HIDALGO , VALLS, SIONISME, ANTISIONISME :UNE FOIS DE PLUS

HIDALGO , VALLS, SIONISME, ANTISIONISME :UNE FOIS DE PLUS
Mme Hidalgo s’exprime devant le CRIF : elle tente – mais elle-même a beaucoup de mal- de dénoncer l’ « antisionisme » qu’elle assimile comme M.Valls à l’antisémitisme ; sa déclaration est une honte . Il n’y aurait pas besoin d’en dire plus si tous les médias ne reprenaient pas la chanson : antisionisme , antisémitisme etc….
Le seul fait que Mme Hidalgo s’exprime ainsi devant le CRIF la disqualifie . Le CRIF est devenu l’appendice de la propagande de la politique israélienne et nord-américaine et ne s’en cache pas ; le propos – si on peut parler de propos- de Mme Hidalgo couvre donc la politique israélienne actuelle . Et il en va de même de M Valls ce qui ne saurait étonner personne.
Reste que ces sujets sont embrouillés à l’infini ; ce qui suit vise à jeter quelque lumière.
Peut-on parler « du sionisme » ? Dites moi quel rapport y a-t-il entre les déclarations de Netanyahou , de Liberman, d’Ayelet Shaked d’une part et celles  de Uri Avnery , de Gidon Lévy ( voir ultérieurement la traduction de son article dans Haaretz hier ) , et même de Ari Shavit (voir :https://blogs.mediapart.fr/tchapaiev/blog/200817/le-terrible-argumentaire-d-un-ecrivain-israelien-sioniste-d-aujourd-hui-partie-ii) d’autre part ? « Le » Sionisme n’existe pas. Appelons ça idéologie si vous y tenez, mais parfaitement composite. Sa tendance d’extrême droite appelée révisionniste par les « fondateurs » eux-mêmes a le dessus en Israël depuis plus d’une décennie mais ce n’est surement pas une raison pour traiter « du » sionisme comme un bloc.
Je précise une fois de plus que non seulement je ne suis pas sioniste quel que soit son courant idéologique, mais je considère cet ensemble composite comme extrêmement dangereux. Le combattre se mène d’une autre façon qu’en se déclarant « antisioniste » même si j’ai de nombreux amis pour qui cette expression ne revêt aucune ambigüité : il s’agit pour elles et eux avec un mot de combattre la politique israélienne actuelle.
Il n’existe et ne peut exister aucune définition univoque du sionisme en dehors du mythe du « peuple juif » et de quelques autres dont Shlomo Sand a fait litière de façon définitive. Par conséquent, selon moi, « antisionisme » ne peut être qu’aussi ambigu que son contraire. Il l’est dans les faits. On y reviendra.
Quant à l’antisémitisme c’est une autre affaire : l’antisémitisme est UN BLOC ; quelles que soient ses prétendues motivations, il repose sur la « haine des juifs » parce qu’ils sont juifs.
La confusion entretenue entre antisionisme et antisémitisme est donc un pur scandale. Mais dire cela n’épuise nullement la question.
Les personnalités israéliennes citées plus haut sont TOUTES attachées à l’existence de l’Etat d’Israël ; mais c’est tromper et se tromper que de s’arrêter à ce constat ; même à cet égard, il n’y a aucun rapport entre les deux groupes ; l’existence et la légitimité de l’Etat d’Israël ne sont PAS inconditionnelles ; elles proviennent de Résolutions de l’ONU que dans sa déclaration d’Indépendance Israël s’est engagé à respecter . C’est aussi le sens des déclarations successives de Y Arafat sur la légitimité de l’Etat de Palestine. Pour le gouvernement israélien actuel, ces conditions n’existent pas ; elles existent et sont centrales pour les sionistes que sont Avnery, Lévy , Shavit et beaucoup d’autres .
Il en résulte que sous la bannière de l’ « antisionisme » on fait un cadeau inespéré aux porteurs de la politique israélienne actuelle et avant toute chose , on piétine et méprise les forces qui dans une grande diversité la combattent . C’est la première raison pour laquelle « antisionisme » ne résume rien du tout et participe davantage du confusionnisme que d’autre chose.
La seconde tient au FAIT, que des années durant, la politique soviétique et celle de ses alliés du « bloc socialiste » firent de l’ « antisionisme « un drapeau pour tout ce qui concernait le Proche Orient ; je ne crois pas utile de souligner que sous ce drapeau se développa un antisémitisme d’Etat .
L’Urss s’étant évanouie, on peut penser que ce rappel est simplement un souvenir passéiste, ce qui est faire bon marché de la sensibilité de milliers d’êtres humains qui ne pensaient pas , à bon droit , avoir à supporter les conséquences de « ce rappel du passé » . Ce n’est surement pas le plus important.
La troisième raison, la plus importante, est que ce prétendu débat sémantique occulte la politique, purement et simplement .
Nous en discutâmes hier soir : à ma surprise, un ami très proche dont pas une épaisseur de papier à cigarette ne me sépare, explosa devant mes rappels historiques ; sans doute prit-il ces rappels pour une sorte de plaidoyer pour des circonstances atténuantes vis-à-vis de la politique israélienne. Il poursuivit en pensant me révéler un climat terrifiant dans les lycées et collèges et ajouta : il n’y a au monde qu’un seul Etat qui se permette ce qu’Israël se permet ; il est normal que toute une jeunesse qui subit déjà les discriminations en tout genre s’identifie …..je fus sans voix je dois le dire .
Israël est le seul Etat qui se permette etc… ; mais est-ce atténuer sa responsabilité que de souligner que cet Etat qui est seul à se permettre …. a des COMPLICES ?Usuellement , il n’y a pas de confusion possible entre l’auteur et les complices (et on verra prochainement ce qu’en dit Giddon Levy – je ne crois pas pouvoir imaginer écrire avec cette force - ) mais dans le cas d’espèce cette complicité crée l’occasion du crime . Elle la crée de façon répétée. Qui en France soutient cette politique à bout de bras fût- ce en émettant des murmures susurrés ? La droite française avec diverses nuances est vent debout partout : croit-on un instant que ce soit par « électoralisme » ? Il en est grosso modo de même des droites européennes ; les extrêmes droites auront leur paquet plus loin et il en est de même – et de quelle façon – des forces les plus réactionnaires des Etats Unis d’Amérique. Electoralisme ? Allons ! La politique israélienne s’est progressivement placée aux avant -postes du libéralisme le plus agressif ; les droites de l’Union européenne applaudissent ; en France en outre casser de l’Arabe est une seconde nature et les guerres coloniales ne sont toujours pas digérées. Voilà pourquoi votre fille est muette. Si je n’ai rien dit des socialistes en particulier en France c’est que ce serait leur faire trop d’honneur que d’en parler. Et là aussi les relents des guerres coloniales ont leur empreinte dont M Valls est le plus évident représentant (le discours sur les « blancos » s’est recyclé ) ; cette complicité qui conduit non seulement à laisser faire mais à continuer et poursuivre une collaboration criminelle dans les domaines de l’armement et de la politique sécuritaire baptisée lutte contre le terrorisme est l'égale du crime . La politique israélienne ne pourrait se poursuivre une demi-seconde sans cette COMPLICITE. Pourquoi l’oublie-t-on ? Pourquoi n’y pas insister ? En ce sens, je me répète , ce conflit n’est pas israélo- palestinien mais mondial . Salah Hamouri croupira en prison dans le désert et il en sera de même de Marwan Barghouti et de milliers de prisonniers politiques palestiniens à cause de CETTE COMPLICITE. Personne ne peut comprendre que CETTE COMPLICITE ne soit pas la cible principale des forces progressistes françaises et qu’on en reste à ce globiboulga sionisme- antisionisme.
Quant à l’extrême droite dont les fondamentaux n’ont pas changé et dont s’accommode parfaitement les dirigeants actuels d’Israël , il s’agit en enrichissant leur « patrimoine » sanglant de se battre par procuration en « soutenant » les Arabes jusqu’au dernier juif ou vice versa.
J’arrête ici ; mon ami poursuivit : « si les choses continuent , il ne sera pas possible d’éviter une catastrophe pour Israël même » ; une sorte d’Armageddon limité et vengeur en somme ; il a peut-être raison ; le pire est possible ; mais c’est à coup sur contribuer à le produire que de ne pas faire la clarté POLITIQUE sur les enjeux .Ce qui incombe aux progressistes français et dans l’Union Européenne est l’action politique pour le plus large rassemblement d’opinion en vue d’un règlement pacifique , négocié et durable au Proche Orient fondé sur l’ensemble des résolutions de l’ONU . Polluer les possibilités de CE rassemblement a conduit et conduira à demeurer des spectateurs en rage et impuissants.
J’arrête ici ; un livre dont l’ignorais la publication proche est annoncé sur le même thème par Dominique Vidal ; il dira d’autres choses sans aucun doute et je n’ai pas la fatuité de comparer à lui ; cela n’implique pas que je l’approuve d’avance.
PS : Au moment où ces lignes étaient écrites je lus un grand entretien de Leila Shahid ; j’en parlerais bientôt.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.