit plusieurs titres, mais on ne savait pas lequel nous allions publier en premier. Après avoir enregistré ce titre, nous avons su que c’était celui qu’on allait dévoiler. C’est le premier clip où je rappe en français. Il y a un début à tout.

Dans ce clip, je parle de solitude, de drogue et d’espoir. Ce clip parle d’une personne profondément déprimée qui a un besoin vital d’espoir. Cet espoir, il le trouve chez sa mère. Il raconte à sa mère ce qui se trame dans sa tête et lui parle de ce qu’il n’aime pas dans le monde actuel.

Ce clip a été réalisé par « Looka Loopa » et a fait appel à deux danseurs de talent : Lionel Zalachas (France) et Andressa Corso (Brésil).

  • Comment est née votre collaboration avec « Looka Loopa »? Vous avez dit qu’il s’agit d’une rencontre décisive. En quoi l’est-elle ?

Au tout début, « Looka Loopa » a regardé « Walou », un clip que j’avais produit. Il m’a contacté par l’intermédiaire d’une amie. Nous nous sommes rencontrés et on a appris à se connaître. Nous avons travaillé le clip « Raka Taka », issu de mon album « M3LM ».

Par la suite, j’ai eu recours à lui pour des prods et des instrus. Il m’a donné un dossier qui contenait plusieurs prods qu’il avait composés en 2009. Et j’ai rappé sur plusieurs instrus dont « Ana riffi », qui fait partie de l’album « M3LM ». Il avait apprécié cela. Une année plus tard, nous avons repris contact. Il m’a fait écouter une instru qu’il avait composée. En l’écoutant, je me suis dis que c’était ce que je voulais.

Durant cette période, je me suis remis en question, musicalement parlant. Je ne voulais pas refaire toujours les mêmes choses et je ne voulais pas suivre la vague de la Trap. Je respecte tous les rappeurs qui font de la Trap, mais je trouve que c’est la même musique et les mêmes paroles qui se répètent. Je cherchais du nouveau et c’est ce que j’ai trouvé chez « Looka Loopa ». Chaque semaine, je passais à son studio. Il me donnait des prods, j’ai écrit et j’ai rappé dessus. Entre moi et « Looka Loopa », nous avons dépassé la simple relation professionnelle ou même amicale. Je considère qu’il fait partie de la famille.

Ma rencontre avec « Looka Loopa » m’a permis de mieux m’exprimer en français. C’est un honneur pour moi de travailler avec une personne comme lui. Il a travaillé avec Céline Dion et avec Franco Dragone, son père, est un des fondateurs du « Cirque du Soleil » au Canada.

  • Un album est-il en préparation ?

Avec « Looka Loopa », nous avons hésité entre sortir un EP ou un album. Finalement, nous avons opté pour un album qui comportera plusieurs surprises dont des featurings avec des rappeurs marocains. Entre temps, nous allons sortir plusieurs clips.

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