La nature anthropologique du Démon se dévoile dans "Liberami"

Au XXIe siècle, parler d'exorcisme sur Mediapart peut prêter à sourire. Et pourtant Federica Di Giacomo arrive à rendre fascinant un sujet au premier abord terriblement anachronique. Entre héritage et modernité, il est peut-être temps de se confronter à ses démons.

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Dans "Liberami", Federica Di Giacomo nous fait faire un saut dans le temps et dans l'espace, nous catapultant dans un univers parallèle, provoquant comme un court-circuit chez le spectateur. C'est un univers basé sur la pratique des exorcismes où le sacré et le profane se mélangent et où la folie et la normalité deviennent indissociables. Le film de Di Giacomo, anthropologue, se concentre moins sur la foi et les rites religieux pour chasser la présence démoniaque présumée d'une personne que sur la fragilité humaine, et il se révèle capable de traiter un sujet délicat, en décalage avec le monde contemporain, sans jugement ni ton grotesque. L'importance sociale du phénomène prend le dessus dans le discours du film, qui témoigne de la façon dont l'exorcisme et la figure du prêtre qui le pratique deviennent une forme d'assistance et de guérison pour les âmes perdues.

Claudia Maci
Directrice de l’organisation du Festival dei Popoli

Liberami de Federica Di Giacomo (2016, 86 minutes)

Tous les ans, en Italie, en Europe et dans le monde entier, de plus en plus de personnes affirment être possédées par Satan. L’Eglise Catholique répond à cette urgence en formant de plus en plus de prêtres exorcistes. Le Père Cataldo est un de ces prêtres. Gloria, Enrico, Anna et Giulia suivent la messe du Père Cataldo et cherchent un remède à leur maladie à laquelle il ne peuvent trouver ni de nom ni de solution. Jusqu’où sont-ils prêts à aller pour montrer aux autres leur inconfort, leur maladie ? Et s’il s’agissait réellement de Satan, que pouvons-nous endurer pour être immédiatement “délivrés du mal” ? Liberami est un récit sur la pratique de l’exorcisme et sur les problèmes quotidiens des personnes : le contraste entre les traditions antiques et les habitudes modernes, entre le sacré et le profane, se rencontrent dans ce documentaire stupéfiant.

Distinctions

  • 2016 : La Biennale di Venezia - Biennale de Venise - Venise (Italie) - Prix Orizzonti

Bande-Annonce "Liberami" de Federica Di Giacomo © Tënk

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