Tourisme inquiet en Tunisie

On aura assez répété que le pétrole était une malédiction en ce sens qu'il incitait à l'incurie, à la gabegie et à l'endormissement dans une économie de rente.

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On aura assez répété que le pétrole était une malédiction en ce sens qu'il incitait à l'incurie, à la gabegie et à l'endormissement dans une économie de rente.

C'était vrai à une certaine époque et cela l'est encore certainement pour quelques rares Etats. Mais en réalité, la plupart des nations qui disposent de grosses ressources d'or noir ont appris non seulement à mieux gérer les revenus qu'elles en tirent mais également à s'engager dans des programmes de diversification de leurs activités. Certains pays comme la Norvège ont même mis en place des fonds souverains dont les bénéfices ne peuvent être perçus aujourd'hui.

Mais qu'en est-il pour des pays qui vivaient d'un secteur hors matières premières qui périclite ? Comme c'est le cas pour la Tunisie, et comme c'est le cas pour son tourisme. Péricliter, le verbe est un peu fort. Mais ce n'est guère mieux. Nonobstant les craintes éprouvées par les potentiels estivants après la révolution, s'est greffée une nouvelle appréhension baptisée islamisme.

Et si du côté de la France et de ses voisins européens on est inquiet, c'est encore pire en Tunisie. La situation actuelle, confuse au possible, a même incité le ministère concerné a décidé d'une réunion de crise. Qu'en est-il sorti ? Aucune idée. Soit qu'il n'en soit rien sorti, soit qu'il y ait eu des décisions que l'actualité d'un gouvernement en déroute contesté par la rue ait complètement obéré les éventuelles décisions qui furent prises.

Bref, la Tunisie souffre sa passion des revenus touristiques. De la côte nord à la côte sud, de Bizerte à Sousse, les plages empilent et juxtaposent de longues files mornes d'hôtels qui cherchent à se démarquer et qui finissent par tous se ressembler. Dans ces cocons mous et longtemps autistes à la réalité de la Tunisie, on a crée des parcs à voyageurs qui ne font plus recette malgré des services que l'étranger en mal de soleil aurait bien du mal à trouver à ce prix dans son pays.

Piscines, spa, hammam, club de golf, sports nautiques, chambres cossues, restauration gastronomique sans restrictions....Autant de petits plaisirs et de petits privilèges qui séduisent de moins en moins les habituels clients de ces hôtels de luxe pour laisser la place soit à des Maghrébins ( libyens et algériens) soit aux nouvelles classes moyennes des pays de l'est, roumains, tchèques, polonais, ukrainiens et russes qui eux ne boudent pas leur plaisir et qui sont biens conscients de faire une bonne affaire.

Depuis la révolution, au moins 4 gouvernements se sont succedé en Tunisie. Aucun d'entre eux n'a vraiment fait quelque chose pour endiguer cet écroulement ou au moins pour jeter les bases d'une réflexion sur une alternative à l'étouffante primature accordée à cette activité.En relevant un peu la tête et en regardant de plus loin, les autorités auraient peu s'apercevoir que la chirurgie esthétique en Tunisie se porte bien, que la thalassothérapie est une thématique d'avenir, que les chambres d'hôtes et le tourisme culturel sont en plein essor.

Ils auraient pu oui. Mais qui peut décider quoi que ce soit ou mettre en place un plan quand tout est provisoire ? L'avenir dure longtemps disait Althusser, ça n'a jamais été aussi vrai qu'en ce moment en Tunisie. Et les tunisiens eux, et justement ceux qui ont été élévés à la têtée du tourisme, ils aimeraient que ce provisoire se transforme et que la transition en finisse. L'entre-deux, l'à peu-près ne peuvent plus être des options en Tunisie à l'heure d'une crise des institutions, d'une crise sécuritaire et d''une situation économique très chancelante.

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