Hades : «Le Rap est une question d'intuition, de feeling et d’oreille musicale»

Très rare dans les médias, Hades se confie à nous sur la prod, le Rap et bien d’autres choses.

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Wassim Karaki alias Hades [dieu des morts et maître des Enfers dans la mythologie grecque], né le 14 août 1997 à Mohammédia, est un producteur et compositeur marocain de père libanais. Il commence la composition à l’âge de 16 ans. Après une collaboration de plus d’une année avec « Loud Gang », groupe de rappeurs canadiens, il enchaîne les collaborations avec des artistes internationaux. Très rare dans les médias, Hades se confie à nous sur la prod, le Rap et bien d’autres choses.

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  • Vous êtes libano-marocain. Que représente le Liban pour vous ?

Je suis marocain de par de ma mère. Ainsi, j’ai pu bénéficier d'une éducation marocaine, mais également libanaise par mon père.

  • De quel pays vous sentez-vous le plus proche musicalement ?

Je ne peux prétendre préférer une culture à une autre. J'appartiens entièrement à ces deux pays forts de leur richesse culturelle et historique. Par ailleurs, j’ai pu réaliser grâce à cette mixité, que comme en art, il n’y a pas de frontières ni de préférences, mais c'est plutôt une synergie et une synthèse qui se créent.

  • En 2013, vous avez commencé à composer. Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir producteur ?

Grâce à mon entourage, j’ai baigné dans un milieu artistique. Ma mère organisait des expositions d'art et mon père était artiste-peintre et sculpteur. En outre, je suis toujours resté ouvert aux inspirations musicales et culturelles du monde.

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A 15 ans, ma fascination pour l'art et ses multiples messages et perceptions m’a poussé à vouloir partager ma vision du monde et mon langage propre avec les autres et de transmettre tout cela à travers la musique.

  • Y a-t-il un événement particulier dans votre cursus scolaire qui vous a orienté vers le Rap et la Prod ?

En ce qui me concerne, tout a été une question d'intuition, de feeling et d’oreille musicale. Je n’ai donc jamais eu recours à un cursus scolaire ou à un apprentissage de la musique.

  • Comment ont été vos débuts sachant que vous avez commencé la Prod à l’âge de 15 ans ? Et comment avez-vous appris le mixage, le mastering et la Prod ?

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J’ai eu un parcours d'autodidacte indépendant. J'ai donc appris par moi-même sur différents logiciels et en m'appuyant sur des tutoriels sur Internet. Par la suite,  j'ai  publié certaines de mes compositions sur YouTube sans trop me prendre au sérieux au départ. Trois mois plus tard, un rappeur canadien m’a contacté, surpris de voir un jeune homme marocain, âgé d'à peine 15 ans, créateur d’un tel travail. Une collaboration entre nous s'en est suivie sur une période d'une année. En plus de la motivation que cette expérience m'a apportée, cela m'a ouvert les portes vers l'international et m’a mis en relation avec plusieurs rappeurs comme « GBE » (l’ancien collectif du « Chief Kief »).

A mes débuts, YouTube a joué un rôle majeur sur mes premières prises de contacts et mes collaborations avec les autres. Néanmoins, YouTube n'a un facteur déclencheur unique. A 17 ans, j'ai eu l’opportunité de professionnaliser ma passion en intégrant une industrie musicale  par le biais d'un contrat d’édition chez « Sony FR ». Ceci m'a permis d'avoir un accompagnement managérial, une inscription à la SACEM [Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique] et des placements d'artistes français tels que Mister You, RIM’K-NINHO...

  • Vous étiez encore mineur lorsque vous avez commencé la Prod. Cela a-t-il entravé votre travail ?

Bien au contraire, mon jeune âge m’a permis de créer l'engouement et la surprise. Cela a poussé certains artistes à prendre contact avec moi pour des collaborations.

En même temps, cela donne l’occasion de faire un clin d'œil aux jeunes potentiels marocains.

  • Où commence et où s’arrête le métier de producteur ?

La production commence là où l'inspiration surgit. Cela commence par la création musicale d'instrumental. Dans mon cas, c’est le processus d’accompagnement de l'idée créatrice de base jusqu’au lancement du projet fini. 

  • La Prod est-elle une affaire de vocation pour le business ou d’intuition artistique pour repérer les talents ?

A mon avis, la production est une question de ressenti, d'ouverture sur soi et sur autrui. Nous sommes loin d'une simple affaire de business, mais on ne peut faire l’économie de la logique du business. Il est vrai, on peut être doué ou talentueux, mais le don et le talent sont comme des diamants qui ont besoin d'être polis afin de révéler leurs plus beaux attributs.

  • Il y a déjà beaucoup de studios de Prod au Maroc. Cela nous permet-il de parler déjà d’une industrie de la musique et du Rap au Maroc ? Sinon, quels seraient les éléments indispensables pour parler d’une industrie du Rap ?

Il est vrai que énormément de studios se sont créés ces dernières années au Maroc, ce qui ne peut être que bénéfique et encourageant. Cela prouve qu’il y a une reconnaissance pour cet art. Cependant, nous ne pouvons pas encore parler d'une industrie de la musique à proprement dit, car nous manquons d'organisation. Une structuration du Rap en tant qu’art à part entière, la gestion d'artistes, la distribution et jusqu’à l'ouverture sur l'international, pourront aider à développer ce secteur pour en faire une vraie industrie musicale.

  • Pourquoi avez-vous choisi « Hadès » comme nom de scène ? Cet emprunt révèle-t-il votre fascination pour la mythologie grecque ?

Dans ma prime jeunesse, j’étais été intéressé par la civilisation hellénistique [gréco-égyptienne] en raison de sa richesse littéraire, la beauté de ses récits, son architecture et sa mythologie. Dans la mythologie grecque, Hadès était le frère de Zeus [le dieu de l’Olympe]. C’est l'histoire d’une dualité entre la lumière [Zeus] et l’ombre [Hadès, dieu des enfers]. 

Ayant pris l'habitude de puiser mon inspiration dans la « darkness », j’en suis venu à m’identifier à Hadès.

  • Comment est née votre collaboration avec ElGrandeToto ?

Ma rencontre avec Toto s’est faite grâce à ma collaboration avec Hoofer. Par la suite, certaines entrevues à Mohammedia s’en sont suivies et une bonne synergie s’est construite entre nous deux. Ainsi, plusieurs projets sont nés. Grâce à son nouveau titre « PABLO », Toto a été redécouvert par le public.

  • Quels sont les logiciels que vous utilisez le plus souvent dans la pratique de votre métier ?

J’utilise surtout le logiciel « FL Studio ».

  • Combien coûte la production d’un single et celle d’un album ?

Il y'a plusieurs moyens de financer la production en partenariat ou non avec des sponsors. En ce qui me concerne, je me base sur des fonds propres, des collaborations « B to B », en plus de la promotion sur les réseaux sociaux.

  • Pourquoi êtes-vous si rare dans les médias ?

Je me suis retiré il y a quelque temps des médias. J'avais besoin de prendre du temps pour me ressourcer et renouveler mes sources d’inspiration. Par ailleurs, cela m’a permis de me consacrer entièrement à ma passion et à mes projets à venir.

  • Que pensez-vous de la première édition de « LaCage Urban Music Awards »où vous aviez été nominé dans la catégorie meilleur producteur de l’année ? Et que pensez-vous de « LaCage », le premier média urbain indépendant au Maroc et de son apport au Rap marocain ?

Big up à « LaCage ». C'est une bonne initiative et une bonne expérience comme espace social dédié au Rap. Malheureusement, au Maroc, nous manquons de suivi, de soutien et de solidarité pour faire entendre la voix et la sagesse artistique.

  • Que pensez-vous du paysage du Rap au Maroc ?

Je suis agréablement surpris par l'effervescence créé par le Rap marocain ces quatre dernières années. Cela est la preuve tangible que le talent est bel et bien présent et ne demande qu'à être encadré et accompagné.

  • Y a-t-il des artistes marocains et/ou étrangers avec lesquels vous souhaitez collaborer ?

J'avance dans la vie au feeling. Je n’ai donc pas de préférence particulière. Je reste néanmoins ouvert à toute collaboration pertinente.

  • Vous avez annoncé que vous préparez un titre avec Mobydick. Pouvez-vous nous en parler ?

En effet, j’ai des projets en cours avec Mobydick que je considère comme l’un des piliers du Rap marocain. Travailler avec lui a été une rencontre décalée où nos folies respectives se sont bien exprimées. Cela a permis de créer une parfaite synergie entre nous. La qualité des rendus en témoigne. Le premier extrait va faire très mal !

  • Avez-vous des projets en préparation ?

Si je me suis retiré des médias, comme je l’ai dit plus haut, c'était pour me consacrer à ma passion : la musique. 

En ce moment, j’ai plusieurs projets en cours notamment au Maroc avec Lferda, Sipo, INKO, Mobydick, Moro, mais également en France avec RIM’K, Mister You, DTF et pleins d’autres surprises, sans oublier mes propres artistes : LIRIS et ILAY.

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