Temporalité révolutionnaire

revolution tunisie

En temps normal, la situation politique tunisienne ressemble à un éléctrocardiogramme plat. Et puis, tout à coup un événement survient, qui fait accélérer le coeur de la vie politique et sociale du pays pendant quelques jours et parfois avec ambition quelques semaines.


Retournez en arrière, vous constaterez ce phénomène. Dernier avatar en date : le mouvement Rahil initié en réaction à l'assassinat de Mohamed Brahmi dont le double objectif était la démission du gouvernement et la dissolution de l'assemblée constituante.


Ces manifestations surtout concentrées autour du siège de l'assemblée au Bardo ont occupé le terrain médiatique et celui de l'attention des tunisiens pendant toute la dernière partie du ramadan. Un ramadan, du coup, très particulier mais finalement en cohérence avec les heurts et les apaisements de notre vie citoyenne.


Aujourd'hui, c'est le calme plat. Le gouvernement est toujours là. L'assemblée, je ne sais pas, et si on est obligé d'aller demander à sa moitié, à ses collègues ou aux chauffeurs de taxi si il y a encore du monde au Bardo, c'est que visiblement il ne se passe rien. Du calme, de la tension, du calme, de la tension : je ne sais pas si c'est l'ordinaire de la temporalité révolutionnaire, des pays normaux ou si c'est une exception tunisienne ?


Mais bon, cette espèce de pause assez étonnante en regard de la cause motrice, de la situation du pays et en particulier de la situation du secteur essentiel du tourisme a de quoi paniquer. Elle veut dire, que hormis des à-coups, dont nous attendons le dénouement, rien aussi loin que nous pouvons l'imaginer ne viendra créer un régime, des règles et des habitudes de gouvernance qui assureront la continuité de la nation tunisienne.


Vous me comprenez ? Ce que je veux dire, c'est qu'aucune maturation de la situation ne permettant la prise à bras le corps des problèmes du pays, on se retouve toujours et encore dans une sorte de confort mou allongé sur un calme apparent sans que les failles n'aient été comblées. Ou autrement dit, la Tunisie attend son nouveau dictateur.


Personne ne veut trancher, personne ne veut s'exposer. Faire l'autruche quand la prospérité est là ne pose pas trop de problèmes. Quand les institutions structurent le pays depuis très longtemps comme en Belgique, ce n'est pas trop grave non plus. Mais lorsque le pays est au bord du dépôt de bilan et que les institutions sont très récentes et non encore gravées dans le marbre, que risque-t-il se passer ?
La tentation du retour à l'ordre comme clotûre d'une parenthèse qu'on a vite de désigner comme un épisode pour rien est grande. Qui sait, si il n'y a pas des esprits en Tunisie ou ailleurs qui font actuellement des combinazione pour prendre le pouvoir et donner corps à ce besoin d'une représentation forte de l'executif.


Comme dirait l'autre, il ne faut jamais dire fontaine. Rien, ni dans l'histoire, ni dans les fondamentaux de la société tunisienne ne peut nous prémunir d'un retour à l'autocratie, au népotisme, aux arrestations arbitraires et à la corruption à grande échelle. Car tous ces travers n'étaient rien d'autre que le pis-aller ou la récompense consentie à celui qui nous préservait de la tentation de penser et d'être libres.

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