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Je ne sais pas comme le théoriser mais je pense qu'il y a quelque chose à penser du côté de cette mise en abîme permanente que constitue le petit monde de la télé-réalité. Et plus précisément de cette quête du projecteur par les personnages crées par ce type de programme. Une réflexion philosophique, sociologique qui porterait sur ce narcissisme et ce qu'il dit de notre relation à l'image, aux médias, bref à cette identité nouvelle qui se nourrit d'une sorte de mixture entre la télévision et internet.

Le cas Nabilla est à cet égard intéressant. Car plus que d'être connu, il me semble, que ce personnage incarne une étape ultérieure du processus, qui est dans la question "comment le rester"? Si les pionniers ou plutôt les premiers cobayes ont disparu des radars ou n'ont brillé que de leurs tentatives pour faire des come-back ( Loana, Jean-Pascal et consorts) , Nabilla fait partie de ces "stars" de la télé-réalité qui cherchent à durer, autrement dit à tirer profit de leur vedettariat en tâchant de trouver un deuxième souffle.

Comment faire ? Eh bien comme une marque, il faut faire des coups. La marque, si elle a de bons marketeurs ou de bons communicants, va fabriquer un scénario de production d'informations autour de son nom. Publicité classique, buzz marketing.... Normalement, tout cela est écrit à l'avance, daté et pensé dans ses répercussions.

Le personnage de télé-réalité est donc voué à s'objectiver de la même manière. Si il est bien entouré, la stratégie pourra parfaitement ressembler à celle des grandes marques, sinon il fera comme il peut. A sa portée, les outils du web que sont les réseaux sociaux, formidable caisse de résonance de n'importe quel fait, même aussi insignifiant qu'une photo.

Et donc Nabilla de publier sur Instagram une photo d'elle où contrairement à la coutume, elle n'était pas en tenue légère avec poitrine démonstrative en avant. Objectif atteint, puisque la presse en ligne spécialisée dans ce qu'on appelle les people, en fait des tonnes sur une probable intervention de chirurgie esthétique destinée comme pour une autre people célèbre à réduire le volume des seins, entendez par la à faire retirer ses implants.

Il y a donc une presse et un public prêts à parler de ça. Ce ça, c'est le subjectif, le contingent, le détail qui par un déformation étonnante de notre temps est promu au rang d'événement. Du côté de celle qui poste la photo, c'est un succès, il y aurait une théorie à faire du bruit médiatique généré par ce type de gestes. Le succès, c'est qu'on en parle et qu'on en parle beaucoup. Mais ça ne suffit pas. Le succès, il est aussi dans le fait que l'on puisse s'interroger sur le sens du geste. Voici une performance : à la connotation classiquement scientifique de la notion d'hypothèse s'ajoute une extension d'usage que l'on trouve dans la formulation des rédacteurs qui rendent compte du geste : Nabilla veut-elle casser son image de bimbo et faire un retour au naturel ?
Mieux : Veut-elle se présenter comme elle est ou s'agit-il d'une stratégie pour se faire apprécier du public ?

Ne rigolez pas ! Si les gens qui rédigent du texte sur ces hypothèses ne sont pas dupes, il semble bien que certains de leurs lecteurs le soient. De toute façon dans la discussion du sens du geste et dans la discussion de sa futilité et du jeu de ces pseudos vedettes, il y a un gain d'existence, une épaisseur supplémentaire de vie qui est bonne à prendre.

Peut-être que cet homme politique n'est pas vertueux ? Peut-être qu'il n'est pas courageux et que l'événement qui nous l'a fait croire a été fabriqué ? Mais en attendant il y a une couche de vertu et une couche de courage qui a été posé sur ce tableau et cette sorte d'analogon de l'individu qu'est son image médiatique. Alors, nous méprisons un peu ces fantoches. Certes. Mais je crois qu'ils fabriquent à leur manière le genre d'individus que nos sociétés s’apprêtent à créer et à mettre en avant.

Des êtres d'images et pas seulement parce que leur surface d'être sera de façon hégémonique occupée par des représentations virtuelles. Ce seront sans doute des êtres façonnés par la chirurgie plastique, par les potentialités des outils prothétiques et par les propriétés performatives de certaines substances chimiques.

Qu'est-ce que ça veut dire dure quand on a aucun talent si ce n'est celui de l'image que l'on a ? C'est justement de performer autour de cette image. L’artiste crée une esthétique avec son œuvre et son image, le personnage de télé réalité est sa propre esthétique.

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