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Deleuze commentant Spinoza nous a appris à nous défier de l'espérance. Cette forme d'attente dont l'un des noyaux est la tristesse, cette passion si aliénante, où ma puissance est entravée....
Bref, voici qu'en Tunisie, cette attente des lendemains qui vont chanter commence immédiatement après la fuite de Ben Ali, en Arabie Saoudite, ce pays si accueillant pour les dictateurs. Mais le royaume peut aussi se targuer d'être la voiture balai des autocrates périmés, leur offrant un asile certes mais aussi un lieu de bon débarras évitant la poursuite des bains de sang dans le pays qu'ils avaient sucé jusqu'à l'os avant de partir.Enfin, moi j'appelle ça de l'espérance, parce que les télés le disent. L'attentat terroriste du Bardo est venu briser les espoirs de la population tunisienne-disent-ils-au moment où la transition démocratique se faisait réellement et au moment où l'activité économique-comprenez le tourisme-reprenait enfin du poil de la bête.

Guérissez de vos clichés
Le jasmin, la jeune démocratie, le laboratoire du monde arabe, l'islamo démocratie, la laïcité embrassant les mosquées, le statut privilégié des femmes, mon pays est un cliché. Mais comme la rigueur allemande ou la gabegie grecque, tout ça est une armature pour ne pas penser.
Y en a un peu marre. La reprise en main du désordre du temporaire est certainement une demande des acteurs économiques fatigués des grèves, des arrêts de travail, des trous dans les carnets de commande.
L'ordre économique, c'est d'abord l'ordre. Alors oui, le terrorisme endogène et à nos portes le terrorisme Aqmien menace l'économie du pays mais même sans, elle n'allait pas si bien. Mais allez savoir, on nous a peut être survendu la crise économique de la Tunisie afin de calmer les ardeurs révolutionnaires et les revendications. On est à l'abri de rien dans un pays qui comme dans d'autres pays a ses lobbys et ses intérêts.


Le tourisme
Ben moi j'en ai un peu marre qu'on réduise mon pays à un camp de vacances. Je dois pas être le seul. Mais tous les ans ou presque, on a droit à la rengaine des effets des événements sur le taux de remplissages des hôtels et du baromètre des annulations. Marre d'autant plus qu'il faudrait à chaque fois ressortir son argumentaire sur la nécessité de ne pas dépendre autant d'un seul et même secteur. Pire de dépendre au sein de ce secteur d'un seul et même modèle d'activité.
En guise de tourisme alternational, où l'espoir à du sens, il y aurait le tourisme des nez refaits et des seins augmentés, celui de la chirurgie esthétique en Tunisie, cette appétence moquée mais finalement si bienvenue. Le tourisme médical a ses avantages. Mais déjà un inconvénient, qui est comme l'adoration de l'idole Pétrole, celui de l'adhésion aveugle au modèle sans réflexion sur les portes de sortie.
Et l'argument vaut pour le reste. Si en Tunisie, nous nous mettions sérieusement au tourisme culturel ou au tourisme intimiste (genre chambre d'hôtes) , il y aurait très certainement des chances pour que tout le monde s'y mette et nous en donne la nausée après quelques années.
Notre affre en Tunisie, c'est l'esprit de copie. Oh, un bel héritage de la France coloniale. La France où le copier-coller est un art qu'elle tricote avec soin et qu'elle reproche aux autres. Autant ne pas se casser la tête : Voyons ce qui marche, ce que font les autres, les concurrents, les proches et faisons comme eux.
Pour ça, nous sommes doués. Ce qui serait mieux, c'est qu'il y ait autant d'activités possibles qu'il y a d'envies d'entreprendre. Ce qui veut dire qu'il faudrait des entrepreneurs, mot un peu moins tabou qu'en France mais encore gelé par les relents rhizomeux de nos années de socialisme non assumé.
Faudrait oui, faudrait.  

 

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