Objets intelligents versus Citoyens intelligents

Le déploiement des compteurs Linky à partir de janvier 2016 nous interroge sur l'utilisation sans retenue des objets connectés. Face à cette "intelligence" imposée et supposée, quand on nous annonce que le salut passe par l'algorithme et la complexité sans changer pour autant nos modèles de consommation, il y a lieu de s'interroger. Lettre ouverte aux élus de ma commune.

Monsieur le maire,
Mesdames et Messieurs les adjoints et conseillers municipaux,


Voici venu le temps des compteurs intelligents, pour le plus grand bien de l'EDF.

Dans un pays où l'on brandit les droits de l'homme et la liberté, il me semblait évident de pouvoir choisir la façon dont je souhaite transmettre mon relevé de consommation et avoir un mot à dire sur le choix de mon cadre de vie.

Technicien informatique de profession, je ne cultive pas d'allergie à l'égard de la technologie; je crois en connaître un peu l'utilité, les avantages mais aussi les dangers. Je ne suis pas né sous le signe du PAN, du BYOD ou de la République communicante; même si j'en reconnais certains bienfaits, je regarde les objets connectés avec de la prudence. Et ce, pour plusieurs raisons.

1 – Mon casier judiciaire est vide; aucune justification ne m'impose d'habiter dans une cage électronique.

2 - Je n'ai pas envie de faire les frais de décisions ubuesques. Est-ce un choix intelligent d'utiliser tous les objets intelligents qui s'accumulent ? Pour contrôler ma consommation électrique, n'est-il pas plus adéquat d'adopter un comportement responsable plutôt que de s'en remettre aux sirènes du temps réel et du monitoring. Quand ce n'est pas l'impôt qui subventionne ces choix, la charge en revient au consommateur. Ces technologies induisent une fuite en avant des dépenses au profit du profit, pas celui de vos administrés.

3 – Il y a longtemps que je ne me fais plus d'illusion sur l'aspect économique ou le respect de la vie privée, mais dans le domaine de la santé de vos concitoyens, nous aurions pu nous attendre à la suprématie du principe de précaution. Or, devant la machine lobbyiste, le principe de guérison fait loi.

On pourrait concevoir les choses autrement. Avec une République plus fraternelle, où l'éducation à l'intelligence viendrait en contrepoint de la recherche du gadget.

Le compteur Linky ou autres compteurs auto-relevables pour l'eau ou le gaz, le téléphone portable, wifi ... augmentent d'une façon exponentielle notre exposition aux ondes électromagnétiques. Toutes les institutions sérieuses nous mettent en garde sur leur utilisation intensive ou l'exposition prolongée à leurs radiations. En France, les taux sont supérieurs à ceux préconisés par l'Europe. Déjà le gouvernement avait été interpelé lors de la mise en place des antennes GSM pour les téléphones portables et l'on poursuit dans la même erreur.

Faut-il mieux guérir que prévenir ? Continuer de prendre les scientifiques internationaux qui ont participé au rapport BioInitiave 2012, ceux de l'OMS ou d'autres institutions indépendantes (CRIIREM, NEXT-UP.ORG, ROBIN DES TOITS, etc...) pour une bande d'hurluberlus dont le seul but serait de jouer les oiseaux de mauvaise augure réfractaires au progrès ?

Faut-il encore "cliver", différencier ceux qui souffrent d'électrosensibilité, ceux qui n'en souffriront jamais et ceux qui n'en souffrent pas encore ?

Et comme si l'invasion des ondes ne suffisait pas, le compteur Linky nous agrémente d'un CPL voué à venir contrôler nos appareils électriques, occasionnant l'augmentation des rayonnement induits par les courants porteurs.

Imposer ceci à vos concitoyens est une forme de terrorisme. Oui, ce monde me terrorise : pas celui des barbaresques, mais celui du quotidien propre à notre société où l'on mise tout sur une technologie galopante à en perdre éthique et sens des valeurs.

Compter sur les générations futures pour assumer les conséquences des bombes à retardement que nous leur léguons, faire ce pari d'un avenir plus intelligent pour justifier une politique de l'immédiat n'est ni raisonnable ni acceptable.

Il serait pourtant judicieux de prendre la mesure du risque et de communiquer véritablement, régulièrement sur une utilisation raisonnée de ces appareils : sensibiliser sur les dangers d'une exposition prolongée aux ondes électromagnétiques (wifi, Bluetooth, GPS, GSM ...), donner des indications sur une utilisation éclairée du téléphone portable. Faire de même avec les box wifi qui inondent nos appartements : donner la possibilité d'éteindre la wifi par un simple interrupteur.

Il y aurait tout à gagner en développant une société instruite et responsable. Pas de la publicité bruyante, mais de l'éducation pour tous les âges. Ce n'est pas dans les tuyaux, pourtant c'est votre rôle.

Être élu est certainement une tâche difficile. J'imagine aisément les charges quotidiennes que ces responsabilités imposent. En matière de pollution, tout reste à faire. Prendre en compte les évolutions technologiques est essentiel, mais ce compteur ne s'inscrit aucunement dans la transition énergétique. Quand on voit la façon dont la décision de rendre ces appareils obligatoires a été débattue, il y a véritablement lieu de se poser des questions sur l'honnêteté intellectuelle des décideurs (Question de Madame Laurence Abeille - Commentaires de Pierre Le Ruz, président du CRIIREM)


Pour ma part, j'ai envoyé une une lettre de refus à l'EDF. Légale ou non, elle est légitime. Concrètement, je me trouve confronté à un problème : pour éviter les ondes diffusées via le circuit électrique de mon habitation, je dois me tenir à 2,50 m des murs. Habitant une maison dont la largeur des pièces n’excède pas 5 m, je peux désormais vivre en toute tranquillité en leur centre. Et si même on accédait à ma demande de ne pas installer ce compteur, je ne m'en satisferais pas car le dispositif est aussi nocif à l'extérieur que dans les habitations. Et qu'en est-il de ceux qui habitent en appartement ?


Aussi, je vous demande de sursoir à ce déploiement.


Merci de l'attention que vous porterez à ce courrier.


Un habitant de Bordeaux

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