19053186.jpg

Hier comme sans doute beaucoup de français, j'ai regardé Safari sur M6. La mauvaise critique du film, la réalité de son manque d'intérêt et la fatigue m'ont fait abandonné la télévision pour mon lit. Je dis comme beaucoup de français mais j'en suis un de l'étranger. De la Tunisie où je suis, je me suis complétement désintéressé des résultats des municipales 2014.
Alors imaginez si moi d'ici je m'en fous, ce que ça doit être dans les communes où l'abstention a battu des records. C'est un peu comme si on connaissait le résultat d'un match de foot à l'avance. A droite toute donc, et, puis alors. Hormis, la nouvelle preuve que beaucoup de médias et de penseurs politiques se sont trompés sur les conséquences des dernières gamelles pendues aux basques de l'UMP, on retiendra que la France aime de plus en plus frisoter avec le front national.
C'est fou quand même. J'ai vécu plus de 20 ans en France et à aucun moment de ma vie dans ce doux pays, je n'ai ressenti de déclin du racisme et de la xénophobie. Je ne comprends même pas ces personnalités qui comme Rama Yade* ont dit un jour que la France n'était pas raciste. Sans lui faire de mauvais procès sur son entrisme, je l'ai trouvé ce jour la très loin des réalités.
Ce que je connais des communes où j'ai résidé et singulièrement celles où il y avait paradoxalement peu d'immigrés, ce sont des réflxes de haines systématiques même aux époques où la crise était moins violente qu'aujourd'hui. Peut-être qu'avant les gens avaient malgré l'isoloir un peu honte de voter pour le Front National, on dirait maintenant qu'ils se lâchent de plus en plus.
Dans ce magma de raisons qui font croire à la légitimité intime de la conscience vindicative, se trouvent pêle-mêle un désoeuvrement vrai, une préoccupation de son arrivée, des croyances passéistes et des préjugés indécrottables. Mais il y a un fond. Un fond primitif et fécond qui résiste même aux temps de la prospérité retrouvée et qui m'a toujours fait peur.
C'est celui des videurs de bouteilles dans les bars. Regard rouge de rage, avec le sentiment farouche de trouver l'exemple de celui qui représente le tout. L'arabe à qui on va s'en prendre, je l'ai vu aussi dans les vapeurs malodorantes des fêtes de village avec ces abrutis battes de base-ball en mains se vantant d'aller faire une ratonnade.
Je veux bien que certaines banlieues fassent peur. Que les gens y soient regroupés par ethnie et qu'ils forment ce communautarisme honni par monsieur Finkelkraut. Mais où s'installer ? Face à la belle France des fôrets, des feurs et des montages, l'Autre n'est pas issu de hordes ou du lot des rescapés d'une odyssée à la mode maghrébine bien moins poétique que celle de Pi.
Non, ce sont des gens qui sont là depuis longtemps et qui se demandent pourquoi ils ont ce sentiment permanent de déranger et de devoir évoluer avec un passeport à l'intérieur même des frontières de leur pays. Comme si le fait d'être né, d'avoir été à l'école, d'avoir chercher un métier et d'avoir grandi dans ce pays ne suffisaient pas à bénéficier d'un certificat d'autheticité qui épargne le regard louche, médisant et l'invective implicite ou au contraire la grossière injure.
Je ne sais pas quelle génération se sentira pleinement française. Mais j'ai bien peur que les résultats d'hier n'indiquent que celle-la ne sera pas la bonne.

*Sur Itele dans Tirs Croisés

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.