La chirurgie esthétique de Marilyn Monroe : Sidérant concours de perroquets

Chirurgie esthetique Marilyn Monroe

Mieux que Roswell, les dossiers médicaux de Marilyn

Ouh, vous ne le saviez peut-être pas mais on vient de découvrir que Marilyn Monroe aurait eu recours à la chirurgie esthétique. Ce surgery leaks émanerait de son dossier médical, qui sera bientôt vendu aux enchères par la maison Julien’s Auctions. Et donc beaucoup de sites en ligne d'information et autres de nous en tartiner des couches autour de la thématique récurrente du mythe qui s'écroule.
Comme Fabrice Del Dongo perdait ses écailles en face des affres du monde, le landernau journalistique de base serait ahuri par cette révélation. Ahuri, à moitié, on imagine, ou par un trait forci afin de créer le buzz auprès d'un public qui lui heureusement est sans doute un peu plus naïf que les rédacteurs de ces sites en ligne qui vivent de ces pesudos secrets éventés, des ruptures dans les couples et des ébahissements suscités par les robes des comédiennes.
On imagine bien que le coeur de ces gens est déjà sec depuis longtemps et que rien ne les étonne. Nous jouer la comédie du masque qui tombe à propos des interventions chirurgicales d'une star, c'est un peu l'hôpital qui se fiche de la charité.

Le mythe est-il à terre ?

Comme toutes les inventions présentées au télé-achat et qui sont forcément révolutionnaires, le jargon du milieu veut que les mythes soient fondamentalement promis à leur fin. L'expression, "la fin d'un mythe" étant à elle seule une occasion de titre qui permet de ne pas trop se fouler et de nourrir son lectorat à bon compte.
Donc, on nous survend l'accroc à la figure paradigmatique de Marilyn Monroe. Mais, mon Dieu qu'a t-elle fait ? Dans sa jeunesse, elle a fait retouché son menton et son nez. Tiens, en le disant, c'est-à-dire en revenant à de simples faits, l'information commence d'un coup en perdre en intérêt. Modifer la pointe de son nez et le rendu de son menton entament-ils la beauté et le sex-appeal de Marilyn Monroe ?
Je veux dire que si on me dit qu'elle a triché sur sa beauté en passant par la chirurgie plastique, je m'attends au moins à ce que presque tout son visage ait été refait. Et plus que son visage, je pourrais évoquer sa poitrine ou sa silhouette.
En quoi donc le mythe en prend-il un coup ? Parce que notre adhésion à l'idéal féminin qu'elle incarne aurait été bâti sur un mensonge ? Lequel ? Celui de la sacro-sainte beauté naturelle. Oui, Marilyn aurait été belle depuis sa naissance, bébé déjà, elle était en gésine cette femme fantasmée qui par son image parle encore aujourd'hui à des millions de personnes dans le monde et dont les publicitaires tirent un profit de notoriété parfois un peu limite.
Donc non. On veut du brutal, du sain, du purifié. Le reste ne serait pas de la beauté mais autre chose et comme une tromperie.

Ceci n'est pas un rossignol

Auriez-vous envie de voir des clichés de Marilyn à son réveil ? Peut-être a t-elle mal dormi ? Peut-être ne s'est-elle pas démaquillée la veille ? Peut-être que l'alcool aidant, son visage est blafard et son haleine peu ragoutante ? Vous voila dégoutés. Certainement pas. Vous n'auriez pas envie de tout ça.
Cela veut dire que Marilyn n'est Marilyn que parce que nous l'aimons au-travers de photos qui mettent en valeur sa beauté , ce qui ne veut pas forcément dire qu'elle est comme sur les photos. Autrement dit, nous aimons Marilyn justement en tant que créature sublimée et un peu fictive. Nous l'aimons sur l'art du photographe, nous l'aimons sous la houlette de Billy Wilder. Bref, nous l'aimons non pas par ignorance des supercheries de la starification mais en raison même de leur déploiement.
Sur ces merveilleuses photos que chacun d'entre nous a de Marilyn, on peut prendre un instant de réflexion et se dire que son visage avait été maquillé, que sa peau avait été retouchée par des cosmétiques, que sa posture était travaillée. Alors pourquoi à l'instar de la jeunette un peu narcissique qui vient en Tunisie pour une chirurgie, Marilyn n'aurait pas eu droit d'améliorer un peu certains traits de son visage ?
Il en est de cette pseudo découverte comme de notre déception quand croyant entendre le beau chant d'un rossignol, nous nous apercevons qu'il s'agit en réalité d'un homme qui l'imite. Ce bel exemple de Kant est en quelque sorte la définition de l'art : la création d'une émotion par un artifice dont on ne veut rien savoir.
Le mythe de Marilyn n'est pas fini. C'est juste cette nouvelle passion de regarder dans les poubelles des gens qui continue de croitre à une vitesse très inquiétante.

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